Pour ce déplacement d'une semaine, les 35 artistes ont tous fait le voyage en train depuis Pyongyang, via Pékin. L'événement est nourri de défis -- aucun des visiteurs, notamment, ne parle anglais, souligne un responsable vietnamien.

«Le Vietnam a été informé de l'événement il y a seulement deux mois, et aucune communication ne s'est faite par courriel», explique-t-il, sous couvert d'anonymat. «Tous les messages étaient sur papier et délivrés via l'ambassade de Corée du Nord à Hanoï.»

La tournée doit marquer le 50e anniversaire de la visite à Hanoï du «Grand Leader», Kim Il-sung. Une visite qui emboîtait elle-même le pas à un déplacement à Pyongyang de Ho Chi Minh, le fondateur du Parti communiste vietnamien (PCV) et encore icône du Vietnam moderne, un an plus tôt.

À cette époque, la Corée du Nord sortait de la guerre de Corée, contre les forces emmenées par les États-Unis. Le Nord-Vietnam communiste, après avoir mis dehors les Français en 1954, s'acheminait vers sa propre «guerre américaine».

Un demi-siècle plus tard, la Corée du Nord et le Vietnam restent deux des derniers pays communistes, aux côtés de la Chine, du Laos et de Cuba. Mais leurs développements ont pris des chemins diamétralement opposés.

La Corée du Nord est pauvre, isolée et prise dans une impasse dans ses relations avec la Corée du Sud et les États-Unis, qui exigent notamment le démantèlement de son programme nucléaire.

Le Vietnam, qui l'an dernier encore affichait une croissance économique de 8,5 %, a reconstruit ses liens avec Washington et le monde occidental en général.

Alors que les artistes nord-coréens, entraînés à la perfection depuis l'enfance dans les écoles d'État, répétaient d'arrache-pied hier, les rues de Hanoï bruissaient du son des moteurs de mobylettes et des conversations effrénées sur téléphones mobiles.

Mais la distance qui sépare les deux capitales et le statut de paria de Pyongyang sur la scène internationale n'empêchent pas Hanoï de rester fidèle à son allié traditionnel.

Le secrétaire général du Parti communiste vietnamien, Nong Duc Manh, s'est rendu l'an dernier en Corée du Nord. Des rumeurs d'une visite, en retour, de Kim Jong-il à Hanoï avaient ensuite circulé. Avant que, selon des sources américaines et sud-coréennes, il ne soit victime d'une attaque cérébrale.

La visite de la troupe est «plutôt discrète» comparée à la rumeur de la visite du fils de Kim Il-sung, estime Carl Thayer, expert du Vietnam à l'Australian Defence Force Academy.

«La discrétion qui marque cet important anniversaire nous en dit peut-être plus sur la politique intérieure en Corée du Nord et la santé du président Kim Jong-il que sur les relations bilatérales» des deux pays, glisse-t-il.

La troupe, qui n'a pas été autorisée à parler aux médias étrangers selon des responsables vietnamiens, a donné une première représentation hier soir à l'Opéra de Hanoï, construit sous la colonisation française.

D'autres, au théâtre militaire puis à Haïphong, grand port du Nord objet de violents bombardements lors des guerres d'Indochine et du Vietnam, devaient suivre.

Au programme des 90 minutes de spectacle, des thèmes révolutionnaires, Arirang, morceau coréen très populaire dans les deux parties de la péninsule, mais aussi le chant Vietnam - Ho Chi Minh.

Agence France-Presse - 18 décembre 2008