Le Vietnam fournit des services de tournage à des équipes de production étrangères depuis le début des années 1990, déclare Dô Duy Anh, chef du Comité des relations internationales du Département de cinématographie du Vietnam. Lors de ces cinq dernières années, le Vietnam a accueilli une vingtaine de ces équipes, précise-t-il.

Trân Bich Ngoc, une productrice vietnamienne ayant une longue expérience de travail avec des équipes étrangères, a fait remarquer que les producteurs et réalisateurs étrangers décident de tourner au Vietnam parce que l'histoire de leurs films présente des éléments, un contexte ou des personnages possédant des points communs à ce pays. Récemment, l'équipe de production de The Last Airbender, dont l'histoire ne se passe pas au Vietnam, a choisi ce pays pour le tournage car il possède des paysages divers allant de la montagne à la plaine en passant par un littoral de grandes plages ou de roches. L'architecture des bâtiments ou monuments est également très riche et variée, ajoute Trân Bich Ngoc qui a travaillé avec cette équipe du film The Last Airbender.

En dehors de ces points positifs, il y a naturellement quelques désavantages. Nombre de producteurs et de réalisateurs étrangers ne choisissent pas le Vietnam pour tourner car il est trop éloigné et donc une production "extrêmement coûteuse", explique Trân Bich Ngoc. Autre inconvénient, les équipements techniques au Vietnam ne sont pas nombreuses, toujours selon cette productrice. Ainsi, les équipes de tournage doivent apporter avec elles beaucoup de matériel et de techniciens, d'où un surcroît de dépenses. Un problème qui ne s'est pas amélioré ces derniers temps avec la crise mondiale... Les producteurs ont tendance à rechercher des pays offrant des politiques préférentielles aux équipes étrangères désireuses de tourner sur leur territoire.

Il est temps d'agir

Après avoir analysé les avantages et inconvénients du Vietnam en tant que site de tournages de films étrangers, une autre question apparaît : quelles sont les politiques que le Vietnam doit prendre pour devenir une terre promise pour les équipes de production ? Selon Trân Bich Ngoc, les formalités relatives à un tournage au Vietnam ont beaucoup changé ces dernières années, les équipes étrangères pouvant désormais travailler plus aisément. Il demeure seulement un effort à faire pour diffuser l'image d'un Vietnam en tant que site de tournage au sein du milieu du film du monde, déclare Trân Bich Ngoc. Et pour cela, une stratégie précise est nécessaire, ajoute-t-elle.

Depuis quelques temps, on parle de plus en plus du Vietnam dans les grands festivals cinématographiques tels ceux de Cannes, de Berlin ou de Venise... Ceux-ci offrent l'opportunité de justement promouvoir le Vietnam dans ce milieu, et d'entretenir amitié et contacts entre producteurs et réalisateurs vietnamiens et étrangers, affirme Trân Bich Ngoc. Alors pourquoi n'organisons-nous pas plus de rencontres et d'échanges avec les producteurs étrangers pour leur présenter notre pays en tant que site de tournage, s'interroge-t-elle immédiatement ? Oui, il est temps d'agir afin de porter le Vietnam auprès des producteurs et réalisateurs du monde entier...

Par Xuân Dông - Le courrier du Vietnam - 31 octobre 2010


Le marché vietnamien du film s'éveille

Le réalisateur américain Phillip Noyce est revenu ce mois-ci au Vietnam, participant au premier Festival international du film du Vietnam (VNIFF), en qualité de membre du jury. À l'occasion de ce retour, il dévoile ses analyses à propos du cinéma vietnamien, huit ans après la réalisation de son film Un Américain bien tranquille.

"Les villes vietnamiennes possèdent aujourd'hui beaucoup plus de cinémas qu'il y a huit ans", constate le réalisateur Phillip Noyce. Avant, les salles obscures se faisaient rares, de même que l'argent dont disposait la population. Elle avait ainsi peu d'occasions d'aller au cinéma. Les Vietnamiens sont aujourd'hui disposés à acheter les tickets. "C'est une bonne évolution", remarque le réalisateur américain.

Phillip Noyce a visionné pendant son séjour au Vietnam le nouveau film du réalisateur Nguyên Phan Quang Binh, Canh dông bât tân (Champ infini). Il l'a trouvé "impressionnant". Pour lui, ce long-métrage pourra servir de modèle pour le septième art vietnamien, car il est de bonne qualité et les campagnes de promotion ont été réalisées ingénieusement. Résultat : l'œuvre de Nguyên Phan Quang Binh a obtenu une recette assez remarquable après seulement deux jours de diffusion.

Concernant le premier Festival international du film du Vietnam (VNIFF), le réalisateur Phillip Noyce constate que l'événement a accueilli de nombreux experts du cinéma international. Et il apprécie également la qualité des films diffusés lors de cet événement. Phillip Noyce est confiant quant à la qualité des ouvrages qui participeront à la prochaine édition. "Une fois que le festival du Vietnam acquerra de la réputation et que la recette du cinéma vietnamien augmentera, de nombreux producteurs enverront leurs films au FIFVN et les diffuseront au Vietnam, un marché en émergence et qui s'élargit de plus en plus", dit-il.

D'après le réalisateur Phillip Noyce : "Pour que le cinéma vietnamien bénéficie de la reconnaissance internationale, le pays se doit de disposer d'encore plus de complexes cinématographiques". D'après lui, "les salles de cinéma sont les meilleures écoles pour les réalisateurs vietnamiens". Et d'expliquer que les réalisateurs apprendront beaucoup de choses. Alors que leurs films seront diffusés dans les salles obscures, ils auront l'opportunité d'échanger avec le public. "C'est la danse entre les réalisateurs, acteurs, actrices et scénaristes... avec les spectateurs", qualifie de manière imagée le réalisateur du film Salt. Pour le "succès de ce fameux bal", il faut que le public soit disposé à acheter un ticket pour fréquenter le cinéma. Si les spectateurs estiment que la somme dont ils doivent s'acquitter à l'entrée est méritée, ils continueront à aller au cinéma. "Ainsi, tôt ou tard, tout le monde dansera ensemble". Phillip Noyce fait confiance en l'arrivée de la maturité précoce des réalisateurs vietnamiens s'ils décident de suivre cette voie. "C'est aussi la clé de la réussite de tous les cinémas importants du monde", affirme le réalisateur hollywoodien.

Par Thuân Thiên - Le courrier du Vietnam - 31 octobre 2010