De bonne heure, dans la matinée du 14 novembre 2009, le P. Thaddée Nguyên Van Ly a été victime d'une embolie cérébrale qui lui a paralysé le côté droit. Du quartier 11 de la prison Ba Sao où il purge une peine de huit ans, il a été transporté d'urgence à l'hôpital de la Sécurité, à Hanoi, également appelé Hôpital du 18 septembre. Des membres de sa famille ont été autorisés à rester à son chevet pour s'occuper de lui. Selon des informations fournies, le mardi 17 novembre, à un journaliste de Radio Free Asia (1) par un neveu du prêtre, son état de santé se serait quelque peu amélioré au cours de son séjour à l'hôpital et il pourrait, aujourd'hui, soulever le bras et la jambe droites de quelques centimètres au-dessus de son lit. Selon cette même source, le P. Ly se trouve seul dans une chambre, soigné par un personnel médical compétent. Quatre ou cinq agents assurent sa « sécurité ».

Une dépêche de l'AFP (2) rapporte les déclarations de l'avocate américaine, Maran Turner, responsable de Freedom Now, un groupe de défense des dissidents. Celle-ci a déclaré que le prêtre avait été frappé par une embolie alors qu'il s'agenouillait pour prier, le samedi 14 novembre. Toutefois, ont précisé les parents, la paralysie du côté droit qui s'en est suivi, n'a touché que le bras et la jambe ; son visage n'a pas été déformé et le prêtre a continué de parler comme à l'accoutumée. Le neveu du P. Ly a ajouté que le moral de son oncle restait à toute épreuve et qu'il se montrait très optimiste. L'avocate américaine avait également appelé le gouvernement vietnamien à libérer immédiatement le prêtre dissident pour qu'il puisse recevoir les soins qui s'imposent.

A la veille du 2 septembre dernier, jour de la fête nationale, après avoir annoncé que le nom du P. Thaddée Nguyên Van Ly ne figurerait pas sur la liste des 5 500 prisonniers amnistiés à cette occasion, le ministre de la Sécurité avait déclaré qu'« à l'intérieur du camp d'internement, l'état de bonne santé du prisonnier était assuré » (3). Pourtant, la sœur et le neveu du prêtre, qui lui avaient rendu visite le 24 août précédent, l'avaient vu arriver au parloir en claudicant. Il leur avait fait part d'une série d'incidents de santé survenus depuis le mois de mai dernier, sans doute dus à son hypertension : hémorragie, chute, début de paralysie des membres. Informé, l'archevêque de Huê avait recommandé le prêtre prisonnier à la prière des prêtres du diocèse et demandé à deux d'entre eux d'aller lui rendre visite dans sa prison (4). Lors de sa rencontre avec eux, le P. Ly leur fit part de ses ennuis de santé mais leur assura que les soins donnés par les médecins de la prison lui suffisaient. Auparavant, les deux prêtres avaient demandé aux autorités pénitentiaires de l'autoriser à aller se soigner dans un hôpital ou bien de procéder à sa libération anticipée.

Le P. Ly purge actuellement une peine de huit années de prison au centre d'internement de Ba Sao, dans la province de Ha Nam. Cette peine lui a été infligée, le 30 mars 1007, par le Tribunal populaire de Huê, à l'issue d'un procès au cours duquel on l'avait empêché de parler (5). Après cinq séjours en prison depuis 1975, le prêtre totalise aujourd'hui seize années d'internement.

(1) Radio Free Asia, émissions en vietnamien, 16 et 17 novembre 2009. Voir aussi les émissions en vietnamien de la BBC, 17 novembre 2009 (2) AFP, Washington, 16 novembre 2009. (3) Voir EDA 512 (4) Voir EDA 514 (5) Voir EDA 460

Zenit.org - 19 novembre 2009


"Un journaliste détenu victime d’une attaque cérébrale", des informations introuvables dans la presse et sur Facebook

Les autorités d’Hanoi témoignent d’une attitude criminelle vis-à-vis de certains prisonniers d’opinion maintenus en détention malgré un état de santé très précaire. Le père Nguyen Van Ly, rédacteur en chef d’un journal d’opposition, a été victime d’une attaque cérébrale en cellule, tandis que l’écrivaine Tran Khai Thanh Thuy est affaiblie par des conditions de détention difficiles.

"Cette main de fer des autorités envers les détenus politiques, notamment les journalistes et écrivains, n’est pas digne d’un Etat qui vient de présider le Conseil de sécurité des Nations unies. Cette réalité dramatique est également bien éloignée du "Nouveau Viêt-nam" vanté par le Premier ministre français François Fillon lors de sa récente visite. Etant donné l’urgence de ces situations humanitaires, nous espérons une réaction publique de la part de l’Union européenne qui entretient un dialogue sur les droits de l’homme avec le Viêt-nam dont on attend toujours les résultats", a affirmé Reporters sans frontières.

Les Vietnamiens ne trouveront pas ces tristes épisodes dans la presse, d’autant que les autorités viennent de promulguer une nouvelle directive dont l’article 7 punit la diffusion d’informations "non conformes aux intérêts de la Nation et du peuple" de lourdes amendes ou de la suspension de la carte de presse.

Les internautes vietnamiens ne pourront pas non plus lire ces informations sur Facebook, qui est pratiquement inaccessible. Reporters sans frontières demande des explications aux autorités vietnamiennes sur ces interférences constatées par des internautes dans leur accès au réseau social. Après la Chine, le Viêt-nam aurait tort de s’en prendre au réseau social Facebook.

Depuis plus d’une semaine, des internautes vietnamiens ont signalé à Reporters sans frontières des difficultés grandissantes pour accéder à Facebook. Le réseau compte plus d’un million d’utilisateurs dont une majorité se sert d’une version en vietnamien développée par l’entreprise américaine. Selon l’Associated Press, un technicien de Vietnam Data Corp. a confirmé que le gouvernement avait ordonné aux fournisseurs d’accès de bloquer Facebook.

Situation de prisonniers d’opinion

Le 14 novembre 2009, le père Nguyen Van Ly a été victime d’une embolie cérébrale dans sa cellule du quartier 11 de la prison de Ba Sao où il est détenu depuis 2007. Selon sa famille, le côté droit de son corps a été paralysé. Aujourd’hui hospitalisé dans la capitale, le journaliste retrouve très lentement l’usage de son bras droit. Début septembre, le ministre de la Sécurité avait déclaré que la santé du père Nguyen Van Ly était "assurée" dans la prison. Pourtant, le prisonnier avait déjà souffert de malaises à répétition sans doute dus à son hypertension : hémorragie, chute et début de paralysie.

Condamné à huit ans de prison pour avoir notamment dirigé la publication dissidente Tu do Ngôn luan, cet opposant a été reconnu coupable de "propagande hostile au gouvernement".

L’état de santé de l’écrivaine Tran Khai Thanh Thuy s’est nettement détérioré après son transfert le 19 octobre 2009 dans la prison de Hoa Lu, près d’Hanoi. Accusée de "coups et blessures" dans une affaire montée de toutes pièces par la police, la militante des droits de l’homme a été frappée lors de son interpellation. Tran Khai Thanh Thuy souffre de diabète et de tuberculose avancée, et s’est vu refuser des soins médicaux durant son précédent séjour en prison.

D’autres dissidents sont dans des situations difficiles, notamment Vu Van Hung, professeur, condamné à trois ans de prison pour avoir défendu le multipartisme, qui a mené une grève de la faim pour protester contre sa condamnation. Et l’avocate et blogueuse Le Thi Cong Nhan est toujours victime d’allergies à cause de l’insalubrité de la cellule où elle purge sa peine de prison. Elle dispose d’un espace de 80 cm de large pour sa natte dans une salle de 50m2 où vivent une soixantaine de prisonnières.

Au moins 21 journalistes et blogueurs sont emprisonnés au Viêt-nam.

Reporters Sans Frontières - 19 novembre 2009