HANOI — Deux manifestants antichinois ont été arrêtés à Hanoï alors qu'ils protestaient contre les jeux Olympiques de Pékin, mardi jour du relais de la torche olympique à Ho Chi Minh-Ville, a constaté un journaliste de l'AFP.

Deux jeunes hommes, qui ont brièvement brandi à l'extérieur d'un marché une banderole noire "Pékin 2008", où figuraient des anneaux olympiques sous forme de menottes, ont été rapidement interpellés après l'arrivée de nombreux policiers en uniforme ou en civil.

Cette banderole est celle habituellement utilisée par Reporters sans frontières (RSF) mais un porte-parole de l'organisation de défense des journalistes a indiqué que les deux personnes interpellées n'appartenaient pas à l'association.

Les policiers ont dispersé la foule et demandé aux journalistes étrangers de quitter le site, le marché de Dong Xuan, situé dans le vieux quartier.

Une femme a également été interpellée par la police, largement présente mardi à Hanoï.

Contactée par téléphone, la police a indiqué ne pas être au courant de l'incident. Elle n'a pas non plus apporté de commentaire sur l'interpellation non confirmée de nombreux autres militants dénoncée mardi par le parti pro-démocratie Viet Tan, basé aux Etats-Unis et considéré comme terroriste au Vietnam.

La flamme olympique est arrivée lundi soir au Vietnam depuis la capitale nord-coréenne Pyongyang où, après un périple mondial émaillé de manifestations pro-tibétaines et d'incidents parfois violents, son relais s'est déroulé sans l'ombre d'une protestation.

Au Vietnam, le relais de la torche se déroulera mardi à partir de 18h30 locales (11h30 GMT) à Ho Chi Minh-Ville, l'ex-Saïgon dans le sud du pays placé sous haute sécurité alors que plusieurs appels à des manifestations pacifiques anti-chinoises ont été lancés.

Soixante Vietnamiens porteront chacun à leur tour la flamme sur un parcours de plus de 10 kilomètres dont le tracé exact dans les rues de la capitale économique du pays communiste n'a pas été dévoilé.

Mardi matin, de nombreux policiers étaient déployés dans le centre touristique de la ville, entre l'opéra, d'où doit partir le relais, et le consulat de Chine.

Les autorités vietnamiennes sont restées très discrètes sur le nombre de membres des forces de l'ordre qui seront mobilisées au cours de la journée.

Le Premier ministre Nguyen Tan Dung a récemment dénoncé la menace permanente de "forces hostiles" le terme généralement employé pour qualifier les dissidents pro-démocratiques toujours prêtes à troubler l'ordre public.

Mais Hanoï a promis à son allié idéologique chinois que le relais dans l'ex-Saïgon témoignerait de "l'amitié spéciale entre le Vietnam et la Chine".

Les manifestations sont rares au Vietnam, un pays encore régi par un système de parti unique.

Mais des protestations anti-chinoises avaient déjà eu lieu en décembre à Hanoï et Ho Chi Minh-Ville pour dénoncer la politique de Pékin en mer de Chine du Sud, où les deux pays communistes revendiquent la souveraineté des archipels des Spratleys et des Paracels.

D'abord autorisées, elles avaient vite été étouffées. Mais les débats avaient repris de plus belle sur les blogs et sites internet dissidents à l'approche de la flamme et de nouveaux appels à manifester avaient été lancés pour ce mardi, à Ho Chi Minh-Ville comme encore aussi dans la capitale Hanoï.

Lundi, le relais fut parfaitement orchestré à Pyongyang pour cette première dans l'histoire du régime communiste, proche allié de Pékin. Les images de télévision montraient des hommes en costume noir et des femmes en habit traditionnel agitant des bouquets artificiels de kimjongilia, la fleur nationale baptisée du nom du "cher leader" Kim Jong-Il.

Devant des centaines de milliers de personnes, selon l'agence Chine Nouvelle, l'un des rares médias étrangers autorisés en Corée du Nord, le relais s'est effectué entre deux des grands symboles du régime: parti de la Tour de l'Idée de Juché, il est arrivé au stade Kim Il-Sung.

Le Juché (auto-suffisance) est l'idéologie du pays, et Kim Il-Sung est le fondateur du régime nord-coréen.

Le long des rues avaient été installées des banderoles "Pékin 2008".

En l'absence de Kim Jong-Il, c'est Kim Yong-Nam, chef d'Etat de facto, qui a remis la torche au premier relayeur, Park Du-Ik, membre de l'équipe nord-coréenne de football lors de la Coupe du Monde 1966.

80 personnes avaient été sélectionnées pour porter la torche, selon les médias officiels nord-coréens.

Les relayeurs étaient "des responsables méritants et des athlètes renommés qui ont contribué à l'honneur de la République populaire démocratique de Corée dans des compétitions internationales, des travailleurs de divers secteurs, des Coréens de l'étranger et des étrangers résidant dans le pays", selon l'agence officielle KCNA, qui n'a pas fourni de noms.

Agence France Presse - 29 Avril 2008