S'attaquant témérairement à un tabou, la vie amoureuse du "Père de la Nation" Hô Chi Minh, elle réhabilite la figure épurée du héros de l'indépendance pour mieux fustiger ses héritiers "richissimes et"corrompus".

Dès la dédicace de ce roman-fleuve, Huong annonce la couleur: "Pour Luu Quang Vu et tous les innocents qui sont morts dans ce silence noir".

Luu Quang Vu. Un ami de Huong, un écrivain critique du régime, dramaturge, qui, selon elle, aurait péri avec sa femme, une poétesse, et son fils, dans un faux accident de voiture tramé par les autorités en 1988.

Le "silence noir" ? "Tout le monde savait la vérité. Tout le monde vivait dans l'ombre de cette histoire falsifiée. Mais les intellectuels baissaient les yeux, courbaient la tête, par lâcheté", se souvient ce bout de femme plein d'énergie et de colère, lors d'un entretien avec l'AFP.

Elle a voulu venger ses "chers fantômes" et l'improbable instrument de sa vengeance est l'Oncle Hô, icône vénérée par la majorité de ses compatriotes.

Dans "Au Zénith" ("Hô Zénith" ?), elle narre la passion du "Père du Peuple", arrivé à l'âge mûr, pour une jeune femme, des amours contrariées par un Parti sectaire et hypocrite qui ne veut pas de cette union préjudiciable à la Révolution et fera assassiner la belle Xuân, crime maquillé en... accident de la route.

L'histoire ne s'arrête pas là. Elle finit le 2 septembre 1969, quand, selon la romancière, le vieux Hô, hospitalisé, choisit volontairement de mourir, arrachant ses perfusions, en ce jour symbolique de la fête nationale, afin d'"apporter la malédiction sur le régime honni".

Terrible vengeance à laquelle fait écho celle de la dissidente, ancienne héroïne de la Guerre du Vietnam et enfant chérie du régime avant de rompre avec lui à la fin des années 80. Elle sera même emprisonnée en 1991.

"Après, j'ai vécu avec les marginaux et les lépreux. Je n'étais plus la fille bien aimée du Parti. J'ai décidé de suivre le chemin des rebelles. Je suis devenue l'ennemie du peuple qui se fait insulter, qui se fait traiter de vieille pute", témoigne Huong.

Ses huit romans - dont "Histoire d'amour racontée avant l'aube", "Les Paradis aveugles" et le beau "Terre des Oublis" (Grand prix des lectrices de Elle 2007) - sont interdits au Vietnam.

"Au Zénith" a été mis en ligne le mois dernier sur un site vietnamien qui aurait rapidement reçu près de 100.000 visiteurs. Internet est "l'arme de la démocratie", se réjouit-elle.

Huong a quitté le Vietnam pour s'installer à Paris en 2006, seule, à l'invitation de son éditeur Sabine Wespieser. "J'avais tellement honte de mon entourage", confesse-t-elle, en traitant les "soi-disants intellectuels vietnamiens" de "rossignols".

Si elle se revendique "militante démocratique", elle n'a "aucune intention de faire de la politique". "Je n'aspire pas à être présidente d'un parti, je lutte pour la démocratie", assure cette patriote "désuète" qui ne porte pas dans son coeur le grand frère chinois -- portraiturant dans son livre un Mao sanguinaire et cynique.

"Moi, je suis une louve solitaire, j'ai coupé les ponts avec tout le monde. La loi du troupeau est la cause de toutes les misères, de toutes les bassesses", accuse la dissidente en exil.

"J'écris sous la pression des faits, des souvenirs, des impressions qui s'entassent dans ma tête, je veux rendre la vérité de la tragédie humaine. Il faut chercher la vérité par tous les bouts", dit-elle dans un grand rire libérateur.

Agence France Presse - 21 janvier 2009