Après la décision des pouvoirs publics de la province de Vinh Long d'autoriser la construction d'un hôtel quatre étoiles sur le domaine du couvent confisqué aux religieuses de Saint-Paul de Chartres (1), l'évêque du diocèse, dans une lettre envoyée à l'ensemble des fidèles, le 18 mai dernier, proteste avec une grande vigueur contre cet abus de pouvoir. La lettre invite le peuple de Dieu à se montrer résolu et solidaire dans la défense de la juste cause et à prier ensemble.

Le 16 mai dernier, on avait appris que, malgré les très nombreuses requêtes et démarches effectuées par les religieuses de Saint-Paul de Chartres, le Comité populaire de la province de Vinh Long venait d'accorder à l'agence de tourisme Saigon-Vinh Long un permis de construire pour un ensemble hôtelier sur le domaine des religieuses de Saint-Paul de Chartres. La lettre écrite par Mgr Thomas Nguyên Van Tân, la veille de l'entrée en vigueur du permis de construire, ne cache pas les sentiments d'indignation que cette autorisation a fait naître chez les catholiques du diocèse. L'évêque commence par évoquer les événements survenus le 7 septembre 1977, une journée de grande calamité pour le diocèse, précise-t-il. Ce jour-là, les « détenteurs du pouvoir provincial de l'époque » ont utilisé la force publique pour perquisitionner et ensuite s'accaparer du couvent des religieuses et le grand séminaire (2).

L'évêque rappelle que lui-même faisait partie des prêtres et religieuses arrêtés ce jour-là. Depuis, la représentante provinciale de la congrégation de Saint-Paul de Chartres ainsi que l'évêché ont envoyé de nombreuses requêtes auprès des autorités locales et centrales. Elles n'ont reçu « jusqu'à présent » aucune réponse satisfaisante. « Or, nous apprenons, constate l'évêque, que le pouvoir provincial a décidé d'entamer les travaux de construction d'un hôtel sur le terrain de 10 235 m² de la congrégation de Saint-Paul, sans tenir compte de l'avis des prêtres membres du Front patriotique de Vinh Long. La population de la ville rassemblée a été informée que des mesures seraient prises contre ceux qui s'opposeraient à ces travaux. »

L'évêque affirme ensuite que la souffrance de ces religieuses, présentes à Vinh Long depuis 1871 et aujourd'hui au service de nombreuses paroisses, était celle de tout le diocèse. Il déclare : « Nous ne pouvons pas entériner la solution imposée par ceux qui détiennent le pouvoir entre leurs mains. Nous ne pouvons pas non plus nous taire car le silence en ce moment signifie complicité et acceptation de l'injustice. » S'adressant directement à ses fidèles, il se déclare convaincu que ceux-ci seront unis et résolus à faire respecter « la juste cause ». Il leur demande de prier pour que le diocèse et la congrégation des religieuses de Saint-Paul surmontent rapidement cette épreuve. Il les invite à réciter ensemble chaque jour trois Ave Maria et la prière pour la paix attribuée à Saint-François d'Assise (3).

Le 7 septembre 1977, date que l'évêque rappelle dans sa lettre, les forces de sécurité de Vinh Long avaient investi la maison des sœurs et, après perquisition, avaient confisqué la maison et tous ses biens, dispersé ses jeunes pensionnaires orphelins et handicapés, et placé toutes les religieuses en détention. Au bout d'un mois, 17 religieuses avaient été renvoyées dans leur famille. La supérieure de la maison, quant à elle, avait été gardée un mois de plus et ensuite reconduite à la maison-mère de la congrégation, à My Tho.

''(1) Voir l'historique de cette affaire dans EDA 484. (2) Voir IMSA : « La formation des prêtres au Vietnam après avril 1975 » (Echange France Asie, n° 53). (3) La lettre de l'évêque de Vinh Long a paru sur le site Internet du diocèse http://www.giaophanvinhlong.net et a été diffusée par l'agence Vietcatholic News.''

Zenit.org - 20 Mai 2008