"La croissance économique et le développement nécessitent un environnement ouvert et transparent pour tous les acteurs, vietnamiens et internationaux", a estimé l'ambassadeur américain, Michael Michalak, à l'ouverture d'une réunion annuelle organisée par la Banque mondiale.

Comme son homologue suédois, qui s'exprimait au nom de l'Union européenne, il s'est inquiété d'informations faisant d'état de difficultés d'accès au très populaire site de socialisation Facebook au Vietnam. "Cela touche aux droits des gens à communiquer entre eux, à partager des idées, à faire des affaires".

Le mois dernier, un fournisseur d'accès à l'internet vietnamien avait affirmé avoir reçu l'ordre de Hanoï de bloquer Facebook. D'autres fournisseurs avaient préféré parler de problèmes techniques.

Interrogée jeudi, la porte-parole des Affaires étrangères vietnamiennes, Nguyen Phuong Nga, a rappelé le rapide développement de l'internet au Vietnam (plus de 25% de la population aurait accès au net), mais n'a pas été en mesure d'expliquer les aléas de navigation sur Facebook.

Le ministre de l'Information, Le Doan Hop, avait lui-même récemment répété son intention de davantage contrôler la Toile, où, selon lui, peuvent circuler toutes sortes d'informations "toxiques", "mal intentionnées" et où se concentrent "des forces d'opposition à l'Etat".

De fait, l'internet offre à la population une marge d'expression que ne se permettent pas les médias vietnamiens accrédités.

Le Vietnam s'était déjà attiré de nombreuses critiques de la communauté occidentale et d'organismes de défense des droits de l'homme cette année en arrêtant, temporairement ou non, plusieurs blogueurs et un avocat connu pour sa défense de confrères militants des droits de l'Homme.

Jeudi, certains bailleurs de fonds du Vietnam se sont aussi inquiétés de bâtons mis dans les roues des médias et ONG.

"Le gouvernement du Vietnam doit autoriser les médias à scruter le pouvoir. Les NGO devraient être encouragées, et non découragées, à devenir des observateurs sociaux", a lancé l'ambassadeur suédois, Rolf Bergman. Cela aiderait selon lui le pays à atteindre son but: rejoindre le clan des nations industrialisées d'ici à 2020.

Le Vietnam, qui vise une croissance économique de quelque 5% cette année, commence juste à pointer son nez dans le groupe des pays à revenu intermédiaire.

Autre sujet d'inquiétude des Occidentaux: une récente décision, dite "97", qui oblige les organismes de recherche indépendants à formuler leurs critiques contre les politiques du gouvernement uniquement via des canaux officiels.

"Cela rend le Vietnam moins attirant pour les partenaires étrangers", a jugé l'ambassadeur américain.

Son homologue canadienne, Deanna Horton, a de son côté demandé que "toutes nouvelles législations et réglementations touchant au rôle des groupes de société civile et aux médias permettent une meilleur participation de la population au développement du Vietnam, et n'ajoutent pas au contraire des restrictions".

Parmi les réglementations à l'étude, Hanoï envisage aussi de mettre à l'amende des médias déjà censurés et autocensurés, en cas d'écrits aux accents de "propagande" contre le régime communiste ou contraires "aux intérêts du peuple".

Par Ian Timberlake - Agence France Presse - 5 décembre 2009