« Aujourd’hui, en ce jour où le Vietnam passe devant le Conseil des Droits de l’Homme, huit militants démocrates, dont l’écrivain Nguyen Xuan Nghia, l’étudiant Ngo Quynh, Nguyen Manh Son, Nguyen Van Tinh, Nguyen Van Tuc, Nguyen Kim Nhan, Pham Van Troi et l’instituteur Vu Hung, devaient être jugés devant les Tribunaux populaires à Haiphong et Hanoi », a dit Vo Van Ai. Arrêtés en septembre 2008 pour avoir manifesté pacifiquement contre les revendications territoriales de la Chine sur les Iles Spratley et Paracel, ils ont été reconnus comme victimes de détention arbitraire par le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire. « En persistant à détenir ces militants non-violents et en prévoyant de les juger pour des atteintes à la « sécurité nationale », en dépit des recommandations de l’ONU, le Vietnam affiche ouvertement son mépris total pour ses obligations internationales et pour les droits de l’Homme » , a-t-il ajouté. Leur procès, prévu pour aujourd’hui, aurait été reporté à la dernière minute, sans explication.

Dans une intervention orale lue au nom de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) et du Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l’Homme, M. Vo Van Ai a condamné le refus systématique de 40 recommandations constructives, notamment celles du Canada et des Etats-Unis d’« abroger ou réviser les lois sur la « sécurité nationale » et sur l’« abus des libertés démocratiques pour nuire aux intérêts de l’Etat » » (lois sous l’empire desquelles sont détenus les militants pacifiques). Le Vietnam a également rejeté la proposition de la Pologne d’abroger l’Ordonnance 44 sur la « détention administrative » qui permet la détention des dissidents ou leur internement en hôpital psychiatrique sans procès. Ces lois servent d’ « intruments de la terreur d’Etat », a dit Vo Van Ai. Dans le Vietnam d’aujourd’hui, « un climat de peur règne ainsi contre les libertés d’expression, de presse et d’assemblée pacifique ».

Le refus du Vietnam de « toutes les recommandations visant à réviser la loi sur la presse et à assurer l’indépendance des médias et la libéralisation d’internet » est particulièrement préoccupant au vu du « nombre de journalistes, blogueurs, avocats des droits de l’Homme et autres opposants au régime qui ont été arbitrairement arrêtés depuis l’examen du Vietnam en mai dernier ». Des journalistes et écrivains publiant sur l’internet ont été renvoyés, arrêtés et forcés à des « confessions » et au renoncement de toute expression libre. Les blogueurs Nguyen Ngoc Nhu Quynh, Bui Thanh Hieu et Pham Doan Trang, arrêtés en août et septembre 2009, ont été relâchés à la condition qu’ils cessent toute activité sur internet. D’autrees personnes arrêtées dans cette campagne de répression, dont l’avocat des droits de l’Homme, Tran Anh Kim et Nguyen Tien Trung attendent leur procès pour « propagande anti-socialiste ». « Ils risquent jusqu’à 20 ans de prison », a précisé M. Ai.

Le Vietnam poursuit sa répression tout en cherchant à se cacher aux yeux du public. C’est ainsi qu’il rejette les recommandations faites par plusieurs pays pendant l’EPU de mettre en œuvre « une politique de transparence sur la situation de ses prisons et ses camps de détention, le nombre des détenus, les raisons de leur incarcération, ainsi que sur la peine de mort ».

M. Ai a également condamné le refus du Vietnam de poser une invitation permanente aux Rapporteurs spéciaux sur la liberté d’expression, la liberté de religion, la torture, les défenseurs des droits de l’Homme et au Groupe de travail sur la détention arbitraire, que demandaient de nombreux pays d’Europe et d’Amérique Latine. Le refus du Vietnam de ces « mesures les plus élémentaires contribuant à une protection effective des droits de l’Homme, et nous nous interrogeons à juste titre sur la volonté réelle du Vietnam de tenir ses engagements internationaux » , a-t-il dit.

Vo Van Ai a soutenu la recommandation de la Norvège de « laisser la société, les individus et les organisations, s’exprimer librement et promouvoir les droits de l’Homme » en particulier au Vietnam, où « les groupes religieux sont parmi les dernières voix indépendantes de la société civile ». Il a par conséquent pressé le gouvernement « de mettre en œuvre la recommandation des Etats-Unis visant à autoriser et à reconnaître les religions indépendantes, au premier chef l’Eglise Bouddhique Unifiée du Vietnam (EBUV). Les dignitaires religieux indépendants détenus, comme le Patriarche Thich Quang Do, ou harcelés doivent être libérés et retrouver des conditions de vie normale et sans persécution » .

Les réponses du Vietnam lors du dialogue interactif de l’EPU ont révélé « la vision étroite du Vietnam des droits de l’Homme », à dit M. Ai. « Il ne suffit pas de déclarer que ces droits sont respectés pour qu’ils le soient en pratique ». En outre, alors qu’il rejetait les mesures les plus aptes à faire avancer les droits de l’Homme, le Vietnam acceptait les propositions de certains Etats « remettant insidieusement en cause l’universalité des droits de l’Homme au prétexte des “circonstances spécifiques” propres au Vietnam ».

« Les Nations Unies devraient ré-examiner très sérieusement le processus de l’Examen Périodique Universel », a prévenu Vo Van Ai. « Le principe d’une évaluation universelle pour mesurer et encourager les progrès des droits de l’Homme est un idéal très noble. Mais en pratique, l’EPU est utilisé par les pays non-démocratiques comme le Vietnam pour améliorer leur image sur la scène internationale sans faire aucun progrès concret ».

Lors de la session de l’EPU aujourd’hui, après son discours, M. Vo Van Ai a mis à disposition des copies du texte de son intervention. La délégation vietnamienne les a aussitôt et subrepticement fait « disparaître ». M. Vo Van Ai s’est insurgé : « Le Vietnam n’étouffe pas seulement la voix de son peuple à l’intérieur de ses frontières, mais aussi au sein des Nations Unies : Il censure même la voix de la société civile devant le Conseil des Droits de l’Homme ! »

Fédération Internationale de Droits de l'Homme - 24 septembre 2009


ONU : adoption d'un rapport sur l'exécution des droits de l'Homme au Vietnam

Le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU a adopté le 24 septembre à Genève (Suisse) le Rapport sur la mise en oeuvre des droits de l'Homme au Vietnam, dans le cadre de la Révision périodique universelle (UPR) de cette organisation.

La session d'adoption de ce rapport a réuni la présence des représentants des 192 pays membres du Conseil des droits de l'Homme, des organisations internationales et des organisations non-gouvernementales (ONG). La délégation vietnamienne, comprenant les représentants de nombreux organes publics concernés et des ONG, était conduite par le vice-ministre permanent des Affaires étrangères (AE), Pham Binh Minh.

Lors de cette session, Pham Binh Minh a remercié et pris note des opinions objectives et constructives présentées par des organisations internationales et ONG à propos des efforts et des résultats enregistrés par le Vietnam pour garantir et faire valoir chaque jour davantage les droits de l'Homme dans ce pays.

Celui-ci a réaffirmé que l'objectif le plus important du Vietnam, qui est également une manifestation concrète des droits de l'Homme, est de faire tout son possible pour "rendre le peuple riche, le pays puissant, la société équitable, démocratique et civilisée". L'Etat vietnamien n'a eu de cesse, ces dernières années, de bâtir et de consolider le système juridique intégral sur l'assurance et la promotion des droits de l'Homme.

Dans l'oeuvre commune visant à accélérer et protéger les droits de l'Homme, chaque pays possède ses propres particularités qu'elles soient politiques, historiques, culturelles, religieuses, mais aussi concernant la société dans son ensemble, la nation, ainsi que des éléments spécifiques qui font qu'aucun pays n'est pareil, a souligné Pham Binh Minh. C'est pourquoi l'Etat doit assumer la plus haute responsabilité et faire ce qui est le mieux pour les intérêts de la nation et de son peuple, a-t-il précisé.

C'est pour cela que chaque pays doit appliquer les mesures nécessaires pour maintenir la stabilité socio-politique pour le développement. Les actes qui vont à l'encontre de la loi et qui menacent les intérêts fondamentaux du pays, doivent quant à eux être sanctionnés conformément à celle-ci, a-t-il indiqué.

Dans le but d'éclaircir certaines informations auxquelles plusieurs pays s'intéressent, Pham Binh Minh a souligné que l'Etat vietnamien créait toujours des conditions favorables au développement de la presse par le biais d'un cadre juridique complet et de politiques favorables. Ce, afin de garantir la liberté de la presse et d'expression. Le diplomate vietnamien a affirmé une fois de plus la politique constante de l'Etat vietnamien de solidariser les religions et les ethnies au Vietnam, mais aussi de créer toutes les conditions favorables pour que les ethnies et les religions dans leur ensemble se développent en harmonie.

Les représentants des pays ont hautement apprécié les acquis du Vietnam dans l'exécution des droits de l'Homme, en particulier l'attitude sérieuse, la coopération et l'échange d'expériences avec les pays à ce sujet.

Cuba, le Venezuela et la Russie ont estimé que la méthode de règlement du Vietnam dans leur exécution pouvait servir de modèle à d'autres pays.

Le Brunei a reconnu le rôle actif du Vietnam dans l'édification d'un mécanisme des droits de l'Homme de l'Asean (Association des nations de l'Asie du Sud-Est), contribuant à protéger et promouvoir ceux-ci dans la région.

La Thaïlande, pour sa part, a estimé que le Vietnam avait fourni des expériences précieuses pour d'autres pays dans la réalisation complète des droits des habitants, tandis que l'Algérie a apprécié les acquis du Vietnam, ainsi que sa méthode d'approche dans l'exécution de la Révision périodique universelle comme une contribution réelle au mécanisme d'activité du Conseil des droits de l'Homme.

De nombreuses ONG ont hautement estimé les performances du Vietnam dans tous les domaines, notamment dans le refus de la misère, l'économie et la société. Le Conseil mondial de paix a reconnu que malgré les impacts causés par la guerre, le Vietnam avait fait des efforts pour assurer les droits à la liberté fondamentaux en terme d'affaires civiles, religieuses, de croyance, d'élargissement de la démocratie, en citant notamment l'émission télévisée diffusée en direct des interpellations des députés de l'AN.

L'Association internationale des juristes démocrates et le CETIM (Europe - Third World Centre) ont salué les réalisations significatives dans la protection des droits de l'Homme dans tous les secteurs, appelant le Conseil des droits de l'Homme à s'intéresser aux victimes de l'agent orange, dont personne n'a pour l'instant endossé la responsabilité, selon eux.

L'Organisation Nord-Sud 21 a déclaré que le Vietnam avait montré la voie pour de nombreux pays, appelant les membres de l'ONU à aider le pays dans un esprit de coopération et en lui fournissant une assistance matérielle convenable.

Lors de cette session, des voix discordantes de certaines ONG ont mis en lumière des faits erronés et hors de propos en comparaison avec la situation de l'exécution des droits de l'Homme du Vietnam.

Agence Vietnamienne d'Information - 25 septembre 2009