Corruption : Hanoï pressée de ne pas faire des médias les "coupables"
Par Vietnam aujourd'hui le lundi 1 décembre 2008, 08:50 - News in english - Lien permanent
HANOI — Le Vietnam, où des journalistes viennent d'être condamnés pour leur couverture d'un scandale de corruption, a été pressé vendredi par la communauté occidentale de ne pas se tromper de cible et de s'attaquer aux vrais coupables, les "gros poissons" qui profitent du système.
Dans une réunion entre Hanoï et les donateurs, des diplomates ont tiré la sonnette d'alarme après "le signal dévastateur" envoyé par la justice.
En octobre, deux reporters de deux grands quotidiens du pays communiste ont été jugés pour "abus des libertés démocratiques" dans leur couverture du scandale "PMU 18", une unité du ministère des Transports alimentée par l'aide internationale où avait été mise à jour une utilisation frauduleuse de fonds dans des paris de football.
Nguyen Viet Chien, journaliste à Thanh Nien, a écopé de deux ans de prison. Nguyen Van Hai, son confrère de Tuoi Tre arrêté avec lui en mai, a été libéré mais condamné à deux ans de "rééducation".
"L'impact de l'arrestation a été ... dévastateur au Vietnam pour les journalistes", mais aussi "à l'extérieur pour l'image du Vietnam parce que l'image véhiculée par ces arrestations est que (...) si quelqu'un écrit sur la corruption, il va en prison", selon l'ambassadeur de Suisse, Jean-Hubert Lebet.
Hanoï reconnaît le rôle des médias dans la lutte anti-corruption. Mais les "journalistes ont dans certains cas commis des crimes et doivent être punis suivant le code pénal", a répondu Do Quy Doan, vice-ministre de l'Information.
C'est cette criminalisation, dans un environnement légal jugé trop flou pour suffisamment protéger les journalistes, qui inquiète.
"Si le comportement des médias est trop facilement criminalisé, alors ils risquent de se sentir gênés dans l'exercice de leurs tâches professionnelles", a estimé Bengt Van Loosdrecht, chargé d'affaires des Pays-Bas.
"Les journalistes ont des droits, mais ces droits ne peuvent pas violer les intérêts de l'Etat", une notion "difficile à définir", résume un rare représentant d'une profession habituée à l'auto-censure à avoir accepté, même sous couvert d'anonymat, de parler à l'AFP.
En 2006, avant le Xe congrès du Parti communiste, l'affaire du "PMU 18" avait ébranlé jusqu'aux instances dirigeantes de l'Etat. Le ministre des Transports avait démissionné et son adjoint avait été arrêté.
Depuis, quelques responsables ont été condamnés. Le plus haut responsable inquiété, l'ancien vice-ministre des Transports Nguyen Viet Tien, a été blanchi.
L'organisation de lutte contre la corruption Transparency International ne veut pas se prononcer sur des cas particuliers, mais de façon générale elle voudrait "voir les gros poissons grillés de la même façon que les petits", a commenté Pascal Fabie, son responsable Asie-Pacifique.
"Nous voudrions aussi être sûrs que les efforts anti-corruption visent les bonnes personnes, ne tirent pas sur les messagers", a-t-il poursuivi. Transparency international note sévèrement le Vietnam: moins de 3 sur 10, synonyme de corruption "endémique".
Pour certains observateurs, les journalistes qui s'étaient engouffrés en 2006 dans un espace inhabituel de liberté subissent un retour de bâton, pris, de surcroît, dans une guerre de clans à la tête du pouvoir.
Car la reprise en main des médias ne semble pas se limiter aux affaires de corruption.
Cette semaine, deux responsables d'un autre quotidien, Dai Doan Ket, ont officiellement été écartés.
Les autorités n'ont publiquement pas donné de raison. Mais la profession est persuadée qu'il paient notamment la publication d'une lettre, trop critique vis à vis des autorités, du général Vo Nguyen Giap, célébrissime artisan de la déroute française à Dien Bien Phu en 1954.
Agence France Presse - 30 novembre 2008
Rôle majeur de la presse dans la lutte anti-corruption
Le 4e dialogue sur la lutte contre la corruption, qui a réuni les représentants du gouvernement vietnamien et des bailleurs de fonds internationaux, s'est tenu le 28 novembre à Hanoi.
Les délégués ont écouté des rapports sur les nouvelles avancées dans la lutte contre la corruption, les résultats du procès de 2 journalistes, auteurs des articles qui ont donné aux lecteurs des informations erronées sur l'affaire PMU 18, etc. Ils ont discuté du rôle de la presse dans cette lutte. Plusieurs conférenciers ont hautement apprécié les efforts du Vietnam dans la lutte contre la corruption, la transparence des activités de l'appareil étatique. Ils ont souligné le rôle important de la presse pour informer la population des politiques du Parti et de l'État, donner de premières informations sur les affaires de corruption, mettre en avant les localités, collectivités et particuliers dans ce combat.
Pour Nguyên Quang Thông, chargé de la permanence de l'Association des journalistes du Vietnam (AJV), la presse a contribué à "accroître la conscience de la population" vis-à-vis de l'importance de la lutte contre la corruption ainsi que des difficultés que rencontrent les services concernés.
Les ambassades des États-Unis, de Suède et de plusieurs autres pays se sont déclarées prêtes à coopérer avec le Vietnam dans la formation de journalistes ou de rédacteurs, spécialisés dans la lutte anti-corruption.
Les représentants des organisations internationales et des bailleurs de fonds ont tous déclaré soutenir le Vietnam dans son processus de Renouveau en général et dans la lutte contre la corruption en particulier. Certains ont souhaité la participation des journalistes dans les prochains dialogues sur la lutte anti-corruption.
Nécessité de la transparence des informations
Les journalistes doivent informer les lecteurs des phénomènes négatifs, a affirmé l'inspecteur général du gouvernement, Trân Van Truyên. Il a souligné que le gouvernement devrait aider la presse à accomplir sa tâche. Il a insisté que le Premier ministre Nguyên Tân Dung a demandé aux organismes étatiques de fournir des informations à la presse. "Il n'y a aucune barrière dans la fourniture d'informations à la presse", a déclaré M. Truyên. Cette affirmation a été partagée par Dô Quy Doan, vice-ministre de l'Information et de la Communication. À son avis, le ministère de l'Information et de la Communication soumettra à l'Assemblée nationale fin 2009 le projet de loi sur la presse (amendé), dans laquelle les droits et les obligations de la presse seront déterminés plus clairement et de manière plus conforme à la loi sur la prévention et la lutte contre la corruption.
"La corruption dans le déploiement des projets d'aides publiques au développement (APD) est inacceptable", a jugé Molly Lien, conseillère de l'ambassade de Suède. À son avis, les bailleurs de fonds seront très inquiets si les APD ne sont pas utilisées pour les objectifs fixés. En particulier, il faut que les organismes compétents, dont la presse, protègent les personnes participant à la lutte contre la corruption, a dit M. Truyên. Et ce jugement a été bien apprécié par Michael Michalak, ambassadeur américain au Vietnam, qui a aussi affirmé la nécessité de la transparence des informations. Pour Trân Van Truyên, le gouvernement vietnamien devra réduire les informations dites "secrètes", ce qui vise à augmenter la transparence dans la fourniture des informations du Vietnam.
Le dialogue a été conjointement organisé par le Comité central pour la lutte contre la corruption, le ministère de l'Information et de la Communication et l'ambassade de Suède à Hanoi.
Selon les statistiques de l'inspection gouvernementale, au cours des 9 premiers mois de l'année, 18 missions d'inspection ont été mises sur pied. Elles ont découvert des infractions pour une valeur totale de plus de 1.000 milliards de dôngs et 45.000 dollars. Le ministère de la Police a demandé aux parquets populaires de traduire en justice 249 inculpés pour corruption, pots de vin et abus de fonctions.
Par Phuong Mai - Le courrier du Vietnam - 1er décembre 2008
