Selon plusieurs quotidiens vietnamiens, dont les leurs, ils ont été arrêtés pour une période préventive de quatre mois. S'ils sont à terme renvoyés devant la justice et effectivement condamnés pour "abus de pouvoir et de fonction", ils risquent jusqu'à 15 ans de prison.

Nguyen Van Hai et Nguyen Viet Chien avaient joué un rôle clé en 2006 dans la dénonciation du scandale de corruption dit du "PMU 18", un département du ministère des Transports chargé de la construction d'infrastructures lourdes comme les routes et les ponts.

Lors de l'enquête, la police avait soupçonné des détournements de fonds massifs destinés à alimenter des paris sur des matches internationaux de football au sein du département, qui bénéficie largement de fonds du Japon et de la Banque mondiale.

Le général de police responsable à l'époque de l'enquête, Pham Xuan Quac, est lui-aussi visé par la procédure ouverte contre les journalistes, selon la quotidien en ligne Dan Tri (Intelligence du Peuple) qui cite le ministère de la Sécurité publique.

Aujourd'hui à la retraite, il n'a pas été arrêté, selon la même source. Mais l'un de ses importants subordonnés à l'époque, le lieutenant colonel Dinh Van Huynh, l'a en revanche été.

L'arrestation des journalistes a provoquée une vive émotion au sein de leurs rédactions.

"Il y a eu plus de 1.000 articles de presse sur l'affaire du PMU 18 publiés dans près de 100 journaux mais pourquoi seulement deux journalistes du Thanh Nien et du Tuoi Tre ont été arrêtés?", s'interroge Thanh Nien.

Tuoi Tre estime que son reporter "est en train de payer le prix pour ses informations sur l'affaire du PMU-18, une affaire qui (...) se déroule d'une manière extrêmement étrange". Le journal parle d'une parodie de justice "dont le journaliste est la victime".

En 2006, le scandale avait conduit à la démission du ministre des Transports de l'époque, Dao Dinh Binh, et à l'arrestation de son vice-ministre, Nguyen Viet Tien.

L'été dernier, des peines allant jusqu'à 13 ans de prison avaient été infligées à huit autres anciens responsables, dont l'ex-directeur du département du PMU 18, Bui Tien Dung.

Ils n'avaient cependant pas comparu pour détournement de fonds mais pour avoir organisé des paris illégaux pour plusieurs centaines de milliers de dollars -- ce qui est en soi illégal au Vietnam.

La presse avait évoqué la possibilité d'un autre procès, qui aurait pu voir comparaître Nguyen Viet Tien. Mais l'ancien vice-ministre, le plus haut responsable à avoir été inquiété par la justice dans cette affaire, a été blanchi en mars.

Agence France Presse - 13 Mai 2008