Officiellement au Vietnam, les transactions commerciales se font en dongs. Mais des chauffeurs de taxi aux restaurants de rue, en passant par les magasins de luxe, les commerces acceptent souvent la devise américaine sans sourciller.

Les Vietnamiens, en banque ou sous le matelas, ont même tendance à épargner en dollar, une valeur jugée plus sûre que la monnaie nationale. Et les importateurs, surtout, se plaignent régulièrement de manquer de billets verts.

La tension est forte ces dernières semaines car la Banque centrale fait la chasse aux transactions de change illicites des banques, qui cherchent à augmenter leurs marges avec diverses taxes qui faussent le marché, explique l'importateur. Mais en réalité, depuis deux ans déjà dans les établissements financiers, "l'offre en dollar est vraiment mauvaise", poursuit-il.

Mi-2008, la pénurie de dollar en circulation s'expliquait par de graves déséquilibres macro-économiques: l'inflation flambait (23% sur l'année), le déficit commercial aussi (record à 17 milliards de dollars en 2008), faisant craindre une crise monétaire.

Aujourd'hui, les grands indicateurs sont plus stables - sur les huit premiers mois de 2009, l'inflation est estimée à 8,3%, le déficit commercial à 5,1 mds USD. Mais l'économie vietnamienne et sa monnaie peinent encore à inspirer confiance.

Le problème n'est pas tellement dû à un manque de dollars dans l'absolu - même si elle rechigne à intervenir systématiquement, la Banque centrale dispose d'importantes réserves. Il viendrait plutôt d'une forte propension des Vietnamiens, individus mais surtout exportateurs, à thésauriser le billet vert.

Cao Si Kiem, ex-gouverneur de la Banque centrale, reconnaît que la récente pénurie s'explique beaucoup par des "facteurs psychologiques". "Une partie de la population et des entreprises ont peur que l'inflation ne revienne, que le dollar s'apprécie et le dong se déprécie".

Les années d'hyper-inflation, à trois chiffres à la fin des années 80 et au début des années 90, ont laissé de douloureux souvenirs. La récente flambée des prix n'a rien arrangé et, notent les experts, les Vietnamiens sont ultra-réactifs au moindre hoquet de leur économie.

Des craintes de nouvelle poussée inflationniste restent aussi alimentées par des mesures bien concrètes de relance - hausse des dépenses publiques, expansion du crédit...- destinées à limiter l'impact de la crise mondiale.

"Les gens sont habitués à aller vers les valeurs refuges", comme le dollar mais aussi l'or, souligne Martin Rama, économiste en chef de la Banque mondiale au Vietnam.

"C'est sûr d'avoir une épargne en dollars", reconnaît Thuy Hang, propriétaire d'une boutique de mode à Hanoï. "Le dong perd toujours de sa valeur, l'inflation est encore élevée, c'est plus sûr d'avoir des dollars".

Quand le dollar en circulation se fait rare, le marché noir sert pour certains de soupape. C'est là que l'importateur interrogé se fournit actuellement, "autant" qu'il le souhaite.

Parmi les fournisseurs, les vendeurs d'or servent de thermomètre du marché. Vendredi au marché noir, un dollar valait environ 18.380 dong, contre un cours officiel de quelque 17.000.

Au marché noir, "il n'y a jamais de pénurie de dollar", glisse un joaillier de Hanoï, également sous couvert d'anonymat. Selon lui, les vendeurs sont même rois, les transactions ne se font que s'ils "le veulent".

Agence France Presse - 30 août 2009