La guerre contre les États-Unis pour sauver la Patrie (comme on dit au Vietnam), ou la guerre du Vietnam (comme disent les Américains et leurs alliés), est une des guerres les plus atroces qui a laissé les traces les plus profondes dans l'opinion publique, le cœur et l'esprit de l'humanité du 20e siècle.

Ces traces portaient en elles de nombreuses significations, contradictoires et différentes : la fierté des vainqueurs, l'humiliation et la crise dans la vie politique et spirituelle américaine, l'inquiétude pour ceux qui se sont engagés dans l'armée et aux côtés du pouvoir de l'ancien régime du Sud Vietnam.

Bien que cette guerre se soit terminée il y a plus de 30 ans, c'est peut-être parce que ces traces étaient de nature si différentes que se poursuit aujourd'hui encore une polémique au sujet de l'interprétation et du commentaire de l'histoire.

L'ouvrage Cinq pistes Hô Chí Minh ne vise pas à prendre part à cette "guerre" et n'adopte pas non plus une position claire parmi les 3 angles précités.

Le but de ce livre est de présenter un aspect important de l'histoire de la guerre que beaucoup ne connaissent toujours pas ou ne connaissent pas vraiment : ce sont les systèmes des pistes Hô Chí Minh.

Jusqu'à maintenant, on connaissait de nombreux documents qui avaient été publiés par les 3 parties en présence et de nombreux ouvrages avaient été écrits, mais on ne parlait pas vraiment des récits concernant ces pistes Hô Chí Minh, dont les routes quin'étaient connues que par ceux qui les empruntaient.

Histoire des 5 pistes Hô Chí Minh

La presse américaine connaissait dans l'ensemble assez clairement la piste Hô Chí Minh, c'est-à-dire la route Truong Son. Mais tous les documents ont été déclassifiés et ce que la presse a pu écrire n'aide pas toujours le lecteur à trouver une réponse à la question : "Pourquoi les moyens les plus modernes que les États-Unis ont mobilisé ici ont toujours été rendus inefficaces par des gens qui, en comparaison, étaient largement inférieurs en termes de moyens financiers et de technologie ?".

Les dispositions prises pour faire la piste, les méthodes d'organisation pour la franchir, le système de gestion des relais, le système de stockage, les postes médicaux, l'intendance, les services, l'entretien et surtout les moyens anti-bombardements pour "mystifier" la technique américaine… ont été jusqu'à présent les histoires les plus intéressantes. Mais il semble que la presse américaine n'ait pas pu encore en dire grand-chose, même jusqu'à très récemment, il y avait toujours des malentendus, comme des histoires mythiques qui ont été publiées aux États-Unis début 2008 concernant des "espions du Viêt-Công" s'infiltrant dans le système d'information militaire américain pour "ordonner" aux avions américains de larguer leurs bombes sur les bases militaires américaines.

La deuxième piste est la route du carburant. D'une longueur totale de 5.000 km, elle permettait d'acheminer le combustible tout au long de la frontière sino-vietnamienne, des ports du Nord vers le Sud. Certains secteurs traversaient des sommets proches de 1.000 mètres et il paraissait impossible d'y installer des pipe-lines. Il semble que les Américains connaissaient l'existence de cette route car ils l'attaquèrent et la détruisirent en plusieurs endroits.

Mais comment a-t-elle pu exister et quel rôle a-t-elle joué dans le ravitaillement en combustible pour les troupes transportant l'armement et pour les tanks dans les grandes batailles du Sud ? Il semble que dans les documents déclassifiés les plus récents, il n'y ait pas non plus d'informations concrètes. La troisième piste est la voie maritime. La Marine et l'aviation américaines et du pouvoir de l'ancien régime du Sud Vietnam se sentaient vraiment menacés et leur organisation était très prudente.

Mais tout au long des 7 premières années d'activité, des troupes navales "anonymes" ont transporté des dizaines de milliers de tonnes d'armes vers le Sud et l'adversaire n'a jamais pu mettre la main dessus. Ce n'est qu'en 1966 qu'ils ont vraiment eu un choc lorsqu'ils sont tombés sur quelques cas mais sans rien faire pour en trouver l'origine.

Un certain nombre de navires commencèrent à être repérés puis encerclés, mais les marins se sabordèrent et se supprimèrent. Elle demeurait ainsi une route "fantôme".

Si l'on compare les cartes marines établies par les forces navales américaines, concernant les parcours des vaisseaux "anonymes", avec les vraies cartes de la brigade vietnamienne 125, on s'aperçoit qu'il y a une différence très importante.

Puis, lorsque les "faux bateaux de pêche" furent surveillés de façon très stricte, les "vrais bateaux de pêche", parfaitement légaux et connus depuis longtemps, commencèrent à transporter des armes et acheminèrent ouvertement des cadres dirigeants importants tels que Vo Van Kiêt ou Lê Duc Anh entre le Nord et le Sud…, ainsi jusqu'à la libération, l'adversaire n'en saura jamais rien.

La quatrième piste est la voie aérienne, gardée secrète au public, qui allait de Phnom Penh en survolant le territoire du Sud Vietnam, voire même Saigon, jusqu'à Hong Kong ou Canton, puis revenait à Hanoi. Cette route a transporté des milliers de généraux et d'officiers supérieurs du Nord vers le Sud et réciproquement, ainsi que des millions de dollars pour le compte d'établissements économiques et financiers du Sud, de très nombreuses machines, des médicaments et des produits chimiques, des blessés, les femmes et les enfants de combattants ainsi que des cadres du Sud vers le Nord afin d'étudier et récupérer… Mais du côté américain et des autorités de Saigon, il semble que l'on n'en savait strictement rien.

La cinquième piste, la route de l'argent, est plus hermétique. C'est la route invisible, pas sur terre, ni sur mer, ni dans les airs et pas de pipe-lines… Elle fonctionne selon le système bancaire occidental et de Saigon pour acheminer l'argent d'une façon légale du Nord au Sud, depuis les sources d'aide financière de ces pays vers Saigon, puis permet de retirer de l'argent local de Saigon afin de le dépenser pour les forces de libération.

Pas besoin de voitures, d'avions, de navires, de porteurs, uniquement des codes secrets et des coups de téléphone…, et l'argent de Paris, Londres, Hong Kong, Bangkok, Moscou, Pékin… pouvait être transféré à Saigon puis sur toutes les bases du Sud et transmis aux adresses requises de n'importe quel endroit du monde… Durant la vingtaine d'années de guerre où "qui agissait savait", cette voie est restée inconnue des États-Unis et des autorités de Saigon. C'est pourquoi personne n'a été arrêté et pas un cas de transfert d'argent n'a été découvert.

Les routes miraculeuses et secrètes

Ce n'est pas propre aux Américains, ni aux étrangers, ni même aux Vietnamiens, voire aux combattants, cadres et dirigeants supérieurs, car concernant le réseau des pistes Hô Chí Minh susmentionnées, on ne savait absolument rien, hormis dans les cercles de responsables.

Les responsables du transport terrestre connaissaient peu de chose de la voie maritime, ceux de la voie maritime en connaissaient aussi peu de la voie aérienne. Et toutes ces forces ignoraient tout du système secret de transfert d'argent via les banques. Cette "ignorance" de tous côtés démontre que mis à part le côté miraculeux de la volonté, du talent et de l'organisation, il y a aussi un autre miracle : le secret !

Au Vietnam, jusqu'à maintenant, il y a eu énormément de livres écrits au sujet de la route Truong Son et un certain nombre concernant la voie maritime. Mais ces ouvrages sont toujours graves en abordant la glorification des prouesses, le sentiment de fierté et les éloges, ou légers quand ils décrivent l'histoire et en tirent une conclusion globale. Il n'y a pas non plus beaucoup d'enseignements relevant de la question depuis longtemps. C'est pourquoi, malgré les milliers de pages, les lecteurs ont toujours des difficultés à recueillir les informations dont ils ont besoin.

On peut dire que jusqu'à présent, il n'y a pas encore eu de synthèse globale concernant ces 5 pistes Hô Chí Minh pour qu'avec seulement 200 ou 300 pages, on puisse aborder les points les plus importants du système d'assistance tant sur le plan multilatéral qu'en matière de diversification pour le Sud durant la vingtaine d'années de guerre. C'est la demande de toutes les générations actuelles et des générations d'après-guerre, au Vietnam comme aux États-Unis.

C'est la principale raison qui a poussé l'auteur à écrire cet ouvrage.

Quant au titre, il demande quelques mots d'explication. La route terrestre de Truong Son était uniquement composée de l'ensemble du réseau des voies de transport terrestre puis du système des pipe-lines. Naturellement, un nom lui a été donné depuis sa création le 19 mai 1959 : "piste Hô Chí Minh". Quant à la voie maritime, comme le stipule cet ouvrage, elle est née au moment de la première résistance a été baptisée par les meilleurs marins de l'époque la "piste Hô Chí Minh maritime".

Quant à la voie de circulation des devises, les capitaux suivaient initialement la piste Hô Chí Minh terrestre. Ensuite, les 2 "initiateurs" du transfert d'argent, Muoi Phi et Mai Huu Ich, qui se sont rencontrés à Phnom Penh pour fixer des conventions secrètes, l'ont baptisé "piste Hô Chí Minh FM", c'est-à-dire "piste Hô Chí Minh nouvelle formule".

Quant à la voie secrète des airs, personne ne l'avait baptisée. Mais avec ses caractéristiques, son rôle et son influence, elle est semblable aux autres voies : elle permet de faire circuler secrètement des gens et de l'argent vers le Sud. L'auteur estime qu'elle mérite tout à fait d'être classée dans l'ensemble du réseau des pistes portant le nom Hô Chí Minh. C'est pourquoi, à cette occasion, il invite les chercheurs et les nombreux lecteurs à s'interroger sur la question.

Par Dominique Maurice - Le courrier du Vietnam - 21 septembre 2008