L’économie piétine. «Plus de 300 millions de dollars 235 millions d’euros, ndlr de pertes», enragent les professionnels du textile. En cause, la sécheresse la plus importante depuis cinquante ans : la saison des pluies, en retard d’un mois et demi, commence à peine.

Avec des cours d’eau à leur plus bas niveau, les barrages, qui fournissent un tiers de la consommation, fonctionnent au ralenti. Pourtant dans ce pays en plein développement, on prévoit, cette année, une augmentation de la demande de 18%. Le responsable ? Electricité du Vietnam (EVN), la compagnie nationale, qui organise les coupures. Les usagers ironisent sur son nom : en vietnamien, les mots «électricité» et «fou» ne diffèrent que d’un accent. Plus grave, beaucoup l’accusent de corruption. «Pourquoi les maisons des dirigeants sont toujours épargnées ?» s’étrangle Nhuy, habitante de Thai Binh. Dans cette province, des manifestants, excédés par la chaleur, ont forcé les employés de la compagnie locale d’électricité à rester sous un soleil de plomb, avant de couper le courant au domicile du président de leur district.

Pour dissiper la grogne, le gouvernement a promis «des coupures plus égalitaires» et des compensations financières aux entreprises. Au soupçon de favoritisme, s’ajoute celui d’incompétence. L’entreprise avait annoncé la fin des coupures pour le 1er juillet ? Elles s’espacent, mais continuent. Le président d’EVN s’en remet désormais… au ciel. «S’il n’y a plus d’eau dans les réservoirs des barrages, c’est un acte de Dieu, nous devons l’accepter», a lâché Dao Van Hung, accusé de ne pas vouloir importer d’électricité pour éviter des pertes financières. Afin de réduire sa dépendance à la pluie, le pays diversifie ses sources d’énergie : un programme éolien et huit centrales nucléaires en projet d’ici à 2030. De son côté, EVN propose une augmentation du prix du kW/h pour encourager des investisseurs à produire de l’électricité. Pas sûr que cette hausse redore le blason d’EVN.

Par Hervé Lisandre - Libération - 14 juillet 2010