Le centre culturel "l'Espace" lui a dit avoir reçu, le matin, la visite de "personnes du gouvernement, de la police, du ministère de la Culture, tous en colère contre ça", explique Phuong Vu Manh, peintre-sculpteur de 40 ans, en désignant l'oeuvre qu'il s'apprête à retirer de la salle d'exposition.

Dans un coffre de verre, la sculpture est censée représenter l'artiste nu, le corps peint en vert, criblé de noms de maladies. Allongé, l'homme, maintenu sous perfusion, souffre de la pollution de son environnement.

L'exposition avait débuté il y a une dizaine de jours, dans une installation mélangeant vidéo et "body painting", et n'avait apparemment pas fait de remous jusqu'ici.

Pour éviter toute confusion, un titre mettait même les choses au clair, glisse l'artiste: "Phuong Vu Manh en statue". Le peintre sculpté porte le bouc, comme le président Hô Chi Minh, fondateur du Vietnam communiste décédé il y a plus de 40 ans mais qui reste une icône, intouchable, dans le pays.

Pourquoi donc cette soudaine intervention des autorités ? L'artiste avance que lundi, en changeant les fleurs qui ornaient le corps malade, il a décidé qu'elles ne couvriraient plus son sexe.

De source diplomatique française, on assure cependant que "ce n'est pas un problème de censure, mais d'autorisation administrative", le "travail réalisé ne correspondant pas tout à fait au dossier présenté aux autorités vietnamiennes".

"L'exposition a eu lieu et a été inaugurée en présence d'officiels vietnamiens", a poursuivi la même source, ajoutant que la statue avait été "démontée en accord avec l'artiste".

L'exposition devait à l'origine avoir lieu jusqu'au 26 mars. Mais mardi en fin d'après-midi, la sculpture, d'une tête plus grande que son auteur, quittait "l'Espace" à l'arrière d'une mobylette, moyen de transport privilégié des Vietnamiens, pour un lieu plus discret.

Agence France Presse - 23 mars 2010