Au Vietnam, le dernier combat du général Giap
Par Vietnam aujourd'hui le samedi 15 août 2009, 10:05 - Infos en français - Lien permanent
Bangkok - Le héros de la guerre d'indépendance est entré en guerre contre l'exploitation par des Chinois de mines de bauxite.
Du haut de ses 98 ans, le général Vo Nguyen Giap mène aujourd'hui la fronde contre les projets gouvernementaux d'exploitation de la bauxite. «Nos dirigeants font une immense erreur», estime le plus grand héros militaire vietnamien. Dans un pays où toute voix dissidente est réprimée, le vainqueur de Dien Bien Phu et de la guerre américaine du Vietnam s'est fendu cette année de trois lettres ouvertes pour critiquer une «aberration nationale et environnementale».
L'objet de sa colère : une concession d'exploitation d'un énorme gisement de bauxite, minerai à partir duquel on fabrique l'aluminium, sur les hauts plateaux du centre du pays, accordée fin 2007 à une filiale du géant chinois Chinalco. La mine devrait produire jusqu'à 1,2 million de tonnes d'aluminium par an, faisant du Vietnam l'un des principaux producteurs au monde. Mais l'exploitation de la bauxite est un casse-tête écologique, car les mines sont à ciel ouvert, et le traitement du minerai produit des boues rouges très toxiques en grande quantité.
Le vieux général et les blogueurs
Si l'affaire de la bauxite enflamme une partie de l'opinion publique, c'est aussi parce qu'elle touche aux relations entre la Chine et le Vietnam. Le souvenir de mille ans de domination chinoise, entretenu par les revendications de Pékin sur les îles Paracel et Spratly, est suffisamment douloureux pour que les Vietnamiens restent constamment sur leurs gardes. Pour Giap, «l'exploitation de la bauxite aura des conséquences critiques sur les plans écologique, social et sécuritaire». Traduire : le déplacement des minorités ethniques et la mainmise chinoise sur une région stratégique du Vietnam.
En sortant de sa retraite, le vieux général est devenu le critique le plus virulent des autorités suprêmes du pays et le point de ralliement des milieux scientifiques et littéraires, des écologistes, des économistes, des blogueurs et des associations catholiques.
Si Giap n'occupe plus de fonction officielle depuis 1991, il est le dernier camarade encore en vie de Ho Chi Minh, père de la nation. L'actuelle classe dirigeante, qui tire sa légitimité des victoires militaires d'antan, montre à son endroit une certaine déférence.
Face aux pressions de Giap, le premier ministre Nguyen Tan Dung, qui avait présenté le projet comme «une politique majeure du parti et de l'État», a été contraint de lâcher du lest et a commandité une étude environnementale. L'universitaire Carl Thayer met dans cette décision «l'espoir que ce genre de coalition puisse à l'avenir influer sur les décisions gouvernementales».
Par Florence Compain - Le Figaro - 24 Juillet 2009
Au Vietnam, une mine de bauxite draine toutes les colères
La fronde est générale au Vietnam. Intellectuels, scientifiques, militaires et même leaders religieux catholiques dénoncent depuis des mois « l’irresponsabilité du régime » dans une série de grands projets d’exploitation de mines de bauxite dans la région des Hauts-Plateaux du centre. Si la protection pour l’environnement est l’argument majeur mis en avant, « l’emprise de Pékin sur le Toit de l’Indochine » s’impose comme la cause profonde de ces mécontentements.
Le dernier à être monté en première ligne est le général Vo Nguyen Giap, 98 ans, le plus grand héros révolutionnaire et militaire de la nation, dernier camarade toujours en vie de Ho Chi Minh, père de la nation. Avec « cette aberration nationale et environnementale, (…) nos dirigeants font une immense erreur », a récemment estimé le vainqueur de Diên Biên Phu, dans une de ses trois lettres envoyées aux dignitaires du parti communiste.
L’un des principaux producteurs au monde
La concession d’exploitation d’une mine de bauxite, minerai à partir duquel on fabrique l’aluminiun, a été signée en 2007 avec le géant chinois Chinalco. Le site devrait produire plus de 1,2 million de tonnes d’aluminium par an pour faire du Vietnam l’un des principaux producteurs au monde. Reste que cette exploitation à ciel ouvert et le traitement du minerai vont provoquer de lourds dégâts écologiques, dénoncés en mai par le cardinal Pham Minh Man, archevêque de Ho Chi Minh ville.
« L’environnement naturel est un don du Créateur que nous pouvons tous partager mais que nous devons surtout préserver pour les générations à venir, a souligné le prélat dans une lettre pastorale. Protéger l’environnement est le devoir du chrétien. » Pour cette personnalité très respectée, « les industriels ne voient que le profit pour une minorité de gens et ces stratégies ne peuvent mener qu’au chaos ».
Une vague d'arrestations
Si le cardinal Pham se retient d’invoquer des arguments nationalistes pour rester dans son rôle de « conscience morale », d’autres prêtres de Hanoï ont été arrêtés pour avoir pris des positions plus critiques encore, accusés par le régime de « stupidité » et « d’ignorance ». De la même façon, plusieurs juristes, dont le plus charismatique, Le Cong Dinh, est toujours derrière les barreaux, ont été accusés d’avoir voulu « renverser le régime » en remettant en cause les projets miniers du gouvernement. Début juillet, un blogueur ingénieur en informatique formé en France, Nguyen Tien Trung, et l’ancien lieutenant-colonel Tran Anh Kim, ont eux aussi été appréhendés.
Face à un régime qui maintient l’opacité sur les prises de décision politique et économique et un malaise grandissant de la population par rapport à des fonctionnaires et dignitaires corrompus, la société civile proteste avec des moyens limités. Loin de vouloir renverser le régime, ces opposants souhaitent avant tout dénoncer une mainmise de plus en plus forte de la Chine sur l’économie vietnamienne et ouvrir la porte à une génération de dignitaires moins corrompus. Face à ces protestations, le premier ministre Nguyen Tan Dung a dû commanditer une étude environnementale sur le projet minier.
Par Dorian Malovic - La Croix - 23 juillet 2009
