Ces films documentaires ont été réalisés par de jeunes vietnamiens souvent dans le cadre de leurs études cinématographiques. Je dois dire que la qualité était au rendez-vous et que les thèmes abordés n'étaient point des plus conventionnels.

Un de ces films m'a plus particulièrement marqué, certes parce que peut être plus abouti dans sa construction, mais davantage parce qu'il me remémore une région du Viêt Nam dans laquelle je suis revenu en janvier 2006 et mai 2007. Il s'agit de cette plage d'une trentaine de kilomètres entre Da Nang et Hoi An englobant notamment les sites de My khé (la China beach durant la guerre américaine) et de Cua Dai. Et bien je n'ai pas reconnu ces lieux. Sûrement à cause de cette autoroute à 4 voies par endroit à moitié recouverte par le sable où vraiment peu de véhicules circulent et reliant Da Nang et Hoi An (mais pourquoi faire ?) Quantité de maisons en cours de destructions pour faire place net à une effarante multitude de "resort" et à leurs plages devenues privées. Bref cet endroit autrefois magnifique ne représente désormais à mes yeux que désolation. Une question alors me taraudait. Que pensent les vietnamiens de ces changements peut être après tout synonyme de progrès et de futur bien être ?

Evidement , comme occidental, cela me fut difficile d'aborder le sujet. Toutefois presque en face de la montagne de marbre, je remarquais un Xé Om (moto-taxi) qui n'était autre qu'une femme d'une quarantaine d'année. C'est tout à fait rare au Viêt Nam. Je l'aborde et décide d'une course. Chemin faisant , elle me raconte qu'elle a perdu en mer son pêcheur de mari suite à tempête et que son lopin de terre de culture maraîchère dont elle vivait a été englouti par un promoteur pour une somme dérisoire. Sa maison allait bientôt y passer et je n'en saurais pas plus, sans doute par pudeur. Je n'insiste pas tout en prédisant à cette femme un avenir pas forcement des plus glorieux.

Allons voir du coté des jeunes et plus spécialement au cercle culturel français de Da Nang. Le jour de l'inauguration de la salle Trinh Con Son - Yves Duteil était organisé une fête. Devant l'infantilisme de celle-ci auquel se prétaient volontiers des étudiants plutôt nunuches et des jeunes filles ravies de me poser des questions plutôt connes, je me suis dit que la jeunesse vietnamienne n'était pas la plus révoltée du monde et que le littoral tout en "resort" ne leur était pas un sujet d'un grand intérêt.

Et voilà qu'en ce samedi dernier à Paris , une jeune journaliste de la télévision de Da Nang, nommée Doan Thi Hông Lê, présente son film "à qui appartient la terre ?", terminé il y a tout juste 10 jours avec le soutien des fameux ateliers Varan . En voici le synopsis :

" Le film se passe dans la région agricole de Quang Nam, à quelques kilomètres de la ville de Da Nang, base portuaire américaine pendant la guerre du Vietnam, où se sont déroulés des combats parmi les plus sanglants. Aujourd’hui, l’Etat a décidé la modernisation de toute la zone côtière et l’implantation de vastes complexes touristiques, obligeant les paysans à quitter leurs terres. Dans le village de Dien Ngoc, les paysans ont dû céder leurs rizières et des investisseurs australiens y ont construit un terrain de golf. Le film relate les réactions des habitants, dont la plupart ont participé à la lutte de libération. ".

Je ne connais pas la distribution de ce film au Viêt Nam et en Europe et donc son avenir, mais en tout cas permettez-moi de vous encourager à aller voir ce film (et les autres, d'ailleurs) .

Par Patrick Guénin , webmestre du site "Le Viêt Nam, aujourd'hui" - 21 Juin 2009

''Tous les synopsis des films de l'atelier Varan au Vietnam à voir sur http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/cinema/ateliers-varan/index.html

Le site web des ateliers Varan sur http://www.ateliersvaran.com''