Le nord du Vietnam revit grâce au commerce
Par Vietnam aujourd'hui le mardi 17 février 2009, 08:49 - Infos en français - Lien permanent
Dans le nord du Vietnam, la zone du bref mais destructeur conflit terrestre que se sont livré Pékin et Hanoï il y a 30 ans est aujourd'hui le théâtre d'un commerce prospère entre les deux pays communistes.
Le 17 février 1979, les troupes chinoises pénètrent tout le long de la frontière pour donner "une leçon" au Vietnam qui vient de chasser les khmers rouges ultra-maoïstes du Cambodge.
Elles ne restent que quelques semaines.
Mais à Lang Son, à l'est, les habitants racontent qu'à leur départ, les Chinois n'ont laissé aucun bâtiment officiel debout. Certains parlent des cadavres trouvés au retour des zones d'évacuation, flottant dans la rivière Ky Cung.
Comme ailleurs sur le territoire, les années 80 seront des années de misère, où le pays, aussi sous embargo américain, vivra au rythme des tickets de rationnement.
Mais 18 ans après la normalisation des relations sino-vietnamiennes, les produits chinois -denrées, vêtements, téléphones, produits électroniques...- déferlent désormais sur des marchés toujours plus nombreux. Un projet de golf, flanqué d'un hôtel cinq étoiles, est même en chantier.
Selon les autorités, les échanges frontaliers de la province sont passés d'environ 200 millions de dollars (155 M EUR) par an au début des années 90 à 1,5 milliard de dollars (1,16 md EUR) en 2008 -- les importations de produits chinois en représentent l'écrasante majorité (1,18 md USD).
"Grâce au développement économique, au commerce frontalier, notre vie s'est améliorée", confie une habitante d'un village proche de la ville de Lang Son. Son activité: acheminer des marchandises de contrebande via les sentiers montagneux du coin.
Ici, nombreux sont ceux qui, pour environ 20.000 dongs (moins d'un euro) passent illégalement la frontière avec une cinquantaine de kilos sur le dos. Plusieurs fois par jour.
Même si les contrôles douaniers se renforcent, cette quinquagénaire raconte avoir pu bâtir sa maison grâce aux trafics.
Certains crachent encore leur haine des Chinois, mais les rancoeurs s'atténuent.
"Pendant la guerre, la population détestait les Chinois", reconnaît une habitante de Lang Son même, elle aussi sous couvert d'anonymat. Mais "depuis la fin du conflit, le sentiment est graduellement redevenu normal".
Pour Hanoï, la relation avec Pékin ne pourrait être meilleure. De la guerre, les autorités ne veulent plus un mot.
Même si des problèmes persistent, Ramses Amer, du centre d'études Asie Pacifique à l'université de Stockholm, reconnaît que les relations politiques des deux alliés idéologiques sont aujourd'hui relativement bonnes.
"Si l'on compare à la situation de 1991, même les questions frontalières ont fait beaucoup de progrès".
Le rapport à la Chine reste pourtant un grand tabou au Vietnam, imprégné de culture confucéenne mais qui n'oublie pas les douleurs du millénaire d'occupation chinoise et des nombreux affrontements ultérieurs.
Pékin et Hanoï ont finalisé la démarcation de leur frontière terrestre, mais la méfiance que conserve le pays de 86 millions d'habitants reste alimentée par des querelles territoriales. La controverse sur les archipels des Spratleys et Paracels en mer de Chine du Sud, surtout, reste épineuse.
Les deux capitales ont mis en place un mécanisme pour calmer les tensions.
Mais la question déchaîne régulièrement des commentaires acides sur internet et a entraîné de rares manifestations au Vietnam il y a un peu plus d'un an. Les informations sur la construction d'une imposante base navale chinoise sur l'île méridionale d'Haïnan, en face du Vietnam, rajoutent aux craintes.
Pour certains, l'asymétrie des rapports sino-vietnamiens reste au coeur du problème.
"La population du Vietnam est à peu près celle d'une province de taille moyenne chinoise," souligne Carl Thayer, de l'Australian defence force academy. Le Vietnam est "le partenaire le plus faible" de la relation et "cette faiblesse donne lieu au soupçon et à la méfiance".
Agence France Presse - 17 février 2009
