Quel est l'impact de l'ouverture du marché des éditions du pays et quel intérêt faut-il y voir pour les lecteurs vietnamiens? Lê Thanh Huy, directeur de la compagnie Bach Viêt, dit son optimisme : “Il ne faut pas s'inquiéter de l'arrivée de maisons d'édition étrangères au lieu de nous concentrer sur nos propres avantages. Les maisons d'édition vietnamiennes sont plus à même de comprendre les lecteurs vietnamiens et de les satisfaire”. Selon lui, il y a de gros efforts à faire, de la part des maisons d'édition, pour se développer.

Pourtant, la compagnie Nha Nam, pointe du doigt l'importation de produits culturels étrangers, qui menacerait le marché des éditions vietnamien. On importe beaucoup de films, de livres et de journaux étrangers, tandis qu'on exporte toujours peu de produits culturels vietnamiens, à l'exception du Journal Dang Thùy Trâm, phénomène de publication lié au contexte socio-politique vietnamien. Lors des grandes foires internationales du livre, le Vietnam est encore réduit à la portion congrue, avec son éternel petit stand.

Depuis l'entrée des maisons d'édition étrangères sur le marché vietnamien, il est nécessaire de promulguer une loi sur les éditions pour protéger la production culturelle du pays, sans quoi, les maisons d'édition vietnamiennes n'auront aucune chance, face à leurs grandes sœurs étrangères. Pham Si Sau (Maison d'édition Tre) prévoit, d'après les engagements du Vietnam à l'OMC, l'arrivée de maisons d'édition étrangères au Vietnam en 2013. Il s'agira d'un grand défi pour les maisons d'édition vietnamiennes.

Comment entrer dans la concurrence ?

Malgré des progrès notables du secteur de l'édition ces dernières années, l'envergure de la plupart des maisons d'édition et des éditions privées reste modeste. Ainsi, pour faire face aux géants étrangers, des solutions ont été envisagées : la fusion de plusieurs maisons d'édition, la mise en place d'une politique d'assistance de l'État aux maisons d'édition...

Trois ans après l'ouverture du marché, quelques maisons d'édition ont fait leur entrée au Vietnam, un marché considéré comme petit, en terme d'achats. En 2005, la Foire du livre du Vietnam, organisée à Hanoi, a attiré 28 maisons d'édition étrangè-res, tandis qu'en 2008, le même événement à Hô Chi Minh-Ville en a reçu 23. À ce jour, 6 maisons d'édition ont ouvert leur bureau de représentation au Vietnam, dont de grands noms comme Oxford ou Cambridge... Pham Minh Thuân, directeur général de la Compagnie de distribution de livres de Hô Chi Minh-Ville (Fahasa), partenaire de ces maisons d'édition étrangères, fait savoir qu'en entrant sur le marché vietnamien, ces maisons des éditions ont une stratégie claire. Les potentialités du Vietnam sont importantes et elles le savent. De plus en plus de jeunes veulent trouver des livres importés.

Pourtant, la loi n'autorise pas les maisons d'édition étrangères à faire du commerce au Vietnam. Mais elles ont le droit de développer leur marché, de protéger leurs droits d'auteur et de publier… Quelques maisons d'édition impriment des livres en anglais au Vietnam pour réduire leurs coûts."C'est la meilleure façon d'entrer sur le marché vietnamien. Parce qu'un livre imprimé au Vietnam sera beaucoup moins cher qu'un livre importé", explique M.Thuân, directeur général de Fahasa.

Sur les opportunités de coopération, quelques maisons d'édition locales estiment qu'elles ne peuvent dans l'immédiat coopérer avec leurs partenaires étrangers, pour ce qui est de la publication. Pham Si Sau, responsable de la Maison d'édition Tre, explique que, pour diverses raisons, la Maison d'édition Tre ne peut pas travailler conjointement avec l'étranger. Les charges et les services des partenaires étrangers restent trop élevés.

Selon l'écrivain traducteur Ngô Tu Lâp, l'un des créateurs de la Maison d'édition Tri Thuc, le secteur de la publication doit, comme les autres domaines, accepter la concurrence sur le marché, durant cette période d'intégration. La sélection se fera naturellement, les maisons d'édition les plus faibles seront éliminées. Les lecteurs ont tout à gagner de cette concurrence.

Par Huong Linh - Le Courrier du Vietnam - 30 juin 2008