Pas grand-chose à dire sur les perspectives de l'énergie nucléaire au Vietnam alors que le nombre de connaisseurs en ce domaine se compte sur les doigts et que la compétence en matière de recherche scientifique est encore dérisoire. C'est le commentaire de Pham Duy Hiên, ex-directeur de l'Institut de l'énergie nucléaire de Dà Lat (hauts plateaux du Centre). Un avis qui est également partagé par d'autres experts d'autant que la première centrale nucléaire d'une puissance de 4.000 MW sera mise en chantier dans 6 ans. Selon les prévisions, le premier de ses 4 générateurs, d'une capacité de 1.000 MW chacun, entrerait en service 5 années plus tard. "Aussi c'est dès maintenant que nous devons tous mettre la main à la pâte", souligne Pham Duy Hiên.

Construire une centrale nucléaire à des fins civiles, c'est non seulement mettre en application des technologies avancées mais aussi former du personnel pour en assurer l'exploitation, ce qui n'est pas simple. Les frais de formation du personnel représentent environ de 2% à 5 % du coût total du projet.

Une nouvelle matière dans les universités

S'il faudra environ 6.000 à 10.000 ouvriers sur le chantier, la centrale nécessitera de quelques 800 techniciens et ingénieurs pour son fonctionnement et sa maintenance, selon Vuong Huu Tân, directeur de l'Institut de l'énergie nucléaire du Vietnam (IENVN). Nombre d'avis critiquent l'absence d'un corps scientifique en mesure de maîtriser cette technologie, mais aussi l'absence de discipline de certains responsables de la gestion de ce secteur. Il est donc indispensable de consacrer du temps pour mieux apprendre le management et la pratique de la réglementation en ce domaine pour garantir toute sécurité.

Le personnel pour la centrale nucléaire a été abordé lors d’un séminaire tenu le 18 février à Hanoi par l’IENVN.

À l'heure actuelle, la formation au nucléaire n'existe que dans 4 universités et encore, un rapport de l'IENVN souligne que méthodes et documents pédagogiques ne répondent pas aux exigences tant de ce domaine qu'à celles de la sécurité. En outre, le corps d'enseignants est estimé faible, que ce soit en termes d'effectif comme de compétences. Parmi les 700 salariés de l'IENVN ne figurent qu'un petit nombre d'experts qualifiés.

Pour un premier temps, d'après Vuong Huu Tân, il faudrait préparer la naissance d'un personnel qualifié dans le nucléaire ou en tout cas dans la thermoélectricité, et la former afin qu'elle maîtrise parfaitement la conduite des turbines. "Cette voie est la plus rapide et la formation d'un tel personnel n'est pas un grand souci", prétend-il. Toutefois, Dang Vu Minh, responsable de la Commission des sciences, des technologies et de l'environnement de l'Assemblée nationale, propose d'envoyer dès à présent un groupe de personnes qualifiées suivre une formation professionnelle à l'étranger.

Le ministère de l'Éducation et de la Formation a proposé au gouvernement un projet de formation au nucléaire dans les établissements universitaires qui devrait être opérationnel dès le 2e trimestre 2009. Quant à l'IENVN, il a présenté au ministère des Sciences et des Technologies un projet de création d'une école d'ingénieur en nucléaire, laquelle sera, avec d'autres universités, en mesure de créer un réseau interuniversitaire.

Par Lê Thanh - Le courrier du Vietnam - 19 février 2009