Le Long Biên, un pont de presque 2 km au-dessus du Fleuve rouge, qui fait autant partie de l'histoire de la ville d'Hanoï que du patrimoine français.

Signé Gustave Eiffel, il a aussi porté le nom de Paul Doumer. L'ouvrage a mieux résisté aux bombardements sur le Vietnam qu'aux outrages du temps : Jacques Chirac, alors président de la République, s'en était ému et avait promis de débloquer des fonds pour le restaurer. Hanoï, qui se prépare à fêter ses 1 000 ans, attend toujours la contribution française. La ville s'étire énergiquement jusqu'à la rive du Fleuve rouge. Le touriste est séduit par « les couleurs tendrement vives », surpris par « le flot fou des deux-roues », sous le charme des anciens bâtiments coloniaux et de l'opéra, copie (presque) conforme de l'Opéra Garnier.

« Voir Hanoï » en chanson

La rue de l'Abbé-Aerts, à quelque 10 000 km de là, dans le quartier de Wazemmes. C'est là que l'association Culture et Flonflons Flandres organise son carnaval et son festival d'accordéon (entre l'Ascension et la Pentecôte). C'est aussi là que Claude Vadasz et son équipe préparent le cadeau qu'ils vont offrir aux Vietnamiens.

L'an dernier, Claude Vadasz était à Hanoï pour jeter les bases d'un partenariat culturel entre Lille et le Vietnam. Il y était parti en compagnie de Fabien Roussel, président de l'association Culture et Flonflons Flandres, qui, plus jeune, a passé quelques années là-bas, son père y assurant la correspondance pour le journal L'Humanité.

« Ce qui m'a le plus marqué - en plus des couleurs et des deux-roues -, c'est l'énergie qui anime cette ville », raconte le Lillois. Les émotions qui l'ont traversé quand il a posé pour la première fois le pied dans cette capitale agitée et surdimensionnée, il les a retranscrites dans une chanson : « Voir Hanoï, ça vous change la vue d'un homme », promet Claude Vadasz dans l'un des couplets.

Ambitieux projet que celui imaginé par Culture et Flonflons Flandres pour cet anniversaire du millénaire : un master class (une classe de maître) animé par Thibault Dille et un bal populaire, en plus de la création d'une oeuvre originale pour un grand orchestre d'accordéons franco-vietnamien.

Un vieux train à vapeur

Commande a été passée par les « Flonflons » à Christophe Hache, « la fine fleur du jazz lillois » : une partition pour une vingtaine d'accordéonistes, sublimée par deux solistes, le Bruxellois Thibault Dille, lauréat du prix Toots Thielemans en 2009, et Nguyen Thi Quynh Trang, accordéoniste vietnamienne. Une section instrumentale lilloise, composée du même Christophe Hache à la contrebasse, de Charles Duytschaever à la batterie et Jérémie Ternoy au piano, accompagnera l'ensemble d'accordéons.

Il faut imaginer quelque chose de très pittoresque : les musiciens prendront place à bord d'un vieux train à vapeur de 1932. « Le train démarrera de la gare centrale d'Hanoï. » Pour rejoindre le pont Long Biên, il empruntera des artères pas beaucoup plus larges que la rue du Curé-Saint-Étienne dans le Vieux-Lille.

La suite ? Claude Vadasz lancera à Hanoï quantité d'invitations pour son festival d'accordéon de 2011. Il caresse également l'espoir d'exporter la « wazemmes touch » là-bas « en partenariat avec l'Académie de musique du Vietnam ». •

Par Emmanuel Crapet - La voix du Nord - 17 août 2010