Chaque matin, Dai, un jeune ouvrier vietnamien du bâtiment, se lève pour aller travailler pendant onze heures sous l’écrasant soleil libyen.

Il supporte les tempêtes de sable et le sirocco – le célèbre vent chaud et poussiéreux du Sahara. Ce qui le pousse à continuer, c’est l’espoir d’améliorer la vie de sa famille restée dans la province de Ninh Binh, dans le nord du Vietnam. Et pourtant ici, en Libye, rien ne lui garantit que ses efforts seront payants. Car, comme des centaines d’ouvriers vietnamiens embauchés dans les pays d’Afrique du Nord, Dai travaille dans des conditions difficiles, pour un salaire souvent versé avec beaucoup de retard. Un salaire qui, de surcroît, est fréquemment inférieur au montant annoncé. Quant aux heures supplémentaires, elles ne sont pas rétribuées.

Can Van Chien, un charpentier de 24 ans originaire de Hanoi, a vécu de nombreuses difficultés avant d’être finalement envoyé sur un chantier de construction résidentielle de Souk AI-Ahad, à 80 kilomètres au sud-est de Tripoli. Il raconte qu’en 2006 un homme se présentant comme un agent de placement lui a demandé 10 millions de dongs 411 euros pour lui trouver un emploi à l’étranger. Can Van Chien a dû contracter un emprunt bancaire pour couvrir les frais d’agence et le prix du billet d’avion pour la Libye.

En octobre 2009, des retards de plusieurs mois de salaire ont poussé 500 employés vietnamiens en Libye à faire grève pendant trois jours. Ils soutenaient en outre avoir perdu entre 10 et 100 dollars par versement. Autre affaire du même type, 91 Vietnamiens employés par l’Ahua Company affirment avoir signé des contrats de travail pour huit heures par jour payées 260 dollars par mois. Or, selon eux, ils n’ont touché que 240 dollars par mois, qui plus est en dinars libyens. “Pendant quatre mois, nous avons fait trois heures supplémentaires par jour, et nous n’avons jamais été payés pour ces heures”, souligne l’un d’eux. D’autres collègues racontent la même histoire, comme ces 27 ouvriers vietnamiens travaillant sur un chantier détenu par la société sud-coréenne Halin. Bang, un ouvrier de 37 ans originaire de la province de Son La, dans les montagnes du nord du Vietnam, relate que ses collègues et lui-même ont signé des contrats de travail de 260 dollars mensuels, mais qu’ils n’ont finalement reçu que 260 dinars libyens, soit 208 dollars. De surcroît, la Libye a retenu 20 % de taxes sur leurs chèques.

Pour ces ouvriers venus du Vietnam, un pays au climat tropical, le climat désertique de la Libye est parfois très hostile. Minh, un charpentier de 41 ans, se prépare chaque jour à aller au travail en s’enveloppant de la tête aux pieds dans un costume qui lui donne l’air d’un ninja. “Tout le monde s’habille comme ça, souligne-t-il. Vous comprendrez quand vous sortirez. Le chantier est comme une marmite d’huile bouillante. La moindre partie de peau qui n’est pas couverte est immédiatement brûlée par le soleil.” Le chantier est entouré de toutes parts de dunes de sable sans fin. Pas un arbre en vue. L’atmosphère chauffe très vite sous ce soleil de plomb.

Minh raconte que 300 ouvriers de son village, Huong Ngai, situé dans le district de Thach That, à Hanoi, ont été envoyés comme plombiers en Libye et qu’ils ont vite développé des maladies respiratoires. Khoai, un ouvrier du bâtiment âgé de 39 ans, passe ses journées à appliquer des couches de mazout sur des coffrages pour les empêcher de coller au plâtre. “L’odeur que dégage le mazout par cette chaleur insupportable me fait saigner du nez, témoigne-t-il. Certains meurent d’insolation.”

Quyen, un plombier vietnamien qui travaille en Libye depuis le début de l’année, a accepté ce boulot, même si sa paie est souvent moins élevée que ce qui a été annoncé, dans l’espoir d’aider sa famille. “J’espère que ma fille réussira l’examen d’entrée à l’université qui a lieu ce mois-ci, pour qu’elle n’ait pas à trimer comme ses parents.”

Courrier International / Thanh Nien - 10 septembre 2010