Tout avait commencé par le Founan. Au début de l'ère chrétienne, la ville d'Oc Eo, dans le Sud du Vietnam actuel, était un grand centre commercial tant pour l'Inde que la Chine (on y a trouvé des monnaies romaines d'Antonin et de Marc-Aurèle). C'était le port principal du royaume du Founan qui s'étendait dans la région du Tonle Sap et du bas Mékong, englobant le Cambodge actuel.

C'est probablement, avec le Champa, la porte d'entrée principale qu'utilisa la culture indienne pour se propager dans la péninsule indochinoise. L'origine du royaume est entourée de légendes mais le brahmanisme et le bouddhisme y cohabitaient et le sanskrit était la langue officielle.

L'influence indienne était très importante. Un mythe founanais explique que le monde fut créé par un roi "naga" - déité indienne de l'eau - qui aurait bu l'eau originelle. L'origine du pays remonterait quant à elle au brahmane indien Kaundinya. Ce dernier avait reçu en rêve des instructions lui enjoignant d'entamer une enquête en emportant avec lui un arc magique conservé dans un temple. Il s'exécuta et gagna l'actuel Cambodge où son bateau fut attaqué par Liu-ye, la reine du pays. L'arc divin lui permit de repousser l'attaque et il parvint même à convaincre la reine défaite de l'épouser. Leur lignée devint la dynastie royale du Founan.

A son apogée le Founan étendait son influence jusque dans la péninsule malaise ainsi qu’à Sumatra.

Dans une version cham du même mythe gravée dans la pierre à My Son et datant de 657 BCE, le prince Kaundinya s'unit à une princesse "naga" indigène, du nom de Soma. Les Khmers du Xe siècle voyaient en leur famille régnante les descendants de Sri-Kaudinya et de la fille de Soma. On retrouve un mythe similaire dans la culture khmère moderne. Le prince et la reine y sont respectivement appelés Preah Thaong et Neang Neak. Dans cette version, le prince débarque sur une île sur laquelle se trouve un thlok géant (le thlok est un arbre typique du Cambodge) et où il rencontre la famille des naga, dont Neang Neak, la fille du roi. Il l'épouse avec le consentement de son père puis s'en retourne dans le monde des humains. Le roi naga boit alors l'eau entourant l'île à laquelle il donne le nom de Kampuchea Thipdei — kambuja dhipati en sanskrit ("roi de Kambuja"). Une variante de l'histoire voit Preah Thaong se battre contre Neang Neak. La transmission de ce mythe jusqu'à nos jours laisse penser que les Khmers modernes sont les descendants des anciens Founanais.

Outre divers éléments culturels et croyances religieuses hindouiste et bouddhique, l'Inde semble avoir aussi enseigné aux Founanais certaines techniques d'ingénierie. En effet, des prises de vues aériennes réalisées dans les années 1930 révèlent de vastes systèmes d'irrigation. Une telle capacité à transformer les marais du bassin du Mékong en terres cultivables démontre à l'évidence que les compétences des Founanais ne se limitaient pas à la marine mais qu'ils possédaient aussi de solides connaissances agricoles.

Précisons que l'immense majorité des connaissances que nous possédons sur le royaume du Founan nous vient de documents chinois dont les rédacteurs ne vérifiaient ni ne réactualisaient systématiquement les sources, et qu'il convient donc toujours, malgré leur utilité incontestée, de traiter avec précaution. Il se pourrait aussi que divers chefs locaux cambodgiens se soient par moments réunis pour envoyer un tribut à l'empereur de Chine en se faisant passer pour une seule et même entité politique, une sorte de fédération. Le Founan ne serait alors devenu un royaume pour nous que parce que les Chinois affectaient de le considérer comme tel afin d'en percevoir un tribut.

Alors qu'à son apogée le Founan étendait son influence jusque dans la péninsule malaise ainsi qu'à Sumatra, les causes de son déclin ne sont pas claires. Il fut néanmoins renversé par le Chenla, son vassal, au début du VIIe siècle, et peu à peu absorbé par lui.

Mais le Founan avait jeté les bases sur lesquelles pu se construire, quelques siècles plus tard, la civilisation angkorienne.

Par Xavier Galland - Gavroche - 11 mai 2009