Tran Thi Gai dort rarement, et elle leur chante des berceuses. "Ne sens-tu pas mon amour pour toi? Ne sens-tu pas ma peine? Ne pleure pas s'il-te-plait."

Les enfants de Gai ont les poumons déformés et ont besoin de chaises roulantes. Ils sont nés dans un village arrosé à l'Agent Orange pendant la guerre du Vietnam. Elle pense que leurs problèmes de santé sont causés par la dioxine, un produit hautement toxique utilisé comme herbicide, que les troupes américaines ont employé pour priver les combattants vietnamiens de nourriture et d'appuis au sol.

Trente-cinq ans après la fin de la guerre, l'Agent Orange reste sa conséquence la plus décriée. D'après un sondage réalisé par GfK pour Associated Press, 80% des Vietnamiens interrogés estiment que les Etats-Unis devraient faire plus pour alléger les souffrances des victimes, en particulier les enfants nés mal formés.

Après que George W. Bush ait promis d'y travailler lors de sa visite à Hanoï en 2006, le Congrès a voté un crédit de neuf millions de dollars (7,1 millions d'euros) pour dépolluer l'environnement dégradé par l'Agent Orange au Vietnam. Si les Etats-Unis accordent des aides aux handicapés du pays sans rechercher l'origine de leurs problèmes, ils refusent de reconnaître le lien entre l'épandage de l'herbicide et les troubles de santé de ces personnes.

Les autorités vietnamiens demandent un engagement plus important, sachant que seuls six millions de dollars (4,7 millions d'euros) ont été effectivement alloués jusqu'ici. "Six millions de dollars, ce n'est rien comparé aux séquelles de l'Agent Orange" s'indigne Le Ke Son, vice-directeur du ministère de l'Environnement. "Combien coûte un seul missile Tomahawk?", assène-t-il.

Les Etats-Unis ne donnent pas la priorité à ce budget. Ils ont consacré 80 millions de dollars (63,7 millions d'euros) à la lutte contre le SIDA au Vietnam l'an dernier, contre 3 millions de dollars (2,3 millions d'euros) pour les maladies liés au produit chimique toxique. La fondation Ford a fait plus. Il faudrait 40 millions de dollars (31,8 millions d'euros) pour nettoyer les principaux sites de stockage militaires, encore fortement pollués, comme les bases aériennes de Danang, de Phu Cat et de Bien Hoa. A Danang, la toxicité ateint 400 fois les limites internationales admises. Les villageois des alentours sont longtemps aller y pêcher.

Selon une note de l'ambassade des Etats-Unis au Vietnam, les autorités locales gonflent le phénomène à des fins de propagande. Les recherches des services de santé vietnamiens trouvent des taux de malformation des enfants quatre fois supérieures à la moyenne dans les zones qui ont été recouvertes par le produit. La probabilité d'attraper un cancer y est dix fois plus élevée que dans les zones non touchées.

The Associated Press - May 23, 2010