Un film de dix minutes qui a été remis au Centre de documentation du Cambodge (DC-Cam) de Youk Chhang et au tribunal khmer rouge.

Dinh Phong, âgé aujourd'hui de 71 ans, est revenu sur le tournage de ce documentaire, que son équipe de télévision vietnamienne avait eu l'opportunité de filmer à Tuol Sleng avant tous les autres reporters étrangers. "Nous sommes arrivés avec l'armée vietnamienne, venue libérer le pays. ... Et nous avons été informés de l'existence d'une école - Tuol Sleng - d'où s'entendaient des cris d'enfants. Quand nous sommes arrivés là-bas, une odeur pestilentielle s'en dégageait. L'armée a alors commencé des opérations de déminage. En entrant, on a compris qu'il s'agissait d'une prison. Nous avons entendu les cris d'enfants, nous en avons découvert cinq dans la cuisine dissimulés derrière des tas de vêtements. Leurs corps étaient couverts de piqûres de moustiques et l'un d'eux était déjà décédé. Les autres étaient dans un piètre état. Le plus grand d'entre eux, Norng Chanphal, était lui aussi très mal en point, il peinait à tenir debout. Nous leur avons donné à boire et à manger et les avons confiés à l'armée cambodgienne. Nous avons poursuivi notre visite et sommes tombés sur la salle de torture dont le sol était jonché de menottes, de pelles, de haches... et de cadavres en décomposition rongés par les vers et dont les pieds étaient encore enchaînés. On a vu aussi une salle où les prisonniers étaient forcés de sculpter des statues de Pol Pot et une autre constellée des photographies des prisonniers, prises avant qu'ils ne soient exécutés. Nos images ont été diffusés dans le monde entier dès janvier 1979. Demain, nous montrerons ce document à l'audience initiale car nous voulons que ces crimes de masse soient condamnés", a raconté le Vietnamien.

La veille, il a dit être retourné à S-21, devenu aujourd'hui le musée du génocide. "Tout y a changé sauf la cuisine ! ... Nous y sommes entrés avec la même terreur qui nous avait étreint la première fois en 1979..."

Son confrère d'alors et ami, le caméraman Ho Van Thay, 75 ans, a gardé lui aussi en mémoire cette macabre découverte. "Nous devions marcher sur les cadavres pour circuler d'une pièce à l'autre... Quelle cruauté... Nous avons voulu révéler cette vérité au monde en tournant ces images. Seule la télévision vietnamienne possède la bobine de ce film. Nous avons aussi filmé dans les campagnes, les forêts, les sols jonchés de crânes... Et demain, je rencontre à Siem Reap un enfant que j'avais trouvé la gorge tranchée et qui a pu survivre..."

Les deux vétérans ont expliqué qu'ils ne désiraient pas témoigner devant le tribunal khmer rouge car leur documentaire en dit assez long sur les horreurs commises à S-21.

Par Duong Sokha - Ka-set.info - 16 février 2009