"Les derniers de quelque 200 fidèles de Thich Nhat Hanh ont quitté notre pagode mardi soir", a indiqué Thich Thai Thuan, responsable du lieu, celui de Phuoc Hue, situé dans la province de Lam Dong dans les Hauts plateaux du centre.

Ces moines sont rentrés chez eux, dans leurs anciennes pagodes ou sont allés dans un monastère à Hué (centre) qui abrite aussi des fidèles du maître zen, a-t-il précisé par téléphone à l'AFP.

Plus tôt dans le mois, le responsable avait expliqué avoir dû promettre leur départ avant le 31 décembre à une foule venue faire pression sur lui.

Quelque 400 fidèles de Thich Nhat Hanh avaient déjà dû fuir le monastère voisin de Bat Nha qui les hébergeait à l'origine. Environ 200 d'entre eux s'étaient alors réfugiés à Phuoc Hue, où ils dénonçaient de "fortes pressions de la police".

Thich Nhat Hanh, forcé à l'exil dans les années 60 par le régime du Sud-Vietnam pour ses prises de position contre la guerre, est longtemps resté persona non grata dans le pays après la prise de pouvoir des communistes en 1975.

Il s'était réfugié dans le sud-ouest de la France où il a fondé le village des Pruniers, l'un des plus grands centres bouddhistes d'Europe. Il était revenu au Vietnam pour la première fois en 2005. Depuis, quelques monastères y abritaient plusieurs centaines de ses disciples.

Mais dans un pays où les églises sont censées rester sous le contrôle du régime, ses proches estiment qu'une partie des autorités s'inquiètent désormais de l'intérêt croissant de la jeunesse pour le bonze.

C'est parce que Thich Nhat Hanh est installé en France que des moines ont, plus tôt en décembre, demandé l'asile temporaire à Paris pour les quelque 400 moines et moniales qu'ils estiment persécutés au Vietnam.

Hanoï, qui affirme garantir la liberté de culte sur son territoire, présente elle cette affaire comme interne à la communauté bouddhiste. Les fidèles de Thich Nhat Hanh au Vietnam disent aussi avoir investi des centaines de milliers d'euros pour aider à aménager Bat Nha.

Mais leur expulsion a aussi été dénoncée par des organisations de défense des droits de l'homme et le Parlement européen.

Les monastères de Bat Nha et Phuoc Hue sont tous deux situés près la ville de Bao Loc, où se trouve aussi le site d'un très sensible projet de mine de bauxite impliquant le grand allié idéologique chinois.

Au-delà de ces affaires, les Hauts plateaux du centre, connus pour de précédents violents affrontements entre les autorités et les minorités ethniques et religieuses, sont une région sensible, extrêmement contrôlée par Hanoï et dont l'accès est largement restreint aux journalistes étrangers.

Agence France Presse - 30 décembre 2009