Ecole française avec vue... sur des exécutions
Par Vietnam aujourd'hui le mercredi 28 avril 2010, 09:15 - Infos en français - Lien permanent
En septembre 2010, la nouvelle école française d'Hô-Chi-Minh-Ville, l'ancienne Saïgon, devrait s'installer dans ses nouveaux locaux flambant neufs, avec piscine, équipements sportifs et vue... sur un terrain d'exécution de condamnés à mort, à quelques mètres d'une décharge. Pour couronner le tout, des briqueteries artisanales qui crachent leurs fumées nocives entourent l'établissement.
Furieuse, l'Association des parents d'élèves (APE) de l'école Colette, qui finance aux deux tiers la construction de l'établissement à travers l'écolage, est entrée en guérilla contre l'Association de l'enseignement français à l'étranger (AEFE), en charge de la gestion des établissements. Face à la fronde, sa directrice, Anne-Marie Descôtes, a dû promettre d'ajourner le déménagement "si les problèmes ne sont pas réglés d'ici à la rentrée. Mais en attendant, il faut faire comme si".
Eclatée sur trois sites, l'école Colette cherche à s'étendre afin d'offrir de meilleures conditions d'enseignement à ses 650 élèves (de la maternelle à la terminale) et à en accueillir de nouveaux. Dans une ville soumise à une forte pression immobilière, l'AEFE a fini par décrocher ce terrain, situé à une vingtaine de kilomètres de la ville. Imprudence ? Le bail, signé en 2006 pour cinquante ans, avec le comité populaire d'Hô-Chi-Minh-Ville ne comporte pas "la clause habituelle visant à garantir que le site soit propre à l'implantation d'une école ", critique l'APE.
Des condamnés fusillés
"Les exécutions capitales se déroulent tôt le matin mais les préparatifs sont faits la veille. La dépouille du fusillé est enlevée le jour même et les familles restent sur le site pour se recueillir quasiment toute la journée", explique Minh-Duc Pham, père d'une collégienne. "La dernière exécution a eu lieu en décembre 2009", tempère Mme Descôtes. "Une autre a certainement eu lieu en mars, car nous avons vu des offrandes", corrige Minh-Duc Pham. Dans tous les cas, les autorités vietnamiennes qui avaient assuré le premier ministre François Fillon, lors de sa visite officielle en novembre 2009, qu'il serait mis un terme "définitif à cette activité", n'ont pas tenu leur promesse.
La présence de la décharge constitue un autre problème de taille, compte tenu des effets possibles sur la santé des enfants. Inexistante lors de la conclusion du bail, elle est apparue en janvier 2008. "C'est une décharge illégale où des déchets d'usine sont rejetés, des plastiques brûlés, même des néons", raconte Odile Looram, présidente de l'APE.
Des analyses de la qualité de l'air, commandées par l'AEFE à un cabinet d'expertise, devraient indiquer si les émanations de la décharge sont dangereuses ou pas. Mais d'ores et déjà, l'APE en conteste les modalités : "Il faudrait procéder à des analyses à des moments différents et non sur une seule semaine. Il y a des jours où, quand le vent a soufflé, c'est insupportable !"
Par Brigitte Perucca - Le Monde - 21 avril 2010
