Les associations de protection des animaux se mobilisent pour lutter contre l'exploitation des ours, en organisant des opérations comme celle du 22 janvier dernier, où 19 d'entre eux ont été libérés d'une ferme illégale détenue par des Taïwanais dans le sud du pays, avant d'être rapatriés dans un centre près d'Hanoï, à 2.000km de là.

Les ours noirs d'Asie sont convoités pour leur bile, utilisée pour des remèdes médicinaux depuis des milliers d'années en Asie car elle est censée soigner les fièvres, les douleurs, les inflammations et beaucoup d'autres maladies, des hémorroïdes à l'épilepsie.

Cette espèce (Ursus thibetanus) appelée aussi "ours à collier du Tibet" ou même "moon bear" (ours-lune en anglais) à cause de la tache blanche en forme de croissant sur son poitrail, est classée comme vulnérable par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Pour leur sauvetage, les 19 ours, dont l'un était aveugle et deux autres aux membres amputés, ont été endormis puis sortis un à un de leur cage, où ils croupissaient dans leurs urines et leurs crottes, à peine nourris d'un gruau de riz, alors que leur régime alimentaire se compose normalement de fruits, parfois de miel et d'insectes.

Ils ont ensuite rejoint 29 de leurs congénères au parc national de Tam Dao où, après une période de quarantaine puis d'adaptation dans des cages plus spacieuses en compagnie d'autres ours, ils pourront vivre dans une maison avec un enclos arboré, équipé de tunnels et de balançoires.

Des échographies ont montré que la vésicule biliaire de ces ours étaient de taille importante, signe révélateur de leur exploitation, explique Heather Bacon, vétérinaire de la fondation Animaux d'Asie qui a organisé le sauvetage. Certains devront sans doute être opérés pour limiter les risques de maladies.

Nombre de ces ours, dont certains faisaient jusqu'à 1,80 mètre et 150 kilos, ont été mis en cage aussitôt après avoir été capturés dans la nature lorsqu'ils étaient oursons voici au plus tard sept ans de cela, selon Tuan Bendixsen, directeur régional de la branche vietnamienne d'Animaux d'Asie.

Cette pratique remonte aux années 1980, quand les Chinois ont commencé à encourager l'élevage d'ours en ferme afin de diminuer le braconnage. Les plantigrades sont souvent détenus dans de très petites cages, mal nourris, leur bile coulant dans des cathéters rudimentaires, créant parfois des abcès de pus ou des épanchements. Beaucoup d'ours ainsi exploités meurent lentement d'infections ou de maladies du foie, dont le cancer.

En Chine, la récolte de bile d'ours est toujours autorisée et, selon le gouvernement, il y aurait 7.000 ours en captivité dans 250 fermes, mais selon les groupes de protection des animaux, ils pourraient être le double en réalité. De plus, la demande pour la bile d'ours sauvage, supposée plus puissante, est en augmentation.

La bile d'ours est aussi illégalement importée dans les quartiers chinois du monde entier. Selon une enquête de la Société internationale pour la protection des animaux (WSPA), 75% des magasins de médecine chinoise au Japon vendaient des produits contenant de la bile d'ours, 42% en Corée du Sud, et même environ 15% aux Etats-Unis et au Canada.

Au Vietnam, l'élevage d'ours s'est également développé avec l'accroissement de la demande de bile et la hausse du niveau de vie. Mais du fait de la pression internationale, leur exploitation a été interdite en 2005. Les quelque 4.000 ours en captivité ont été équipés de puces électroniques pour détecter ceux qui s'y ajoutaient de façon illégale. Les propriétaires ont été avertis qu'il ne fallait plus récupérer leur bile. Mais ces pratiques continuent et le marché noir prospère.

"Nous voulons en finir avec cette industrie. Le gouvernement a décidé de la supprimer progressivement mais cela va prendre du temps", note Chris Gee du WSPA, qui estime qu'il y aurait en Asie près de 20.000 ours exploités ainsi dans des fermes.

La bile d'ours contient une forte concentration d'acide ursodésoxycholique, dont une version synthétique est vendue en comprimé et utilisé en médecine occidentale pour traiter les calculs biliaires et des maladies du foie. Le médicament est vendu en Chine mais n'est pas utilisé en médecine chinoise car il ne provient pas d'une source naturelle.

Seul espoir pour les défenseurs des ours, une étude publiée l'an dernier par l'Ecole de médecine chinoise de l'université de Hong Kong a montré que des herbes médicinales pouvaient avoir les mêmes effets que la bile d'ours, voire être plus efficaces dans certaines maladies.

The Assiciated Press - 19 mars 2010