Les victimes de l’agent orange déboutées
Par Vietnam aujourd'hui le jeudi 5 mars 2009, 20:41 - Infos en français - Lien permanent
Guerre du Vietnam . S’appuyant sur la Cour suprême, Washington refuse de reconnaître ses responsabilités face aux plaignants vietnamiens et américains.
La Cour suprême des États-Unis a rejeté, lundi, la plainte des victimes américaines et vietnamiennes de l’agent orange contre les firmes qui ont fabriqué le défoliant chimique toxique - l’agent orange - utilisé durant la guerre du Vietnam. Les juges n’ont fait aucun commentaire sur leur décision statuant en - faveur des 37 compagnies chimiques incriminées parmi lesquelles Dow Chemical et Monsanto, fournisseurs de la dioxine et autres herbicides à l’armée au Vietnam. Trois procès étaient intentés, l’un par les plaignants vietnamiens, victimes du terrible défoliant déversé sur le terrritoire vietnamien à partir de 1961, et regroupés au sein de leur association, la VAVA. Les deux autres procès impliquaient des vétérans américains tombés malades trop tard pour - réclamer une part dans l’arrangement amiable de 180 millions de dollars avec les fabricants des produits chimiques de 1984.
Dans les trois cas, la Cour suprême a refusé de reconsidérer le verdict prononcé l’an passé par une cour d’appel de l’État de New York. Celle-ci avait débouté les plaignants au titre qu’ils ne pouvaient poursuivre leurs réclamations pour les « supposées » blessures dues à leur exposition au défoliant chimique. Elle statuait aussi sur le fait que l’agent orange avait été utilisé comme défoliant, et non comme poison conçu pour, ou visant, les populations. Le ministère de la Justice américain était alors intervenu directement pour demander le rejet de la plainte, comme il l’avait déjà fait en première instance.
À chaque étape devant un tribunal, l’enjeu majeur était de savoir si la plainte était - recevable ou non. « Si la Cour suprême avait accepté la - requête, cela n’aurait pas - été une condamnation des firmes », commente Marie-Hélène Lavallard de l’Association d’amitiés franco-vietnamienne (AAFV). « Mais cela voulait dire qu’un "vrai" procès allait s’ouvrir. De même pour les Vétérans américains. On repartait de zéro. En effet, les chiches indemnités que leur verse leur gouvernement, tout comme l’arrangement amiable de 1984 avec les firmes sont des mesures de bienveillance (adoptées au - bénéfice du doute, a dit un porte-parole de la VA (Agence gouvernementale des vétérans) qui ne constituent ni une reconnaissance des torts causés ni une jurisprudence pour les Vietnamiens. »
Entre 2 et 4 millions de personnes ont été exposées directement ou indirectement au défoliant, mais les États-Unis ont toujours nié leur responsabilité et mis en avant l’absence de données scientifiques reconnues par tous sur les effets chimiques de l’agent orange. Aujourd’hui encore, trente-quatre ans après la fin de la guerre, l’agent orange tue encore au Vietnam et atteint les enfants et les petits-enfants des personnes qui ont été - directement contaminées.
Par Dominique Bari - L'Humanité - 4 mars 2009
