Ils en auraient donc les capacités. Mais il y a loin du bol aux lèvres. Seul un « protocole d’accord » pour une coopération rizicole a pour le moment été signé en Thaïlande.

C’est Hanoï qui est le plus favorable à un prix commun à l’export. Son riz 5% brisure, la meilleure qualité du delta du fleuve Rouge ou du delta du Mékong, est toujours négocié près de 100 dollars de moins la tonne que son concurrent thaï.

Le Vietnam souhaiterait aussi contrôler davantage les cours par l’offre, pour assurer à la fois un revenu correct à ses riziculteurs et un prix raisonnable au consommateur vietnamien. En attendant, le gouvernement de Hanoï a demandé aux compagnies rizicoles, il y a dix jours, de cesser de signer des contrats pour les 4 mois qui viennent. Les engagements se montent déjà à plus de 3 millions de tonnes, et il va falloir honorer la livraison d’un million et demi de tonnes aux Philippines !

Le Vietnam veut éviter que les paysans ne bradent leurs récoltes de riz. Si les cours se sont redressés de 5% en janvier 2009, et qu’à 450 dollars la tonne, ils sont encore le double de leur niveau des années 2003-2006, on est très loin des records d’avril 2008. Un prix encore inférieur serait difficilement supportable pour les riziculteurs, qui ont payé très cher leurs intrants.

Il faut donc attendre. Les cours sont étales : la demande n’est pas au rendez-vous. Les greniers à riz sont pleins de l’Asie à l’Afrique, après une récolte 2008 exceptionnelle. Le mois d'avril 2009 sera décisif : les stocks auront baissé ; et l'on connaîtra la taille réelle de la récolte au Vietnam, comme en Indonésie. Djakarta a promis, revirement historique, d'exporter à nouveau du riz ! Mais un simple déficit de 2 à 3 millions de tonnes pourrait, confie un trader, renverser ce marché, « en équilibre sur la lame d’un couteau ».

Radio France Internationale - 3 mars 2009