Le "coup de force" contre un terrain que l'Eglise revendique comme un bien propre - abandonné aux communistes après le départ de la France en 1954 - a eu lieu vendredi 19 septembre. Des bulldozers ont détruit le mur de clôture de la délégation, avant que les pelleteuses n'entament la construction d'un parc public. Sur le chantier, il ne reste plus que la résidence de l'ancien délégué du pape et une statue de la pietà.

La mobilisation de la population catholique a été immédiate et s'est amplifiée après la messe qui, dimanche 21 septembre à la cathédrale, a réuni 10 000 fidèles. Une procession de prières a conduit des centaines d'entre eux jusqu'à la propriété contestée. Depuis, selon l'agence Eglises d'Asie (des Missions étrangères de Paris), un face-à-face tendu les oppose aux forces de police qui cernent encore le quartier et bloquent les extrémités de la rue Nhà chung, qui mène au bâtiment. Ben Stocking, directeur du bureau local d'Associated Press, a été frappé à la tête.

Des haut-parleurs diffusent les dépêches des agences internationales, de la BBC et de Radio Free Asia, ainsi que la diatribe de l'archevêque d'Hanoï, Mgr Ngô Qiang Kiêt, qui dénonce une "action illégale à rebours de la ligne du dialogue" choisie par l'Eglise. Une action qui "foule aux pieds la morale, la conscience de chaque homme à l'égard d'une religion reconnue par l'Etat". Des autres diocèses, parviennent des messages de soutien, dont celui du cardinal Pham Minh Man, archevêque d'Ho Chi Minh-Ville.

VOCATION SOCIALE

La rétrocession à l'Eglise de ses anciennes propriétés est la revendication majeure des catholiques du Vietnam (8 % à 10 % de la population). En plein centre d'Hanoï, le site de l'ancienne délégation apostolique est le plus symbolique. Des manifestations pacifiques y avaient déjà eu lieu en décembre 2007 et avaient été stoppées à l'initiative du Vatican. Mais d'autres ont éclaté à la paroisse de Thai Ha, dans un autre quartier d'Hanoï, tenue par des religieux rédemptoristes, dont l'Etat revendique aussi la propriété. Dans la nuit de dimanche, des incidents ont même eu lieu, provoqués par les Jeunesses communistes.

Le pouvoir et la presse officielle accusent l'archevêque d'Hanoï d'avoir politisé cette affaire, "humilié et calomnié les autorités" et de porter atteinte à l'unité nationale. "Ce comportement viole sérieusement les lois et doit être dûment puni", écrit un quotidien.

Cette épreuve de force rompt la détente observée avec la politique d'ouverture (doï moï) et de desserrement de la contrainte religieuse décidée par le régime au début des années 1990. Le Vietnam et le Vatican n'ont pas de relations diplomatiques, mais, chaque année, une commission bilatérale se réunit à Hanoï pour examiner les questions liées à la nomination des évêques et à la liberté d'exercice du culte. Le numerus clausus a ainsi été levé à l'entrée de séminaires désormais très remplis.

De source catholique, la riposte serait justifiée par le non-respect des promesses faites au sujet de la destination des biens d'Eglise spoliés par l'Etat. Les catholiques entendent disposer d'espaces pour pouvoir construire des écoles et des hôpitaux, conformément à leur vocation sociale. De son côté, le pouvoir serait divisé entre les partisans d'un apaisement, qui craignent pour l'image du pays, et les partisans de la manière forte pour qui toute rétrocession de biens à l'Eglise catholique entraînerait des revendications identiques chez les protestants (165 lieux sont revendiqués) et chez les bouddhistes, en plus grand nombre encore.

Par Henri Tincq - Le Monde - 24 septembre 2008


Encore des avertissements à l'encontre des prêtres et chrétiens de Thai Hà à Hanoi

Le maire de Hanoi, Nguyên Thê Thao, a une nouvelle fois averti le 22 septembre certains prêtres et chrétiens de la paroisse de Thai Hà (Hanoi) pour avoir "enfreint la Loi foncière, la Loi sur la construction et le décret-loi sur les religions, incité des chrétiens à commettre des actes délictueux et divisé le bloc d'union nationale".

C'est la deuxième fois en 2 jours que les autorités hanoiennes avertissent des prêtres et des chrétiens impliqués dans les affaires de revendication des terrains sis au 178, rue Nguyên Luong Bang, Thai Hà et au 42 Nhà Chung, lesquels appartiennent à l'État et qu'ils attribuent à l'Église. Le premier à l'avoir été dimanche dernier est Mgr Ngô Quang Kiêt, archevêque de Hanoi.

Le terrain à Thai Hà appartenant à l'État et étant géré et utilisé par la compagnie textile Chiên Thang, la revendication de Trinh Ngoc Hiên, prêtre de la paroisse de Thai Hà, et de certains autres prêtres et chrétiens du droit d'utilisation de ce terrain, est "sans fondement", selon la mairie de Hanoi.

Pourtant, des prêtres de la paroisse de Thai Hà, conduits par le curé Vu Khoi Phung, ont de leur plein gré ignoré la loi, refusé la coopération, méprisé le pouvoir et se sont livrés jour après jour à des actes délictueux. Ils se sont emparés de terrains, ont monté illégalement des constructions, incité les catholiques à venir y prier et fait pression sur les autorités.

Le maire de Hanoi a averti Vu Khoi Phung, curé de la paroisse de Thai Hà, ainsi que les prêtres Nguyên Van Khai, Nguyên Van Thât et Nguyên Ngoc Nam Phong, et exigé d'eux de "s'abstenir de commettre des actes délictueux et des activités religieuses illégales sous peine d'être punis par la loi, de faire respecter la loi par leurs fidèles et de ramener sans tarder statues, croix, photos... dans les lieux qui leur sont réservés". Il leur a également demandé de "s'abstenir de se livrer à de la propagande déformatrice en se basant sur des informations montées de toutes pièces, et d'entraîner les fidèles dans les activités contrevenantes".

Les autorités de Hanoi ont décidé le 23 septembre de récupérer le terrain sis au 178, rue Nguyên Luong Bang, qui appartient à la compagnie textile Chiên Thang, mais qu'elle n'a pas su bien exploiter. La mairie de l'arrondissement de Dông Da s'est vu confier la tâche d'en faire un projet d'ouvrage d'utilité publique.

Le Courrier du Vietnam - 23 septembre 2008