Arrestations en série et condamnations de dissidents : la tenue à Hanoi depuis jeudi du sommet de l’Association des pays d’Asie du Sud-Est (Asean) n’a pas freiné les ardeurs répressives du pouvoir vietnamien. Mardi, trois syndicalistes ont écopé de peines de sept à neuf ans d’emprisonnement. Le lendemain, prison ferme ou avec sursis pour six catholiques accusés de «troubles à l’ordre public». Jeudi - la veille de l’arrivée de la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, à Hanoi, pour la rencontre de l’Asean -, un ancien membre du Parti communiste, considéré désormais comme un militant prodémocratie, a été arrêté chez lui, dans le nord du pays. Deux blogueurs de Hô Chi Minh-Ville (ex-Saigon) avaient déjà été interpellés la semaine dernière, et deux autres placés en résidence surveillée. A trois mois du congrès du Parti communiste vietnamien (PCV), le régime étouffe les contestations, mais pas toutes les discussions.

Paradoxalement, plusieurs débats sensibles, comme la réforme du scrutin électoral du secrétaire général du PCV, l’homme fort du pays, ou un projet minier contesté, occupent les colonnes des journaux. «Le gouvernement et le parti ne redoutent pas les critiques, quelles qu’elles soient, qui émanent de citoyens isolés. Mais gare aux rassemblements, observe Nguyên Quang A, ex-directeur d’un groupe de réflexion politique indépendant. L’année dernière, mon rassemblement de chercheurs et d’intellectuels a été dissous par les autorités. Chacun de nous continue à défendre ses idées, mais nous ne formons plus une structure.» La plupart des «ennemis du régime» de ces derniers jours ont en commun un engagement dans un mouvement ou une association. Les syndicalistes adhéraient à une commission, basée en Pologne, pour la protection des travailleurs vietnamiens. Trois des blogueurs d’Hô Chi Minh-Ville sont membres d’un club pour «un journalisme libre». Et c’est son appartenance à Viet Tan, parti d’opposition en exil - la bête noire du régime - qu’Hanoi reproche à Pham Minh Hoang, un professeur franco-vietnamien, à l’ombre depuis le 13 août.

Le tour de vis intervient alors que le Vietnam, président en 2010 de l’Asean, organise jusqu’à samedi une série de sommets régionaux. Ses hôtes ne semblent pas dérangés par cette vague répressive. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, interrogé vendredi à Hanoi sur la question des droits de l’homme dans la région, a esquivé la situation vietnamienne. Les membres de l’Asean ont préféré réprimander la Birmanie du bout des lèvres. Seuls les Etats-Unis - mais par la voix de leur ambassade à Hanoi et non par celle d’Hillary Clinton - ont réclamé la libération des six catholiques.

Par Hervé Lisandre - Libération - 30 octobre 2010