Sam Rainsy défend l’emploi du mot « Youn »
Par Vietnam aujourd'hui le mercredi 3 février 2010, 20:42 - Infos en français - Lien permanent
Le chef de l’opposition en exil affirme que cette appellation controversée des Vietnamiens n’a aucune connotation péjorative.
Sam Rainsy défend l’emploi du mot « Youn » pour désigner les Vietnamiens, dans une lettre ouverte adressée au quotidien anglophone The Phnom Penh Post, qui avait indiqué que le député d’opposition avait employé « un pronom raciste pour les Vietnamiens » lors de son intervention par vidéo-conférence du lundi 1er février.
« Si vous aviez raison sur la définition de “Youn”, comment se fait-il que M. Phay Siphan, porte parole du Conseil des ministres … ait pu également utiliser le mot “Youn” à deux reprises dans un bref entretien avec la station Voice of America le 28 janvier ? » s’interroge Sam Rainsy.
Citant le Dictionnaire national cambodgien du patriarche suprême bouddhiste Samdech Chuon Nath, daté de 1967, le député d’opposition, qui affecte l’emploi du mot « Youn » dans ses discours politiques, affirme que ce vocable n’a aucune connotation raciste, et désigne les Vietnamiens bien avant l’apparition du mot « Viêtnam » dans le vocabulaire khmer.
L’appellation « Youn », également décrite comme faisant partie du vocabulaire courant dans la plupart des dictionnaires français-khmer, fait l’objet d’une controverse tant du point de vue de son étymologie que de sa connotation.
Serge Thion, dans son ouvrage Watching Cambodia, estime que ce mot vient du sanscrit « yavana » qui signifie « étranger ». Pour François Ponchaud, il s’agit d’un dérivé du mot « Yunnan » ayant pris une connotation péjorative pendant la période khmère rouge.
Interrogé par Cambodge Soir Hebdo, Steve Heder, auteur de travaux sur la violence politique au Cambodge, et chercheur pour l’École des études orientales et africaines (SOAS), à Londres, n’a pas souhaité commenter la teneur des propos de Sam Rainsy.
Sur un forum Internet, néanmoins, il écrivait en octobre 2009 que le mot « Youn » était employé sans connotation péjorative avant la période coloniale, moment où le mot « Viêtnam » avait été formé. Selon lui, le mot a été réemployé avec une connotation péjorative à partir des années 1970 et de la République khmère. Sous les Khmers rouges, selon Steve Heder, le mot « Youn » a été adopté comme un mot péjoratif et raciste, tandis que le mot « Vietnam » était employé dans le langage diplomatique. Sous la République populaire du Kampuchéa (RPK), écrit le chercheur, le pouvoir en place a accepté, à la demande insistante des Vietnamiens, de considérer que le mot « Youn » était devenu irréversiblement péjoratif et ne devait plus être employé dans le vocabulaire courant. « La situation actuelle résulte largement de la période RPK/anti RPK, mais étant donné l’hégémonie politique des régimes ayant succédé à la RPK, traduite dans l’éducation et les médias, le mot “Vietnam” est davantage usité dans la langue homologuée, et “Youn” dans le langage familier, mais avec une connotation plus péjorative qu’avant 1970.
L’emploi du mot « Youn » est régulièrement l’objet de controverses. En février 2009, Sam Rainsy avait déjà perdu son immunité parlementaire pour avoir qualifié l’Assemblée nationale nouvellement élue d’ « Assemblée de voleurs, de fantômes et de Youns ».
Le 26 mai 2009, lors de son procès, Duch a repris les paroles de son interprète qui traduisait « Le Duan », nom du secrétaire du Parti communiste vietnamien, par « les Youns ». « Je n’ai pas voulu employer un terme péjoratif », a-t-il alors corrigé.
Par A.L.G. - Cambodge Soir - 3 février 2010
