Dans la cour de sa maison du delta du Mékong, à Que Dien, province de Ben Tre, les tonneaux destinés à récolter de l'eau de pluie pour la consommation familiale sont à moitié ou complètement vides. La saison sèche censée s'achever est la pire depuis des décennies au Vietnam, disent les météorologues.

Sécheresse aggravée, inondations, typhons et marées exacerbés, élévation du niveau de la mer: le Vietnam, avec ses plus de 3.200 kilomètres de côtes, est considéré comme l'un des pays les plus menacés par le changement climatique.

D'ici à 2100, si rien n'est fait pour renforcer par exemple les digues, le niveau de la mer risque d'augmenter d'un mètre et près de 31.000 kilomètres carrés de terres d'être inondées, craint Hanoï. Le delta du Mékong, peuplé de plus de 17 millions d'habitants, est particulièrement exposé.

La situation inquiète le pays communiste, mais aussi à l'étranger: le Vietnam est le deuxième exportateur mondial de riz, derrière la Thaïlande. Le delta du Mékong assure plus de la moitié de sa production.

Si ces terres deviennent inexploitables, cela aura de "sérieuses conséquences" pour la région, mettait en garde le mois dernier Helen Clark, du programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

Pour l'heure, avec la sécheresse, c'est peut être la salinisation qui inquiète le plus les agriculteurs du delta dans les provinces côtières comme Ben Tre. C'est un phénomène normal d'estuaire, mais l'eau de mer ne cesse de gagner du terrain dans les cours d'eau.

Dans les rivières, "il y a de l'eau, mais en faible quantité, et elle est encore salée, on ne peut pas la pomper" pour irriguer, lâche Dang Roi. Cultiver son 1,2 hectare de champs était "moins pénible il y a quelques années", dit-il. "Les plans de riz ne mouraient pas comme ça".

Le Vietnam met l'accent sur le rôle du changement climatique dans le bouleversement de l'environnement agricole. Mais de nombreux experts n'excluent pas non plus la responsabilité de barrages en amont en Chine, dont l'impact risque d'être aggravé par des ouvrages à venir au Laos et au Cambodge.

"Un delta a trois forces (qui se compensent): une de subsidence - il baisse régulièrement sous son propre poids -, des courants côtiers (...) et des sédiments qui sont apportés par les fleuves", explique Marc Goichot, du Fonds mondial pour la nature (WWF).

Or, dit-il, les barrages retiennent les sédiments, ce qui diminue la troisième force à un moment où "le courant littoral et les vagues sont elles plus fortes". Tant que l'impact des sédiments sur "l'équilibre des écosystèmes" ne sera pas mieux connu, il voudrait une suspension des projets de barrage.

"Cette année, le flux du Mékong est extrêmement réduit", note encore Vo Tong Xuan, expert vietnamien du riz, qui dénonce aussi une riziculture de plus en plus intensive.

Avec le temps et l'augmentation de la population, les agriculteurs du delta sont peu à peu passés de une, à deux, puis parfois trois récoltes par an. Cette troisième récolte, qui pompe en saison sèche une eau douce cruciale à des provinces comme Ben Tre, s'est trop développée, juge le professeur.

Lui ne craint pas à court terme pour la sécurité alimentaire. Mais reconnaît qu'il faudra agir si les scénarios du changement climatique se vérifient - trouver de nouvelles variétés de riz, adaptées aux milieux sec et salé.

Dang Roi fait deux récoltes par an et n'a pas attendu pour chercher une alternative: pas une nouvelle espèce de la céréale, mais des noix de coco.

Accroupi au bord de ses rizières désolées, il montre les palmiers qui poussent en bordure. "Si un jour on ne peut plus cultiver de riz", glisse-t-il, "on cultivera les cocotiers".

Agence France Presse - 14 juillet 2010