Francophonie : nécessité de développer les classes bilingues
Par Vietnam aujourd'hui le mercredi 8 octobre 2008, 13:33 - Infos en français - Lien permanent
À l'issue de la Conférence des recteurs des universités membres de l'Agence de la Francophonie (AUF) en Asie-Pacifique qui s'est tenue récemment avec succès à Hanoi, en présence de près de 80 recteurs, le directeur du bureau Asie-Pacifique de l'agence, le professeur Pierre le Mire, a accordé le 7 octobre une interview au Courrier du Vietnam sur la situation de la Francophonie au Vietnam.
Comment trouvez-vous l'enseignement du et en français au Vietnam à l'heure actuelle ?
L'enseignement du français au Vietnam est une question très complexe. Dans les universités et leurs départements de langues, l'enseignement est généralement de grande qualité, la seule difficulté, classique dans ce type d'enseignement, concerne les subtilités phonétiques, ce qui est traditionnellement lié à une pénurie presque inévitable de professeurs ayant eu le français pour langue maternelle.
Les choses sont plus difficiles dans le primaire et le secondaire, dans la mesure où l'anglais ne cesse de progresser pour atteindre 98% des enseignements de "première langue". La situation est évidemment meilleure concernant les 17.000 ou 18.000 élèves des classes "bilingues", même si depuis que l'AUF n'en assure plus l'encadrement, celui-ci s'est affaibli, notamment par manque de moyens, au point que certains professeurs de français de province se sentent un peu isolés.
Mais cela n'a rien d'original dans la mesure où l'anglais, "première langue", est en progression partout dans le monde. Nous sommes évidemment très favorables à l'instauration d'une 2e langue parce que, dans ce cas, le français reprendrait une partie très importante de la place qu'il occupait auparavant.
Finalement, dans ce contexte, il est essentiel de développer et de renforcer les classes bilingues. Car elles permettent un apprentissage solide du français. Or, notre point de vue est qu'il faut éviter le "tout anglais" et la pensée "unique" qui risque d'en découler. C'est d'ailleurs l'intérêt du Vietnam ! Car, derrière la langue, c'est tout un mode de pensée et une culture qui émergent. Il serait bien triste de réduire nos schémas mentaux et nos cadres culturels à un seul type d'influence, aussi intéressant soit-il. Sans compter les possibilités de développer les relations économiques ! Cela, les Chinois l'ont, par exemple, bien compris, qui développent largement l'apprentissage de nombreuses langues.
Que pensez- vous de l'avenir de l'enseignement du et en français au Vietnam ? Quel est le plan de l'AUF pour les années à venir pour développer la Francophonie au Vietnam ?
Pour l'enseignement supérieur, je suis assez optimiste. Chaque année, il y a 4.000 étudiants dans la quarantaine de filières francophones qu'abritent, avec notre appui, les universités vietnamiennes, si l'on en amène la moitié au niveau de masters et que nous multiplions les masters double-diplômant, nous progresserons de manière décisive. Étant entendu que, d'ores et déjà, nous délivrons chaque année près de 800 licences "francophones" dans une dizaine de grands domaines, allant de la médecine à l'économie, en passant par le droit, le génie civil, l'informatique, etc.
Le but n'est pas que le français devienne la langue la plus parlée au Vietnam, mais qu'il soit parlé par une certaine élite capable d'entretenir les relations avec le monde francophone.
Pour développer la Francophonie, il faut rendre ces filières universitaires francophones de licence plus attirantes, en y introduisant un double diplôme, ainsi que des cours d'anglais. Ainsi, nous pourrons y former davantage d'étudiants francophones. Cela exige aussi que nous proposions une "offre francophone global", allant au moins de la première année d'université au doctorat. Car, il faut pouvoir donner une continuité aux études et ne pas devoir s'arrêter par manque de choix dès la fin de la licence. Tout se tient : la perspective du master et du doctorat attirera dans les licences qui, à leur tour, fourniront des étudiants en master et en doctorat !
Comment se passe la sortie des diplômés des filières ou des masters francophones ? Accompagnez-vous les jeunes diplômés dans leur insertion professionnelle ?
Oui, nous allons créer des réseaux d'anciens étudiants pour qu'ils puissent garder le contact. Nous étudions le marché, pour pouvoir diriger les étudiants vers ces demandes, nous aidons les étudiants à préparer un CV et un entretien d'embauche.
En effet, en association avec la Chambre de Commerce franco-vietnamienne, nous avons développé le Département de l'emploi francophone (DEF), avec un site sur lequel apparaissent des offres d'emplois, notamment à Hanoi et Hô Chi Minh-Ville. Nous travaillons ainsi avec environ 150 entreprises qui proposent chaque année environ 400 offres d'emplois, dont nous satisfaisons à peu près la moitié. Sur 700 diplômés en licence qui sortent chaque année, nous arrivons par notre système à trouver un emploi fixe à environ 150 personnes et proposons également des missions à court terme et des stages à presque 50 candidats.
Par Dang Huê - Le courrier du Vietnam - 8 octobre 2008
