Vietnam : cinq à 16 ans de prison pour quatre dissidents accusés de subversion
Par Vietnam aujourd'hui le jeudi 21 janvier 2010, 08:39 - Infos en français - Lien permanent
HO CHI MINH-VILLE — La justice vietnamienne a condamné mercredi quatre personnes militant pour la démocratie à des peines de cinq à 16 ans de prison, pour tentative de renversement du régime communiste.
A l'issue d'un procès d'une journée à Ho Chi Minh-Ville (ex-Saïgon, sud), l'avocat Le Cong Dinh, connu pour avoir défendu des confrères militant pour les droits de l'Homme, s'est vu infliger cinq ans et le blogueur-informaticien Nguyen Tien Trung, formé à Rennes (ouest de la France), sept ans.
Ils ont été reconnus coupables d'"activités visant à renverser l'administration du peuple". Ils risquaient jusqu'à la peine capitale, comme un autre militant, Tran Huynh Duy Thuc, condamné à 16 ans de prison.
Le quatrième accusé, Le Thang Long, jugé comme complice, a été envoyé cinq ans derrière les barreaux.
Toutes les peines de prison ont été assorties de périodes de résidence surveillée, de trois à cinq ans.
Le Cong Dinh, 41 ans, et Nguyen Tien Trung, 26 ans, ont reconnu avoir violé la loi, à l'inverse de Tran Huynh Duy Thuc, 43 ans, et Le Thang Long, 42 ans, dont l'accusation a dénoncé l'attitude "défiante" devant la Cour.
"Mon comportement n'a pas violé la loi", a assuré Thuc. Il a admis avoir signé une confession reconnaissant la défense du multipartisme, mais affirmé avoir subi des "mauvais traitements" pendant l'enquête, conduite selon lui illégalement.
Pour le juge Nguyen Duc Sau, qui présidait le procès, le comportement des accusés a porté "atteinte à la sécurité nationale". La Cour a reproché aux militants leur "collusion" avec des groupes "réactionnaires exilés à l'étranger", d'avoir tenté de renverser le gouvernement par des moyens "non violents", notamment via de la "propagande" contre le régime sur l'internet.
MM. Dinh, Trung et Thuc ont été accusés de liens avec le Parti démocratique du Vietnam (PDV), une ancienne émanation du Parti communiste au pouvoir dissoute dans les années 80 et réactivée sans autorisation en 2006.
Nguyen Tien Trung s'est vu reprocher la formation d'un mouvement démocratique pour la jeunesse, Le Cong Dinh d'avoir participé à la rédaction d'une nouvelle Constitution et Tran Huynh Duy Thuc la création d'un groupe de travail sur les problèmes socio-économiques du Vietnam. Selon l'accusation, ce groupe, auquel Le Thang Long était accusé d'avoir pris part, misait sur une grave crise économique pour de possibles changements politiques dans le pays dès 2010.
M. Dinh, qui comme M. Long a assuré sa propre défense, a affirmé avoir été "influencé" par la vision occidentale des droits de l'Homme. Selon lui, aucun des accusés n'avait "la réelle intention de renverser le gouvernement". M. Trung s'est qualifié d'"immature" au moment des faits.
Le procès, à l'origine prévu sur deux jours, s'est déroulé sous la surveillance de dizaines de membres des forces de l'ordre.
Quelques diplomates occidentaux et médias étrangers ont suivi les débats, mais hors de la salle d'audience, sur un écran de télévision en circuit fermé. Téléphones portables et appareils photos étaient interdits.
Les arrestations l'an dernier des quatre hommes, en particulier celles de Le Cong Dinh et Nguyen Tien Trung, avaient déclenché une vague de protestations d'organismes de défense de droits de l'Homme, des Etats-Unis et de l'Union européenne.
Mercredi, le consul général américain, Kenneth Fairfax, a dénoncé un jugement contraire aux "obligations" internationales du Vietnam en matière de droits de l'Homme et appelé à la libération de tous ceux emprisonnés dans le pays pour "l'expression pacifique" de leurs opinions.
Par Aude Genet - Agence France Presse - 20 janvier 2010
