L’axe Alger-Hanoï doit connaître une nouvelle étape à la faveur de la visite du président vietnamien, aujourd’hui, à Alger ; visite qui coïncide avec la tenue du forum d’affaires algéro-vietnamien.

Abdelaziz Bouteflika et Nguyen Minh Trieten avaient, en 1999 et 2000, émis le vœu d’arriver à “une relation exemplaire” entre les deux pays. Un accord en ce sens a été signé en 2004, ouvrant la voie à une large coopération économique et un échange entre les hommes d’affaires des deux pays. Toutefois, les échanges commerciaux, malgré un bond significatif réalisé ces quatre dernières années, demeurent en deçà des potentialités et des opportunités existantes. Le volume des échanges dépasse à peine 55 millions de dollars. Une situation reconnue par M. Ziari, président de l’APN, et son homologue vietnamien au mois de janvier dernier.

En revanche, au plan politique, les relations entre le Vietnam et l’Algérie sont historiques et dépassent de loin le cadre traditionnel des rapports entre États. Passé historique oblige, cette relation n’a, cependant, pas résisté aux chamboulements qu’a connus le monde à la fin du siècle dernier, notamment la naissance de nouveaux regroupements économiques régionaux. Le Vietnam est présenté aujourd’hui comme un modèle de réussite de l’économie de marché, alors que l’Algérie est toujours coincée dans la spirale des réformes économiques. On considère, cependant, que le Vietnam peut constituer une interface entre l’Algérie et les pays du Sud-Est asiatique ou de l’ASEAN pour les échanges commerciaux. Cette région peut devenir une option pour l’Algérie qui veut diversifier ses fournisseurs, surtout pour ses approvisionnements en produits agricoles ; c’est également un grand marché pour les produits pétroliers et le gaz algérien.

Tous les secteurs intéressent les entreprises vietnamiennes, dont les responsables accompagnent le Président. Au-delà de l’aspect économique, devra figurer à l’ordre du jour le projet algérien de criminalisation de la colonisation à travers un texte pour lequel l’Algérie essaye de regrouper des alliés, les anciennes colonies, pour soutenir l’initiative. Pour l’instant, aucun État n’a répondu favorablement quoique l’Algérie n’a officiellement pas encore saisi les pays concernés.

Le texte en question devra aller au-delà du projet de loi criminalisant la France coloniale présenté par les députés algériens. Il ne concerne pas uniquement la France, mais tous les pays colonisateurs qu’il condamne et criminalise. L’Algérie cherche un consensus autour de cette idée, et évidemment des “partisans” pour faire aboutir le projet en texte qui sera endossé par les Nations unies.

Et sur ce plan, avec le Vietnam, c’est toute une histoire, mais une histoire qui n’est pas forcément faite pour qu’il adhère dès à présent à l’initiative. Le Vietnam privilégierait une autre approche dans ses rapports avec les deux anciennes puissances coloniales, la France et les États-Unis.

Par Djilali Benyoub - Liberté (.dz) - 13 avril 2010