La sécheresse qui frappe le Vietnam depuis plusieurs mois touche plus largement l'Asie du Sud-Est. Mais le pays communiste, qui tire plus du tiers de son électricité de l'hydraulique, a une croissance énergivore. Et dans les villes et les campagnes, les coupures de courant s'enchaînent.

Dans les médias, certains évoquent la pire sécheresse en 100 ans. Un responsable du centre national de la météorologie interrogé par l'AFP, Bui Duc Long, parle lui d'une situation inégalée "depuis des décennies".

A Hoa Binh ces derniers mois, la production d'électricité a d'abord été limitée pour maintenir les eaux du réservoir à leur niveau normal de 117 mètres, raconte le directeur-adjoint de la centrale, Nguyen Khac Thuc. Et puis il a fallu "laisser s'échapper des eaux pour irriguer des champs", dit-il.

A 83 mètres il y a deux semaines, l'eau est encore descendue mercredi à 81,5 mètres. Le "point mort" est à 80 mètres.

"En dessous de ce +point mort+, la production de la centrale doit être limitée au strict minimum", explique M. Thuc. Sous le point mort, il y a encore le "point interdit", à 75 mètres, à partir duquel la production est cette fois "totalement arrêtée", poursuit-il.

Imposant ouvrage, le barrage de Hoa Binh a été construit sur 15 ans à partir de 1979 avec l'aide de l'ex-Union soviétique. La montagne avait été creusée pour y loger les turbines, par précaution: les travaux avaient été lancés au sortir de la guerre du Vietnam contre les Américains et en plein regain de tension avec la Chine voisine.

La centrale doit être bientôt détrônée par un complexe hydraulique plus grand, celui de Son La, en amont de la même rivière Da. Mais, avec une capacité de 1.920 mégawatts, elle est encore la principale du pays et assure, selon sa direction, plus de 40% de la consommation électrique du nord et plus de 15% de celle du pays entier.

Les problèmes d'électricité touchent d'ailleurs tout le territoire: l'ensemble du Vietnam, de janvier à fin mai, a subi une pénurie de 2 milliards de kilowatts/heure, selon Quan Duc Hai, du centre national de régulation du système électrique.

La situation est d'autant plus critique que la demande de l'industrie et des foyers, toujours plus équipés en électroménager à mesure que le pays se développe, s'emballe. Le Vietnam, dont la performance économique n'est pas descendue sous les 5% en dix ans, voit ses besoins en électricité croître de près de 15% par an.

L'hydraulique, par nature aléatoire, rend ces besoins régulièrement difficiles à satisfaire. L'hydroélectricité dépend des précipitations, mais la Chine, qui construit les premiers barrages en amont, est aussi souvent accusée d'aggraver les phénomènes de sécheresse dans la région.

Dans ce contexte, le Vietnam, où comme ailleurs les barrages sont aussi controversés pour leur impact sur l'environnement et la vie des populations locales, cherche à diversifier ses sources d'énergie.

Hanoï privilégie le nucléaire, mais cette vision est loin d'être partagée par tous. Certains, qui parfois poussent pour les énergies renouvelables, dénoncent des coûts pharaoniques et des risques en matière de traitement des déchets: la législation est encore embryonnaire.

Dans l'immédiat, Electricité du Vietnam prévoit encore des coupes dans l'approvisionnement, de 10 à 15% d'ici à mi-juin, selon le quotidien Vietnam News. Le groupe ne voit une amélioration qu'à partir du 20 juin, quand, avec l'entrée dans la saison des pluies, l'eau des réservoirs devraient remonter.

Agence France Presse - 10 juin 2010