«Dans le village des Viêt kiêu européens, 40% des pavillons ont été vendus", informe Dô Quân, vice-directeur du groupe TSQ. Ce village un peu spécial, situé dans l'arrondissement de Hà Dông, Hanoi, est l'unique projet immobilier jusqu'à maintenant réservé aux Viêt kiêu. Selon l'investisseur, le groupe TSQ, 100% des fonds ont été mobilisés auprès de Vietnamiens de Pologne. "Ce projet est une réussite certes, mais pour étendre ce modèle, il faudra l'accompagner de politiques particulières", estime Dô Quân. Pour sa part, Dô Khai, patron d'une entreprise d'importation de matières premières de Chine pour la vente en gros en Pologne, déplore "les difficultés dans l'acquisition d'un logement au Vietnam, alors que c'est très facile en Pologne". En l'an 2000, il est revenu dans le pays pour sonder les opportunités d'ouvrir des ateliers ainsi qu'un supermarché. "J'ai été déçu, confie-t-il, à cause de formalités administratives pour le moins compliquées". Selon lui, "si les formalités sont simplifiées, notamment celles relatives à l'accession à la propriété, le volume de devises envoyées au pays par les Viêt kiêu augmentera considérablement". Le cas de Dô Khai n'est pas unique.

En souhaitant revenir au Vietnam pour y faire des affaires, beaucoup de Viêt kiêu hésitent à franchir le pas en raison de formalités et politiques qu'ils considèrent un peu trop rigides, notamment dans l'accession à un titre de propriété.

"La moitié des Viêt kiêu veulent acheter une maison au Vietnam, estime Hoàng Anh Tuân, Viêt kiêu de Pologne. Lorsque le projet de Loi sur le logement (amendé) serait approuvé par l'Assemblée nationale, ils pourraient réaliser leur rêve".

Après 20 années de vie en Pologne, Hoàng Anh Tuân est revenu au Vietnam en 2003 pour y mener des affaires. Il est actuellement Pdg d'une société spécialisée dans les ressources minières, l'énergie et l'environnement, basée à Hanoi. "Pour nous, les Viêt kiêu, raconte-t-il, acheter une maison ici est un impératif. Nous ne pouvons pas rester éternellement de simples locataires !" Luong Anh Dung, quant à lui, habite depuis 30 ans en Allemagne et vit au Vietnam 8 à 9 mois par an. "En 1994, j'ai commencé à faire du commerce ici. En souhaitant acquérir un logement, j'ai dû passer par un cousin pour l'achat". Il y a 2 ans, grâce à l'assouplissement des politiques relatives aux Viêt kiêu, il a acheté un appartement dans le quartier résidentiel Ciputra (Hanoi). Après 2 ans d'application de la Loi sur le logement, seulement 140 Viêt kiêu sont devenus propriétaires. Chiffre très modeste par rapport aux besoins réels. Aussi, nombre d'entre eux doivent-ils faire appel à des proches pour acheter une maison et accepter que dans le titre de propriété, leur nom ne figure nulle part... Malheureusement, les litiges entre un acquéreur et un prête-nom peu scrupuleux ne sont pas rares...

Certains estiment que lorsque les politiques d'accès à la propriété des Viêt kiêu auront été assouplies, cela ouvrira la porte à des manoeuvres spéculatives et entraînera une flambée du prix de l'immobilier. Mais, selon Nguyên Trân Nam, vice-ministre de la Construction, "la politique d'assouplissement devra s'accompagner d'une gestion étatique pour limiter les dérives". Pour Tô Viêt, qui vit en France depuis 20 ans et dirige à Hanoi une compagnie d'importation de vins français, "c'est une erreur de penser que les Viêt kiêu vont se livrer à des opérations de spéculation et tirer vers le haut les prix. Tout simplement parce que la plupart d'entre eux ne seront capables d'acquérir qu'un seul logement en raison des prix exorbitants de l'immobilier actuellement".

Par Thê Linh - Le courrier du Vietnam - 4 juin 2009

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Le droit de propriété d'un logement des Viêt kiêu en débat à l'Assemblée nationale

Lors de la séance de travail de mardi, l'Assemblée nationale a discuté des amendements de l'Article 126 de la Loi sur le logement et de l'Article 121 de la Loi foncière. Des modifications qui ont pour but de faciliter l'accès des Viêt kiêu (Vietnamiens d'outre-mer) à la propriété d'un logement dans leur pays natal.

La nécessité d'amender ces Articles est reconnue par la plupart des députés pour qui l'octroi aux Viêt kiêu du droit d'être propriétaires d'un logement les encouragera à contribuer plus activement à l'oeuvre d'édification nationale, en leur donnant de meilleures conditions de vie dans leur pays natal. Cela reflète les politiques du Parti et de l'État qui considèrent les Viêt kiêu comme une partie intégrante de la nation.

Néanmoins, les discussions sont particulièrement animées sur les bénéficiaires de ces dispositions et les conditions requises. Selon le projet d'amendement de l'Article 126, les bénéficiaires seraient les personnes ayant la nationalité vietnamienne ou mariées à des citoyen(ne)s vietnamien(ne)s vivant au Vietnam. En effet, la réglementation en vigueur ne prend en compte que les personnes d'origine vietnamienne, qui ont des projets d'investissement au Vietnam ou qui contribuent largement au développement national. Le projet simplifie également les conditions à réunir, notamment un droit de séjour dans le pays des personnes d'origine vietnamienne de 3 mois au lieu de 6 mois actuels.

"La réglementation n'est pas à jour et comporte des vides, tandis que les capacités de gestion des administrations compétentes laissent à désirer", s'inquiète Trân Ngoc Vinh (de Hai Phong). Toujours selon lui, cette réglementation ne privilégie que les aspects économiques sans tenir compte "des éventuels problèmes sociaux". Il remarque également que l'arrivée d'un grand nombre d'acheteurs potentiels contribuera à une éventuelle flambée des prix sur le marché immobilier et donc à une éventuelle augmentation de la spéculation. Droit de propriété...

Partageant ce point de vue, le député Ngô Van Minh (de Quang Nam) souligne que "parmi quelque 3 millions de Vietnamiens résidant à l'étranger, 70% d'entre eux conservent la nationalité vietnamienne. Le marché immobilier national subirait une grande pression si ces personnes ont accès à un logement".

Les députés Quach Cao Yêm (de Kom Tum), Kso Phuoc (de Gia Lai) et Dang Thuân Phong (de Bên Tre) proposent de préciser les règles sur ces bénéficiaires titulaires de la nationalité vietnamienne. Selon ceux-ci, les Vietnamiens résidant à l'étranger relèvent de plusieurs catégories : les personnes qui ont quitté le pays avant ou après 1975 (année de libération de Saigon), celles qui sont parties travailler dans des pays d'Europe de l'Est dans les années 80... Pour eux, cette politique ne devrait bénéficier qu'aux personnes ayant eu des contributions au pays.

Quant à Trân Van Tân, de Tiên Giang, il souligne la nécessité de vérifier l'origine des fonds de ces futurs acquéreurs afin de prévenir toute opération de blanchiment.

Pas d'inquiétude sur la sécurité nationale

Quelques députés expriment leur inquiétude sur le plan de la sécurité nationale. Au contraire, Trân Ba Thiêu (de Hai Phong) affirme que les services compétents peuvent avoir toutes informations utiles et nécessaires sur les bénéficiaires. Et, par ailleurs, il faut en tout état de cause encourager les Viêt kiêu à acquérir un logement au Vietnam en cette période de morosité du marché immobilier national.

Selon Ngô Duc Manh (de Binh Phuoc), les spéculations n'auraient pas lieu car le droit de propriété d'un logement des Viêt kiêu prohibe tout achat pour revente. Soutenant le projet en son état, Nguyên Ngoc Dào (de Hanoi) fait remarquer à cette occasion qu'"il ne faut pas limiter les droits des +Viêt kiêu+, une partie intégrante de la nation".

Lors de cette séance de travail, les délégués envisagent le droit de jouissance d'un immeuble par les Viêt kiêu. Actuellement, la loi interdit l'apport du droit d'usage d'un logement par un Viêt kiêu à une affaire commerciale. Sur ce point, Ngô Duc Manh estime "qu'en tant que propriétaire, ces personnes auront un droit d'usage de leur logement identique à celui de tous les citoyens vietnamiens".

Par Phan Anh - Le courrier du Vietnam - 4 juin 2009