Chassés de leur monastère

Samedi 26 septembre à 09h45 heure locale, un groupe de 150 personnes a investi le monastère de Prajna, dans la province de Lam Dong au Vietnam, où vivaient 379 religieux bouddhistes, hommes et femmes. Il s’agit des membres de la communauté du Village des Pruniers, fondée par Thich Nhat Hanh, lui-même contraint à l’exil en France pendant la guerre du Vietnam du fait de ses positions pour la Paix et les droits de l’Homme. Les moines et moniales se sont depuis réfugiés dans un monastère voisin, Phuoc Huê, à 17km de là.

Harcelés

En raison du grand nombre de réfugiés, les conditions sanitaires sont déplorables, beaucoup ont de la fièvre après avoir marché dans la jungle humide. C’est la mousson et la récente tempête n’aide pas. Les habitants de la région sont empêchés par les autorités de leur porter secours. Les visiteurs sont fouillés au corps. Aucune photo n’est bien sûr autorisée. En dehors de tout cadre légal, les autorités ont exigé que tous les réfugiés partent or, ils n’ont nulle part où aller.

Le harcèlement va jusqu’à faire suivre en permanence les moines les plus anciens, de les invectiver à l’intérieur même du monastère, de procéder à des fouilles quotidiennes. Une propagande haineuse est diffusée par haut-parleurs dans les villages alentours. Des tracts diffamants envers l’abbé les ayant accueillis sont distribués. Les familles également sont harcelées. On leur demande de persuader leur fils ou fille monastique d’abandonner leur communauté et de rentrer à la maison... Une pression psychologique en règle.

Pourquoi ?

On ne connait pas exactement les raisons qui ont poussé à la destruction et à la dispersion de cette communauté, dont la création avait pourtant été encouragée par les autorités en 2005. A cette période, le Vietnam demandait son admission au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Le contrôle des religions, strictement encadrées par le pouvoir, était devenu un peu plus souple. Le Vietnam avait reçu sur son sol en 2008 la convention annuelle de l’UNESCO sur le Bouddhisme (à laquelle était d’ailleurs invité Thich Nhat Hanh). De plus en plus de jeunes actifs se sont tournés vers les religions, notamment bouddhistes et chrétiennes.

Mais trop de liberté fait peur. Depuis, le pays a rejoint l’OMC et a disparu de la liste noire américaine des pays limitant la liberté religieuse. Est-ce une raison de ce revirement ? Ou est-ce l’approche du prochain congrès du Parti qui provoque ce retour aux "vieilles habitudes" ?

Il est en tout cas fort probable que les prises de positions publiques de Thich Nhat Hanh ont courroucé les autorités. Il leur a demandé à plusieurs reprises de relâcher leur contrôle sur la société, ainsi que de démanteler la police religieuse. Il a également soutenu publiquement les Tibétains et le Dalaï-lama, ce qui a pu irriter la Chine, et donc le Vietnam par ricochet.

Marche pour la Paix ce dimanche 11 octobre 14h à Paris

Aujourd’hui, sur place et dans le monde, beaucoup de pratiquants et de sympathisants se mobilisent, afin de faire connaître cette situation et de faire pression sur le gouvernement vietnamien. Associations, ONG, politiques, ambassades, journalistes, sont sollicités. Internet est très utilisé (blogs, facebook, twitter, myspace..) Des articles sont parus sur les sites du Guardian, Washington post, la BBC. La sécurité et l’intégrité de ces monastiques sont menacées. Chaque minute compte.

A Paris, une marche pour la Paix est organisée dimanche 11 octobre. Elle débutera à 14h dans le Jardin de l’UNESCO (Paris 7e).

Agora Vox - 10 octobre 2009


Hanoi : 4 ans de prison ferme pour propagande contre le régime

Du 6 au 8 octobre, le Tribunal populaire de Hanoi a jugé en première instance Trân Duc Thach, Vu Van Hùng et Pham Van Trôi, accusés de " propagande contre la République socialiste du Vietnam".

Selon l'acte d'accusation, Trân Duc Thach, né en 1952 et domicilié dans la province de Nghê An (Centre), a écrit de nombreux articles aux contenus mensongers et diffamatoires vis-à-vis du Parti et l'État, qui ont ensuite été publiés dans la revue bimensuelle Tô Quôc (Patrie) (une publication illégale d'opposants au régime vivant à l'intérieur du pays).

Vu Van Hùng, né en 1966 et domicilié à Hanoi, est un ancien enseignant limogé du corps professoral après une faute professionnelle. Le 28 juillet 2008, il a accroché sur la passerelle de Mai Dich, arrondissement de Câu Giây (Hanoi), une banderole demandant le multipartisme et le pluralisme, calomniant l'État et le Parti. Auparavant, le 29 avril 2008, Hùng avait mobilisé plusieurs éléments extrémistes et tenu une manifestation contre la Chine devant la porte du marché Dông Xuân, à l'occasion du passage à Hanoi de la flamme des JO de Pékin.

Pour sa part, Pham Van Trôi, né en 1972 et domicilié à Hanoi, est l'auteur, en novembre 2006, d'écrits dénonçant les politiques sur la sécurité du Parti et de l'État, dans lesquels il accusait calomnieusement l'État de réprimer la démocratie. En outre, il a donné une interview téléphonique où il a calomnié la police. À son domicile, la police a découvert dans son ordinateur plusieurs documents aux contenus hostiles au Parti et à l'État.

Lors de ce procès, Thach et Trôi ont reconnu les faits, mais ont refusé de reconnaître qu'ils s'agit là d'actes violant la loi, à la différence de Vu Van Hùng, qui lui a reconnu l'illégalité de ses actes.

Les juges, qui ont examiné les points de vue des accusés, ont estimé que ces articles calomnient et diffament gravement l'État, qu'ils sont en outre superficiels et vont à l'encontre des aspirations et des intérêts de la population. Les juges ont considéré que les accusés ont abusé de leur liberté d'expression pour écrire puis diffuser sur internet des articles aux contenus mensongers et diffamatoires. Tous ces actes sont graves et dangereux pour la société. Ils ont porté atteinte à la sécurité nationale, à l'ordre social, ainsi qu'à la confiance du peuple envers le Parti et l'État, ainsi qu'à la position du Vietnam sur la scène internationale. Ils vont à l'encontre des intérêts de la nation.

Trân Duc Thach et Vu Van Hùng ont été condamnés à 3 ans de prison ferme suivis de 3 ans de résidence surveillée. Pham Van Trôi a été condamné à 4 ans de prison ferme, suivis de 4 ans de résidence surveillée.

Les accusés ont le droit de faire appel dans un délai de 15 jours à partir de l'énoncé du verdict.

Par Giang Ngân - Le courrier du Vietnam - 9 octobre 2009