"L'ancien président du conseil d'administration de Vinashin Pham Thanh Binh a été arrêté mercredi", a indiqué à l'AFP un responsable du ministère sous couvert d'anonymat. "Sa maison à Hanoi a été perquisitionnée," a-t-il précisé.

Selon le site internet du gouvernement, l'ex-responsable est soupçonné "de violation intentionnelle de la réglementation de l'Etat en matière de gestion économique ayant entraîné de graves conséquences".

Pham Thanh Binh avait déjà été suspendu le mois dernier, au moment où la police avait été saisie de l'affaire. Le très stratégique Vinashin aurait cumulé plus de quatre milliards de dollars de dettes.

Les experts économiques, pour qui les ennuis du groupe ne sont "pas une surprise", ont dénoncé sa gestion hasardeuse et ses projets d'investissements irrationnels. Mais ils jugent aussi le scandale révélateur d'un système complaisant envers les grandes entreprises d'Etat, qui ont un accès facile au crédit et font l'objet d'une supervision laxiste.

Mercredi, le gouvernement a réaffirmé son soutien à Vinashin, estimant que son développement était "nécessaire (...) aux besoins de l'économie, de la défense et de la sécurité nationales". Mais il a aussi dénoncé des erreurs de gestion et réaffirmé le besoin de restructuration.

Depuis 2008, la crise économique a eu un "impact très important" sur Vinashin, a estimé le gouvernement. Mais "l'utilisation inefficace" de capitaux a aussi eu de "lourdes conséquences financières", a-t-il ajouté, fustigeant notamment l'achat de bateaux de transports étrangers "trop vieux".

"La faute la plus importante de la direction du groupe est sa politique d'investissements, qui a mené (l'entreprise) au bord de la faillite", a-t-il poursuivi.

Le ministère des Transports avait déjà annoncé une restructuration du groupe, pour l'alléger des activités sans lien direct avec la construction navale. Selon la presse, le transport maritime, la construction de ports et zones industrielles pourraient être confiés à d'autres géants publics comme PetroVietnam ou Vinalines (transport maritime).

A quelques mois du XIè congrès du Parti communiste, où seront distribués les postes-clés du pouvoir, Hanoï ne cache cependant pas sa volonté de piloter étroitement la communication sur ce dossier sensible.

"Il faut se mettre d'accord sur la propagande et l'information liées à Vinashin, pour ne pas dénigrer totalement la direction du Parti et la gestion par l'Etat des grandes entreprises publiques au cours des dernières années", et ne pas "perdre la confiance de la population", conclut-il.

Agence France Presse - 5 août 2010