Le système bancaire du Vietnam est-il ébranlé par la crise financière américaine ?
Par Vietnam aujourd'hui le jeudi 2 octobre 2008, 13:22 - Infos en français - Lien permanent
Après que la Chambre des représentants américains a déclaré rejeter le plan de sauvetage des banques en faillite, le VN-Index a plongé. Ce qui n'a pas entamé outre mesure la confiance des experts financiers du Vietnam.
"La crise financière aux États-Unis est très grave, mais ses influences directes sur le marché financier du Vietnam resteront modestes", a estimé le Docteur Lê Xuân Nghia, directeur du Département de la stratégie de développement des banques (Banque d'État).
Par ailleurs, le niveau d'influences dépend de la santé du système bancaire national, notamment du montant total des prêts du secteur immobilier. Certaines agences immobilières rencontrent actuellement des difficultés dans le paiement des dettes bancaires qui arrivent à terme. Pourtant, les crédits immobiliers se trouvent toujours sous le contrôle des banques, a affirmé Hô Huu Hanh, directeur de la succursale de la Banque d'État à Hô Chi Minh-Ville. Dans cette mégapole du Sud, le solde total des prêts immobiliers occupe 10% des prêts accordés à tous les secteurs, soit 50% de moins qu'au début de l'année, a-t-il précisé. L'économiste Nguyên Quang Hung a partagé cette analyse : "Si les banques arrivent à bien contrôler le solde total des prêts immobiliers et boursiers, elles sortiront indemnes de cette crise financière".
Actuellement, les liquidités des banques commerciales vietnamiennes se sont fortement améliorées. Pour preuve : pour la première fois depuis le début de l'année, le taux d'intérêt sur le marché interbancaire a été ramené à moins de 10%/an.
Difficultés dans les exportations
Les influences indirectes de la crise financière américaine seront cependant sensibles sur les exportations vietnamiennes, tout simplement parce que les États-Unis occupent à eux seuls 20% de la valeur à l'exportation nationale, a averti l'économiste Lê Dang Doanh.
Selon Truong Trong Nghia, directeur du Centre de promotion du commerce et de l'investissement de Hô Chi Minh-Ville, les secteurs du textile-habillement, des chaussures et du cuir, de la transformation des poissons-chats et du café, de la fabrication de produits haut de gamme… seront les plus affectés. "Depuis le début de l'année, la valeur à l'exportation de notre compagnie n'est que de 60% de la somme affichée à la même période de l'an dernier", a dit Nguyên Quang Dinh, directeur général adjoint de la compagnie de confection Bac A (Hô Chi Minh-Ville).
Pour sa part, Andy Ho, directeur exécutif du Fonds Vina Capital, prévoit une chute des fonds d'investissement étrangers, directs ou indirects, au Vietnam. "Dans la conjoncture actuelle difficile, il est certain que les groupes et organisations économiques vont rétrécir leur volume de fonds investis de part le monde", a-t-il expliqué.
Pour sa part, l'économiste Doàn Ngoc Long a déclaré que l'ampleur de ce phénomène "dépendra de la capacité résistante des banques et des entreprises vietnamiennes". Et de souligner l'importance des préparatifs du système financier national pour faire face à une éventuelle crise étendue.
Par Thê Linh - Le Courrier du Vietnam - 2 octobre 2008
La crise financière américaine n'a pas de conséquences négatives pour le système bancaire national
"Le système bancaire du Vietnam ne subit pas l'influence des fortes fluctuations du marché financier américain", a affirmé Nguyên Van Giàu, gouverneur de la Banque d'État du Vietnam lors de la réunion périodique du gouvernement, le 30 septembre à Hanoi.
Selon lui, le fait que la Chambre des représentants américains ait déclaré rejeter le plan de sauvetage des banques en faillite aux États-Unis, d'un montant de 700 milliards de dollars, n'a pas d'impact sur les réserves en devises du Vietnam. Environ 82% de celles-ci sont en dépôt dans les banques centrales de plusieurs pays dont les États-Unis, la RFA, la France, la Grande-Bretagne, ainsi que dans d'autres organisations financières internationales, et le reste dans des banques d'investissement et commerciales internationales d'un crédit élevé (classées 3A et 2A). Il a expliqué que les banques en crise tant aux États-Unis qu'en Grande-Bretagne ne détenaient aucun fonds du pays, de sorte qu'il n'y a aucune raison de se faire du souci. Les réserves en devises du Vietnam s'élèvent actuellement à 21,9 milliards de dollars, soit une augmentation de 1,2 milliard d'il y a 3 mois. Cette croissance s'explique par un développement stable du marché financier vietnamien qui donne confiance aux investisseurs, surtout dans les entreprises en partenariat avec l'étranger, a précisé M.Giàu.
Quant à la solvabilité des banques vietnamiennes, M. Giàu a estimé qu'elle est incontestable avec un volume de liquidités de 40.000 milliards de dôngs au 30 septembre dernier, au lieu des 30.000 à 35.000 milliards habituels. Les banques vietnamiennes, y compris les succursales de banques étrangères, garantissent leur solvabilité et pratiquent un taux d'intérêt de 12% en moyenne. Les experts du secteur bancaire informeront en permanence le gouvernement des éventuelles conséquences de la crise du marché financier américain. Selon les rapports présentés au 30 septembre dernier par la quasi totalité des banques vietnamiennes, aucune relation d'affaire avec les banques en faillite n'a été relevée, et aucun impact n'a été constaté. C'est dire qu'aucune perte ne peut survenir du fait de la crise du marché financier américain, a souligné M. Giàu.
Le chef de la Banque d'État vietnamienne a affirmé qu'une régulation souple des politiques monétaires de rigueur permettra de garantir les liquidités de ce secteur et, plus généralement, de l'économie nationale. Au cours des 9 premiers mois de l'année, la mobilisation de capitaux dans le pays a augmenté de plus de 11%, pour l'essentiel grâce au dépôt de l'épargne privée en dông, mais aussi en devises étrangères à hauteur de 31,8%.
S'agissant des prêts de capitaux destinés à l'investissement dans l'immobilier, M. Giàu a indiqué que leur montant s'élève à 115.500 milliards de dôngs, c'est-à-dire à 9,15% de l'endettement bancaire. Les banques commerciales par actions continuent de réviser les projets d'investissement sur ce marché et sont disposées à consentir des crédits si ceux-ci sont d'une faisabilité suffisante. Le contrôle rigoureux du gouvernement en ce domaine n'a pour objet que de limiter les investissements massifs et non rentables dans ce secteur.
Par ailleurs, "la Banque d'État du Vietnam suivra les banques commerciales, contrôlera strictement leurs activités et continuera d'intervenir opportunément sur le marché des devises étrangères afin de garantir la solvabilité du système bancaire vietnamien", a déclaré M. Giàu lors d'un point de presse organisé également mardi dans la capitale, qui a réitéré que les banques d'investissement et groupes économiques ayant dernièrement déclaré faillite aux États-Unis n'ont aucune relation avec le Vietnam. Il a affirmé une fois de plus que d'ici la fin de l'année, une régulation plus adaptée sera pratiquée en vue de renforcer et d'assainir les organismes de crédits et de garantir la liquidité du système bancaire.
Par Lê Hà - Le courrier du Vietnam - 2 octobre 2008
