Gestion hasardeuse de fonds publics, projets irrationnels, supervision laxiste... l'un des plus grands groupes d'Etat du pays communiste doit faire face à des dettes abyssales. Selon la presse locale, elles atteindraient 4 milliards de dollars (3,1 milliards d'euros). La presse vietnamienne, qui appelle à une vaste réforme de ces géants publics, n'a pas ménagé ces critiques.

D'ores et déjà, la police a été saisie d'une enquête. Le président du conseil d'administration, Pham Thanh Binh, a été démis de ses fonctions par le premier ministre Nguyen Tän Dung, le 13 juillet. C'est Nguyên Hông Truong, vice-ministre des communications et des transports, qui assure l'intérim. La commission d'enquête du puissant comité central du Parti communiste (PCV) au pouvoir a fustigé sa légèreté dans la mobilisation, l'utilisation de fonds publics et ses choix d'investissements. Chez Vinashin, l'heure est à l'autocritique. Dans le quotidien Tien Phong, son directeur général, Tran Quang Vu, s'est excusé auprès "du Parti, du gouvernement, du premier ministre et de la population".

Certains n'excluent pas un lien avec le prochain congrès du PCV qui doit se tenir dans six mois. C'est en effet à ce moment-là que seront distribués les postes-clés du pouvoir. Or, cela donne toujours lieu à des luttes de faction.

Néanmoins, les ennuis de Vinashin ne sont "pas une surprise", relève Nguyen Quang A, cofondateur d'un groupe de réflexion. Des mises en garde sur la stratégie d'expansion de Vinashin avaient été formulées dans la presse. Pour 2009, les médias avaient évoqué des pertes de 18,8 millions de dollars et, depuis plusieurs mois déjà, évoquaient une dette massive.

Soutien de l'Etat

Pour les analystes, l'affaire est aussi révélatrice d'un système trop complaisant avec les grands groupes publics. "Vinashin opère sous la direction, la gestion et l'aide de nombreuses agences de l'Etat, qui ne peuvent pas rester passives, a confié Pham Chi Lan, ancienne conseillère économique du gouvernement, au quotidien Tuoi Tre. Je suis surprise que Vinashin se soit tellement enfoncé dans les problèmes sans que personne ne tire la sonnette d'alarme." Elle déplore les allocations massives de ressources, l'accès facile au crédit bancaire, avec le soutien de l'Etat, réservés aux grands groupes comme Vinashin.

"Si l'Etat n'avait pas donné aussi généreusement de l'argent à Vinashin, les pertes n'auraient pas été si monumentales", ajoute-t-elle, réclamant que ces conglomérats publics soient "évalués sur la base de leur capacité à (...) respecter les principes de marché" par une agence "spécialisée, puissante". Jonathan Pincus, du Fulbright Economics Teaching Program à Ho Chi Minh-Ville abonde dans ce sens, "certaines grandes compagnies d'Etat ont un accès facile aux terrains et capitaux publics, mais ne sont pas contraintes d'être compétitives pour survivre. A un moment, Vinashin aurait monté jusqu'à 450 filiales !"

L'économiste prône la cotation sur les marchés internationaux pour forcer ces groupes à publier leurs bilans financiers. "Le maintien en poste des dirigeants de ces entreprises devrait être lié à leurs performances, (...) la transparence accrue", ajoute-t-il.

Le ministère des transports a annoncé une restructuration du groupe et le transfert de certaines activités sans lien direct avec la construction navale : le transport maritime, la construction de ports et zones industrielles pourraient être ainsi confiés, selon la presse, à d'autres géants publics comme PetroVietnam ou Vinalines, spécialisés dans le transport maritime.

Le Monde avec Agence France Presse - 19 juillet 2010