A quelques mètres de l’établissement, un terrain d’exécution pour condamnés à morts ouvert aux quatre vents. Un peu plus loin, une décharge publique de plusieurs hectares. L’endroit fleure bon les montagnes de déchets fumants et les émanations toxiques des briqueteries alentour. Bienvenue sur le nouveau site de l’école française Colette, choisi par le ministère des Affaires étrangères pour les enfants de ses expatriés d'Hô Chi Minh Ville.

C'est ici, au grand désespoir des parents que l’école publique, trop à l’étroit dans le centre-ville, accueillera jusqu’à 900 élèves, de la maternelle à la terminale. Présenté comme « exceptionnellement vert et agréable », l'emplacement proposé par le consulat et l’AEFE (Agence pour l'enseignement français à l'étranger), qui gère l’école sous la tutelle du Quai d’Orsay, était séduisant sur le papier.

En pratique, l’établissement déménage dans « une banlieue insalubre et sordide », dénonce dans une vidéo le collectif de parents Sauvons notre école, qui se bat depuis trois ans pour modifier le site d’implantation.

« Un terrain d’exécution de condamnés à mort, une décharge sauvage, une antenne de téléphonie...tout ça en bordure de l’une des plus importantes zones industrielles du Vietnam », détaille Vincent Kociszewski, son président qui estime que « toute la zone est nauséabonde ».

Les promesses non-tenues de François Filllon

Le 13 novembre 2009, François Fillon, en visite à Hô Chi Minh Ville pour des raisons essentiellement commerciales, s’engageait au détour d'une phrase à une rapide « résolution de ces soucis ». Quelques jours plus tard, lors de son conseil d’administration du 25 novembre 2009, l’AEFE se réjouit: « Les nuisances sont en voie de règlement. L’autorité du Premier ministre et des hauts niveaux de l’Etat a beaucoup aidé. »

« C’est un déni total de la réalité », soupire Vincent Kociszewski. « Depuis trois ans, la situation n’a cessé d’empirer au lieu de s’améliorer. » L’Association des parents d’élèves de l’école française Colette (APE) a constaté, la reprise des exécutions et du fonctionnement de la décharge. Les briqueteries (usines de briques, pas de briquets) fument toujours.

Alors que la date du déménagement approche, le consul lui même lui même, jusque là très discret sur le dossier, se désolidarise de la version officielle, estimant dans une lettre que « l’environnement reste insatisfaisant ».

Absence de réaction du ministère

Fort de ce soutien, le collectif sauvons notre école prépare une lettre à destination de l’AEFE, Nicolas Sarkozy, François Fillon et Bernard Kouchner. Il demande que la première option envisagée -l'implantation de l'école sur le site du consulat- soit reconsidérée.

« La solution du consulat est la plus économique, la plus concrète, la plus sécuritaire et celle qui permettrait à tous les intervenants de trouver une sortie honorable. », écrivent-ils.

Vincent Kociszewski ne se fait pas d’illusions. Le collectif a déjà tenté d’interpeller sans succès de nombreuses personnalités politiques, à commencer par le ministère de tutelle.

« Le Docteur Kouchner ... a tellement été présent dans ce dossier qu’on pourrait se demander si effectivement il a, un jour, pris ses fonctions au ministère des Affaires étrangères », ironise le collectif dans un mail destiné à la presse.

Par Anouchka Collette - Les Inrocks.com - 9 février 2010


L'école poubelle des Français du Vietnam

Quel est le meilleur endroit pour une école: une déchetterie, une zone industrielle ou bien un cimetière de condamnés à mort, exécutés sur place? Les petits Français d'Ho Chi Minh Ville n'auront pas à choisir, ils auront les trois.

Le consulat d'Hô Chi Minh Ville a proposé en 2009 un nouveau terrain de jeu pour les enfants de l'école française de ville, d'un genre un peu spécial. Leur école, devenue trop petite et située dans une parcelle très polluée de la ville, doit être transférée dans la banlieue de la capitale vietnamienne au milieu d'un no man's land nauséabond. Le Quai d'Orsay leur avait pourtant vendu une zone verte avec golf et résidence. Ils n'auront droit qu'à une zone.

A quelques centaines mètres de l'emplacement dédié à l'école, on trouve, dans le désordre: une décharge sauvage aux fumerolles pestilentielles, où sont brûlées des matières plastiques et chimiques, un cimetière de condamnés à mor, des dizaines de briquetteries toujours en activité, des terrils de poussier de charbon, des dépôts de ciments usagés, des usines à béton, des stocks de billes de bois et de pneus usagés... Pourtant en 2005, la lettre du Consul parlait d'une parcelle jouissant "d'un environnement exceptionnellement agréable et au coeur du grand Saïgon économique qui grandit sous nos yeux".

"L'Agence pour l'Enseignement Français à l'Etranger s'est fait avoir par les autorités vietnamiennes", assure l'avocat de l'association des Parents d'Elèves (APE). "Elles leur ont vendu cette parcelle pour 600 000 euros sans aucune garantie, pas même une rétention. Cela démontre une totale méconnaissance du pays de la part de l'administration française."

Les parents luttent depuis trois ans pour faire avorter le projet. Ils se sont constitués en associations et militent activement. Vincent Kociszewski, l'un d'entre eux, a même monté un collectif, "Sauvons notre école". Ses lettres récentes aux autorités françaises se font beaucoup plus cyniques que les premières.

Diablement agacés par le silence de l'Etat, le collectif a réalisé une vidéo début janvier, pour attester de la répugnance du terrain. Les Inrocks ont également écrit un article. Même le consul se désolidarise de la version officielle. Il estime dans une lettre que "l'environnement reste insatisfaisant".

François Fillon, lors d'un déplacement à Ho Chi Minh Ville en novembre dernier, a indiqué que le gouvernement français était "sur la voie d'une résolution de ce souci, très légitime, et que l'ensemble des objections qui ont été émises trouveraient, grâce à l'engagement des autorités locales, les solutions" attendues. "Mais rien ne s'est passé depuis cette visite, confirme Vincent le responsable de "Sauvons notre école". Alors pourquoi ne pas construire l'école dans les jardins du consulat? C'est la proposition du collectif. Elle ne rassemble pas tout le monde, certes, mais elle a le mérite de mettre les pieds dans le plat.

Les Français à Hô Chi Minh Ville

Ils sont plus de 4000 immatriculés au Consulat, sans compter les mariages mixtes non recensés. La population des Français non-expatriés se paupérise, 35% des élèves sont boursiers. Les élèves, de la maternelle au lycée, sont 650 à l'école publique et 200 dans le privé.

Par Annabel Benhaiem - L'Express - 12 févrrier 2010