Dans sa sélection éclectique, la Semaine de la critique propose Bi, dung so! (Bi, n’aies pas peur), de Phan Dang Di. Cette injonction s’adresse à un petit garçon qui vit à Hanoï, tout à côté d’une usine d’où sortes des pains et des sculptures de glace, dans une maison où habitent sa mère et sa tante, et où son père alcoolique revient dormir. Pourtant il n’y a rien de misérabiliste dans ce film sensuel, tourné à la saison des pluies ce qui lui permet de battre tous les records de moiteur. Commencé comme une chronique familiale, Bi, dung so! tourne à la recension des passions qui agitent chacun des membres de la famille, qui tous ont besoin de glaces pour apaiser leurs prurits d’origines variées.

Phan Dang Di, le réalisateur, a 33 ans. Il a étudié le cinéma à Hanoï, auprès de professeurs formés à l’école soviétique;depuis la relative ouverture du pays, il a pu voir, sur DVD, beaucoup de films de toute provenance. Il n’empêche que, pour tourner ce scénario qui met en scène adultère et prostitution, il a dû se passer de l’approbation officielle. “Nous sommes parmi les premiers à avoir produit un long métrage indépendant”, explique-t-il dans un anglais incertain. Pour lever des fonds, il a fait la tournée des festivals, Pusan en Corée, l’atelier du Festival de Cannes (où des cinéastes cherchent à rencontrer des producteurs) avant de décrocher 50 000 euros du World Film Fund mis en place par la Berlinale. La productrice français Claire Lajoumard a pu ajouter les contributions du Fonds Sud et de la chaîne Arte.

Mais quand on demande à Phan Dang Di si son film sera projeté au premier festival de cinéma de Hanoï, qui sera organisé l’automne prochain, il répond “Non, je suis sûr que non”. En France, Bi attend toujours un distributeur.

Le Monde à Cannes du service culture du Monde - 20 mai 2010