Cela fait 2 ans que l'ambassade du Maroc s'est ouverte à Hanoi. Quels sont les premiers fruits de la coopération bilatérale résultant de cette présence marocaine dans la capitale vietnamienne ?

Faire le bilan de la coopération bilatérale entre le Maroc et le Vietnam juste 2 ans après l'ouverture de l'ambassade du Maroc à Hanoi et celle du Vietnam à Rabat n'est pas une tâche aisée dans la mesure où cette période est très courte pour établir un bilan exhaustif de la coopération bilatérale. Néanmoins, nous pouvons faire une évaluation, partielle soit-elle, des relations maroco-vietnamiennes. Sans doute, nous pouvons dire que ces relations connaissent une évolution satisfaisante grâce à la volonté des dirigeants des 2 pays de raffermir davantage les liens d'amitié et de coopération dans l'intérêt mutuel de nos 2 peuples.

Depuis 2 ans, nous essayons, de part et d'autre, de traduire cette volonté par des actions concrètes dans les différents domaines.

Ainsi, au niveau politique, les ministères des Affaires étrangères ont tenu la première session des consultations politiques à Hanoi juste quelques semaines après l'ouverture de l'ambassade du Maroc dans la capitale vietnamienne.

De même que l'échange de visites de délégations aussi bien au niveau gouvernemental que parlementaire contribue à une compréhension mutuelle nécessaire au renforcement de la coopération bilatérale.

En ce qui concerne le cadre juridique régissant les relations bilatérales, le Maroc et le Vietnam ont signé depuis 2001 une série d'accords portant sur le commerce, l'industrie, les pêches, la coopération économique, culturelle, technique et scientifique ainsi que des mémorandums d'entente entre les chambres de commerce et d'industrie, etc.

Deux accords importants, l'un sur la non double imposition et l'autre porte sur l'encouragement et la protection des investissements sont prêts pour la signature. Une fois signés, ces instruments donneront, sans doute, un élan aux échanges commerciaux et aux investissements dans les 2 pays.

Par ailleurs, compte tenu de l'importance du secteur de l'information en matière de rapprochement de nos 2 peuples et des milieux d'affaires des 2 pays, nous avons contribué à l'initiative de la conclusion d'un accord de coopération entre les agences d'information marocaine, Maghreb Arabe Presse, et vietnamienne, Agence Vietnamienne d'Information. Cet accord, qui prévoit l'échange des informations, des rapports ainsi que le volet formation et échange de visites, entrera en vigueur dans un très proche avenir.

Suite à l'entrée en vigueur en 2007 de l'accord général de coopération économique, culturelle, technique et scientifique, les 2 pays ont décidé de mettre en place la Commission mixte de coopération qui a tenu sa première session à Rabat en mars 2008. Les ministères des Affaires étrangères ont tenu, en marge de la réunion de cette commission, la 2e session des consultations politiques. La tenue de ces réunions, juste quelques mois après l'ouverture de leurs ambassades respectives, démontrent, s'il en est besoin, la ferme volonté des dirigeants marocains et vietnamiens de resserrer davantage leurs liens d'amitié et de coopération.

Les travaux de ces réunions ont permis à 2 parties d'identifier les domaines de coopération sectorielle et d'examiner les voies et moyens susceptibles de venir à bout des difficultés qui entravent le développement normal des échanges commerciaux notamment. Des recommandations ont été adoptées pour renforcer la coopération dans les secteurs de l'agriculture et des forêts, de l'eau, de l'environnement, de l'industrie, du tourisme, de la pêche maritime, de l'aquaculture, de l'éducation et de la recherche scientifique, de la formation professionnelle, de la jeunesse et des sports, de l'énergie et des mines, de la santé…

Au niveau de l'éducation, les 2 pays ont convenu de renforcer leur coopération dans les domaines de l'éducation et de la recherche scientifique en favorisant les échanges entre les universités et en octroyant des bourses d'études supérieures au profit des étudiants. C'est dans cette perspective que le Maroc a mis à la disposition du Vietnam 10 bourses pour l'année académique 2008-2009. Les 2 parties ont également convenu d'étudier la possibilité de créer un conseil conjoint d'affaires en vue de faciliter les contacts entre les opérateurs économiques.

Les efforts des 2 pays en matière de coopération ont été couronnés par la signature, en mai 2008, d'un accord entre la compagnie vietnamienne des engrais et des produits chimiques (PVFCCo) et le groupe marocain l'Office Chérifien des Phosphates (OCP) portant sur la construction au Maroc d'une unité de production du phosphate diammoniaque. Le montant des investissements dans cette joint-venture sera de l'ordre de 600 millions de dollars. La production annuelle sera située entre 660.000 et un million de tonnes qui seront exportées vers le Vietnam et dans d'autres pays de la région. Une fois inaugurée en 2011, cette joint-venture serait le plus grand projet d'investissement du Vietnam à l'étranger. Les 2 compagnies étudient la possibilité de création d'une autre joint-venture pour la construction d'une usine pour la production de l'ammoniac au Vietnam ou dans un pays tiers.

Comme on peut le constater, notre présence au Vietnam, comme celle du Vietnam au Maroc, a, sans doute, contribué à l'évolution positive des relations entre les 2 pays qui a donné ses premiers fruits. Nous sommes convaincus que ces relations connaîtront, dans un proche avenir, un développement soutenu dans les domaines du commerce ainsi que dans celui de la coopération sectorielle grâce aux potentialités économiques des 2 pays, à la volonté politique de leurs dirigeants et au dynamisme de leurs opérateurs économiques.

Les relations vietnamo-marocaines ont pris de la vigueur ces derniers temps, aussi bien sur le plan diplomatique, commercial que dans l'investissement. Qu'envisagez-vous dans les prochaines années ?

Nous persévérons et avons confiance en l'avenir de nos relations bilatérales qui sont encore jeunes. Comme je l'ai déjà mentionné, le Maroc et le Vietnam disposent de potentialités considérables non seulement économiques mais aussi en termes de ressources humaines. Comme on peut le constater, les échanges commerciaux ont connu une augmentation de plus de 100% en 2007. Il est vrai que le montant reste en deçà de nos attentes et surtout de nos potentialités, mais ce n'est qu'un début. Il existe des conditions objectives qui militent en faveur du développement de notre coopération bilatérale. La position géographique de nos pays leur offre un avantage certain. Le Maroc qui est lié par un accord d'association avec l'Union européenne, qui va évoluer vers un statut avancé et des accords de libre-échange avec les États-Unis, plusieurs pays arabes et la Turquie, peut prétendre légitimement de servir de plate-forme au Vietnam pour pénétrer les marchés européen et africain notamment. Quant au Vietnam, vu son rôle actif et de plus en plus grand dans la région du Sud-Est asiatique, il peut servir de porte aux produits marocains pour accéder aux marchés de la région.

Tout cela pour dire que nous devrons multiplier les efforts de part et d'autre pour atteindre cet objectif. Notre action sera axée sur la mise en œuvre des conclusions de la Commission mixte de coopération. Il faudra aussi maintenir la cadence des visites des hauts responsables des 2 pays, car ces visites sont irremplaçables pour consolider davantage la confiance mutuelle, raffermir les liens de coopération et le rapprochement entre nos peuples.

Nos efforts seront concentrés davantage sur le volet économique. Il y a encore beaucoup de travail à accomplir pour amener les opérateurs marocains à s'intéresser aux potentialités économiques considérables du Vietnam et à son marché prometteur. Il est vrai que les hommes d'affaires marocains sont encore frileux à l'égard des marchés asiatiques en général, car ils sont orientés beaucoup plus vers l'Europe et l'Afrique et tout récemment vers les États-Unis. Mais cette tendance est en train de changer surtout que l'Asie connaît actuellement une croissance économique fulgurante qu'il est difficile d'ignorer.

Vous habitez depuis 2 ans au Vietnam, un pays si éloigné géographiquement et culturellement du vôtre. Pourriez-vous nous faire partager vos expériences de vie à Hanoi ?

Malgré les différences culturelles, nous partageons plusieurs valeurs. L'exemple qui me vient à l'esprit est la place de la famille dans la société. Dans nos 2 pays, la famille joue un rôle primordial dans la solidarité et la cohésion sociale. Les personnes âgées jouissent d'un statut particulier au sein de la famille, notamment d'un respect et d'une autorité morale incontestable.

Depuis notre arrivée au Vietnam, il y a un peu plus de 2 ans, ma famille et moi-même n'avons jamais eu un sentiment de dépaysement. Chaque jour, nous apprenons du nouveau en ce qui concerne la culture et l'histoire millénaire du Vietnam. Nous étions impressionnés par la diversité et la richesse de la culture du Vietnam ainsi que par l'intensité de la vie culturelle, notamment à Hanoi. Nous essayons de profiter de la beauté du paysage et des sites du Vietnam et de sa biodiversité riche dans toutes ses régions.

À notre arrivée à Hanoi, nous étions agréablement surpris de découvrir une ville très animée, brouillante certes, mais très magique avec ses magnifiques maisons coloniales et surtout ses petites ruelles qui serpentent le quartier ancien. Chaque fois que nous nous y rendons, cela nous rappelle les ruelles étroites et animées des villes impériales du Maroc comme Fès, Meknès ou Rabat.

Par Hoàng Hoa - Le Courrier du Vietnam - 30 juillet 2008