Mais au Quai d'Orsay, à Paris, on ne cachait pas, jeudi matin, "un véritable étonnement devant un tel durcissement" du régime de ce pays de l'Asie du Sud-Est surnommé "la petite Chine" et qui avait un temps, au milieu des années 1990, incarné l'avant-garde des pays émergents. Un pays, de surcroît, qui a mieux résisté que ses voisins à la crise financière internationale.

Mercredi, quatre militants étaient sanctionnés par des peines de cinq à seize ans de prison ferme par la cour populaire de Ho Chi Minh-ville pour tentative de renversement du régime communiste. Parmi eux, l'avocat Le Cong Dinh, connu pour sa défense de confrères militants des droits de l'homme, a été condamné à cinq ans d'emprisonnement et le blogueur informaticien Nguyen Tien Trung, formé en France, à sept ans. Ils ont été reconnus coupables d'"activités visant à renverser l'administration du peuple".

Banderoles pro-démocratie

Jeudi, la justice vietnamienne a confirmé d'autres peines infligées à un groupe de six dissidents accusés, à Haïphong (nord-est), de "propagande" contre le régime communiste. L'écrivain Nguyen Xuan Nghia avait été condamné en octobre 2009 à six ans d'emprisonnement. Cinq autres accusés avaient reçu des peines de deux à quatre ans. Il leur était reproché d'avoir accroché des banderoles pro-démocratie, distribué des brochures et diffusé leurs opinions sur Internet.

L'ambassade américaine à Hanoï s'est dite, jeudi, "profondément troublée" par ces procès. Selon elle, les peines soulèvent "de sérieuses questions sur les engagements du Vietnam en matière d'Etat de droit". Pour les pays de l'Union européenne (UE) présents au Vietnam, ces condamnations "constituent un pas en arrière majeur". Les organisations de défense des droits de l'homme, dont Amnesty International, ont souligné le recours systématique aux mauvais traitements par la justice vietnamienne.

"La crispation de Hanoï doit être lue à l'aune de sa relation avec la Chine", explique Sophie Boisseau du Rocher, chercheur à l'Asia Centre, spécialiste de l'Asie du Sud-Est. "Le Vietnam vient de prendre la présidence, en janvier, de l'Asean (Association des nations d'Asie du Sud-Est), dit-elle, et adresse un message très clair à ses partenaires : il est hors de questions de faire évoluer les normes régionales en matière de droits de l'homme ou d'expression ; le seul exemple à suivre, c'est le grand frère chinois, avec pour objectif de se fondre dans son sillon sans lever d'obstacles qui pourraient altérer les relations commerciale et financière avec la grande puissance voisine."

Au travers de ces lourdes condamnations s'expriment aussi la primauté et l'autorité du Parti communiste vietnamien (PCV) sur le pays. Un contrôle d'autant plus renforcé et arbitraire que le congrès du PCV se profile dans les prochains mois et que la mondialisation a entraîné la multiplication des flux financiers et commerciaux avec l'étranger, faisant souffler un air libéral que le régime ne veut pas voir s'étendre à la sphère politique. A ce jour, les communautés religieuses chrétiennes, notamment évangéliques, financées par l'étranger, étaient les plus revendicatrices mais, ces derniers mois, les voix dissidentes se sont également multipliées dans la société civile contre la dérive autoritaire du régime. "Le Vietnam vient de dire au monde qu'il suivra coûte que coûte la Chine dont dépend son avenir", assure Mme Boisseau du Rocher.

Par Jacques Follorou - Le Monde - 22 Janvier 2010


Trois militants prodémocratie condamnés en appel au Vietnam

Trois militants vietnamiens, qui avaient notamment diffusé leurs idées sur Internet, ont été condamnés en appel à des peines de prison ferme à Hanoï. Déjà condamnés à des peines de prison en première instance, ils comparaissaient pour propagande contre le régime communiste. La presse étrangère n'a pas été autorisée à suivre les débats.

Le poète Pham Van Troi écope de quatre ans de prison, l'ancien enseignant Vu Van Hung et le poète Tran Duc Thach, de trois ans. Les trois hommes avaient été jugés en octobre, en même temps qu'un groupe de six autres militants – dont le procès en appel, également pour propagande contre le régime, est prévu jeudi et vendredi. Quatre autres militants prodémocratie, dont l'avocat Lee Cong Dinh et le blogueur-informaticien Nguyen Tien Trung, formé en France, doivent également être jugés cette semaine en première instance ; ils sont accusés de tentative de subversion du régime, un crime cette fois-ci passible de la peine de mort.

Ces derniers mois, la répression contre les militants des droits de l'homme s'est durcie au Vietnam, notent les organisations non gouvernementales, dont Amnesty International, pour qui cette répression est liée à l'approche du prochain congrès du Parti communiste, prévu pour le début de 2011. Les poursuites visent plus particulièrement les militants qui tentent d'utiliser le Web pour diffuser leurs idées.

Le Monde avec Agence France Presse - 19 janvier 2010


Procès pour activités subversives : des peines méritées, selon l'opinion publique

Quatre personnes ont été condamnées le 20 janvier à Hô Chi Minh-Ville pour "activités subversives contre le pouvoir populaire" à des peines allant de 5 à 16 ans de prison ferme, assorties de périodes de résidence surveillée, de 3 à 5 ans.

Ce verdict rendu par le Tribunal populaire municipal a été approuvé par l'opinion publique. Selon l'avocat Nguyên Hông Bach, président du conseil de consultation du cabinet Hông Bach, Nguyên Tiên Trung et Lê Công Dinh, qui ont écopé respectivement 7 et 5 ans de prison ferme, sont des hommes "crédules et superficiels qui ont été abusés".

Parmi les 4 accusés, Nguyên Tiên Trung, 26 ans, est le plus jeune. Alors qu'il faisait des études à l'étranger, ce jeune homme a été facilement contacté et influencé par des personnes aux idées subversives, toujours d'après l'avocat Nguyên Hông Bach. Ce dernier a trouvé "regrettable" que Nguyên Tiên Trung, pourtant titulaire d'un master d'informatique, se soit laissé abuser de la sorte. "Mais durant ses 7 ans de prison, Trung aura le temps de réfléchir, de tirer des leçons et de redonner une nouvelle orientation à sa vie", a conclut l'avocat Nguyên Hông Bach.

Les peines prononcées à l'encontre de Trân Huynh Duy Thuc (16 ans de prison ferme), Nguyên Tiên Trung, Lê Công Dinh et Lê Thang Long (5 ans de prison ferme) s'avèrent "justes", selon l'avocat Pham Van Song, directeur du cabinet Song Phuong à Hô Chi Minh-Ville, membre de l'Association des juristes d'Asie-Pacifique.

"Ces sanctions sont suffisantes pour dissuader d'autres personnes aux idées subversives", a-t-il estimé. Et d'ajouter : "Le verdict témoigne de la clémence de l'État envers ceux qui savent se repentir de leurs actes délictueux". L'avocat Pham Van Song a exprimé son regret concernant Lê Công Dinh, titulaire d'un master de droit : "Un avocat censé maîtriser le droit mais condamné pour +activités subversives contre le pouvoir populaire+, c'est vraiment très regrettable".

Après avoir suivi le procès, l'ancien combattant Lê Khac Vân, 58 ans, domicilié 278 rue Quang Trung (quartier de Tân Tiên, ville de Buôn Ma Thuôt, province de Dak Lak, hauts plateaux du Centre) a affirmé que ce verdict est "mérité". Il considère que ces sanctions permettront de dissuader d'autres personnes d'oeuvrer contre l'intérêt du peuple et de porter atteinte à la sécurité nationale. Ce vétéran a souligné que le Parti communiste vietnamien et le peuple ont traversé de longues résistances pour conquérir l'indépendance nationale. "Aussi tout citoyen vietnamien doit-il avoir le devoir de protéger et d'édifier la nation. Ceux qui mènent des actions de nature à troubler ou à renverser l'ordre social ou politique vont à l'encontre de l'intérêt du peuple". Et de conclure : "Il faut les punir sévèrement".

Par Thuân Thiên - Le courrier du Vietnam - 22 janvier 2010


De 5 à 16 ans de prison ferme pour activités subversives

La Cour populaire de Hô Chi Minh-Ville a condamné le 20 janvier en première instance 4 accusés pour "activités subversives contre le pouvoir populaire" de 5 à 16 ans de prison ferme, en vertu de l'Article 79 du Code pénal.

Leurs peines de prison ont été assorties de 3 à 5 ans en résidence surveillée, a-t-on appris du verdict, prononcé lors du procès d'un jour qui a eu lieu le 20 janvier à Hô Chi Minh-Ville.

Devant la Cour, Lê Công Dinh et Nguyên Tiên Trung ont fait part de leurs remords pour leurs actes délictueux, à l'inverse de Trân Huynh Duy Thuc et de Lê Thang Long, qui ont dénoncé l'accusation du Parquet populaire suprême.

L'accusé Trân Huynh Duy Thuc a été condamné à la peine la plus lourde : 16 ans de prison ferme. La justice l'a jugé responsable d'avoir fonder l'organisation réactionnaire "Groupe d'études Chân", et d'avoir embringuer quelques personnes à participer à des activités dans le but de renverser le pouvoir populaire. La justice lui a également reproché d'avoir régulièrement publié sur internet des articles calomniant la direction du Parti et la ligne politique du gouvernement.

Membre du soi-disant "Parti socialiste du Vietnam", Nguyên Tiên Trung, qui a été envoyé derrière les barreaux pour 7 ans, a été accusé d'avoir produit 50 documents visant directement l'État. Il a reconnu avoir fonder avec quelques stagiaires vietnamiens un mouvement de jeunesse démocratique au service de ces activités subversives.

Lê Công Dinh, a, quant à lui, écopé de 5 ans de prison ferme, pour avoir adhéré au soi-disant "Parti démocratique du Vietnam" qui veut renverser le pouvoir populaire. Il s'est vu reprocher sa participation à la rédaction d'une nouvelle Constitution par ce fameux "parti". L'individu en question a reconnu avoir produit 33 documents, recelé 24 documents et 32 livres au sein desquels il dénature sciemment la situation politique du Vietnam, et fait de la propagande incitant à se montrer outrancier contre l'État.

Le quatrième accusé, Lê Thang Long, a été condamné à une peine de 5 ans de réclusion criminelle, jugé coupable d'avoir fonder le mouvement "chân hung nuoc Viêt" (Relever le Vietnam), un site internet chanhungnuocViet.info, et des organisations afin de tenter à s'opposer à l'État. Selon le Conseil de jugement, "il s'agit-là d'une affaire particulièrement sérieuse portant atteinte à la sécurité nationale".

Par Huong Linh - Le courrier du Vietnam - 21 janvier 2010