Au Vietnam, les collectionneurs d'anciens appareils photo se comptent sur les doigts de la main. Ce loisir, qui n'est pas à portée de toutes les bourses, nécessite une passion sans faille, des connaissances sur la technique et le fonctionnement des appareils et la photographie.

Pham Van Phuong, patron de la boutique Fuong, situé au 5, rue Tràng Thi, Hanoi, est l'un d'entre eux. Cet homme est réputé pour son trésor de près de 300 anciens appareils photo. Sa collection commence par un EXA1C fabriqué en ancienne RDA en 1965 qu'il a acheté à son prof d'université.

Avec cet appareil, l'étudiant Phuong a pris de nombreuses photos pour ses camarades et a également immortalisé les anciennes rues de Hanoi lors de ses plages horaires libres. Ces dernières étaient particulièrement appréciées des étrangers qui travaillaient alors à l'Institut des relations internationales ou à l'École supérieure du commerce extérieur, près de son Université de droit de Hanoi. L'argent provenant de la vente de ces photos a permis au jeune photographe de gagner sa vie et d'acquérir d'autres appareils.

Au cours de ses 14 ans de vie étudiante (Phuong a poursuivi ses études au sein de 3 établissements successifs : l'École supérieure de la musique et de la peinture, l'École supérieure de la culture - faculté de guitare et l'Université de droit), le jeune collectionneur a pu acquérir plus de 10 anciens appareils photo.

Collection passionnante

Au sortir de sa dernière université, Phuong a ouvert une boutique de commerce d'appareils photo. Ce travail lui permet de rencontrer des commerçants domestiques et internationaux, qui l'aident à dénicher ces précieuses machines pour enrichir sa collection. Avec le temps, son trésor augmente tant en quantité qu'en diversité. Aujourd'hui, notre photographe compte environ 300 modèles, dont certains ont été produits au début du siècle dernier. De nombreux d'entre eux datent des années 1930-1945 ou 1950-1960. La plupart de ces appareils sont de marques allemande et française, parmi lesquels Leica, Contax, Rolleiflex, Pearlette, Zenit, Pratica, Kodak... Phuong possède une cinquantaine d'appareils estimés "originaux" et de haute valeur, les plus coûteux s'élevant à plusieurs dizaines de milliers de dollars !

L'appareil de prédilection du collectionneur est un Kodak, produit en 1897 par Edman Kodak. Il porte la série N°2 et dispose toujours de son étui en cuir original. C'est l'appareil le plus ancien de la collection de Phuong. "Jusqu'à présent, personne n'a encore affirmé posséder un modèle dentique", déclare son propriétaire.

Phuong présente un autre de ses modèles fétiches : un Pearlette produit en 1919, qui a fait un tabac en Allemagne durant les années 1920, après sa sortie de l'atelier. Pour prendre une photo avec cet appareil, l'utilisateur doit viser comme s'il s'agissait d'une arme à feu, ce Pearlette étant muni d'une crosse et d'un viseur... Le parcours qui a permis à Phuong d'acquérir ce modèle légendaire a été semé d'embûches.

L'ancien propriétaire de ce Pearlette est un vieux monsieur vivant en Allemagne. Phuong a été renseigné sur la présence de ce modèle par un ami résident dans ce pays européen. Le collectionneur a donc pris un vol pour l'Allemagne pour rencontrer le vieux propriétaire et lui faire une proposition d'achat, laquelle a été refusée catégoriquement. Phuong n'a cependant pas abandonné sa résolution et a maintenu la relation avec le vieil allemand, correspondant avec lui sur les appareils photo. Quelques années plus tard, Phuong a enfin reçu l'approbation du propriétaire, persuadé, dès lors, de la passion de cet Hanoien pour les appareils photo. Il est donc retourné en Allemagne pour ramener ce modèle à Hanoi, avec la recommandation de son ancien propriétaire : "C'est un objet précieux, unique en son genre. Garde-le soigneusement !". Phuong lui devra une fière chandelle : il constituera le quart de son trésor avec l'intermédiaire de son ami allemand.

Saisir le réel sur le vif

Un des plaisirs de Phuong est de nettoyer de temps à autre ses appareils favoris pour protéger l'objectif. Certains appareils produits artisanalement n'ont pas de notice d'utilisation. Dans ce cas, il doit se débrouiller pour en comprendre le mode d'emploi. Et quand il fait beau, Phuong sort avec ses appareils, prend des photos, procédé qui contribue également à leur entretien.

Le collectionneur fait néanmoins savoir qu'il y a des faux dans le monde des anciens appareils photo. Si malencontreusement, on achète un faux, il faut alors prendre sur soi et tirer la leçon de cette douloureuse expérience. Une fois, Phuong a eu vent sur internet de la mise en vente d'un Leica, produit aux alentours de la Seconde Guerre mondiale, au prix de près de 10.000 dollars. Phuong a sauté sur l'occasion et s'est rendu compte qu'il s'agissait d'un faux qu'après livraison. Il s'agissait d'un Kiev de Russie, de l'époque de la Seconde Guerre mondiale, retouché pour être transformé en Leica... "La valeur de ce Kiev est bien moindre que celle du Leica", fait-il savoir.

Certains de ses amis sont collectionneurs et passionnés, comme lui, par ces objets uniques tels le peintre Quach Dông Phuong ou Trân Dang, chef du Service d'enregistrement de l'Institut national de musique. Propriétaire d'une boutique d'appareils photo et réputé pour son goût en tant que collectionneur, Phuong reçoit souvent la visite des passionnés : un vieil artiste qui vient lui montrer son appareil dernier cri, un journaliste étranger en mission à Hanoi connaissant sa réputation ou encore un Saigonais qui aime partager avec lui les connaissances sur les anciens appareils photo. À l'approche du Millénaire de Thang Long-Hanoi, Phuong compte enrichir sa collection d'un appareil spécial. La société Leica présentera en octobre prochain une nouvelle version pour honorer la capitale vietnamienne, révèle le collectionneur. Il s'en offrira un comme souvenir.

Par Thuân Thiên - Le courrier du Vietnam - 14 août 2010