C'est aussi l'aboutissement d'une longue quête de documents filmés, du Japon à Cuba, de l'Australie à la Chine, de la France au Vietnam, de la Pologne à la Russie et aux Etats-Unis.

Des centaines de films ont été visionnées et des centaines de notices dépouillées. Des réalisateurs et des opérateurs - communistes, militaires coloniaux, indépendants, privés - ont permis de retrouver des films oubliés, considérés comme perdus et dont les images ont été développées.

"C'est un travail d'une douzaine d'années qui nous a permis de réunir un trésor d'archives cinématographiques inégalées sur le Vietnam", expliquait cette semaine, lors de l'avant-première à l'Ecole Militaire à Paris, Jacques Perrin, réalisateur et producteur du film. Près de cent heures de rushes ont été retenues et classées chronologiquement et selon des thèmes géographiques, politiques et même poétiques propres au Vietnam.

Sur ces cent heures, Vincent Schmitt a réalisé un montage éblouissant d'une durée de 86 minutes, rythmé par des textes lus en voix off par Jacques Perrin : poèmes français et indochinois, lettres de soldats, commentaires des bandes d'actualité d'époque, propagande coloniale ou communiste.

"L'Empire du Milieu du Sud" suggère la marche vers le Sud, entamée il y a 40 siècles selon la légende des rois Hung, depuis la frontière de la Chine au nord, à la pointe de Ca Mau sur le golfe de Thaïlande au sud.

Le film est construit autour de l'eau, de la terre, du ciel, du fer et du feu, qui reviennent comme un leitmotiv à chaque image.

Celles de belles dames françaises de l'Indochine coloniale des années 30 aux bains de mer, suivies de vues de Vietnamiens trimant comme des bêtes de somme dans des carrières de charbon.

Celles en noir et blanc des soldats français, africains et indochinois qui creusent des abris à Dien Bien Phu en 1954, filmés par des opérateurs de l'armée, tandis que des images en couleurs montrent les soldats du Vietminh d'Ho Chi Minh qui hissent, par des sentiers boueux, les roues et les tubes des canons qui écraseront la garnison française.

A l'appel du ministère des Colonies de 1930 ("Coloniser n'est plus un droit, c'est un devoir, un devoir de civilisé. Il nous faut enfin faire pénétrer la lumières dans ces mondes de ténèbres") répond 20 ans plus tard la phrase d'un certain Nguyen Dinh Thi ("L'oppression nous vient de la France mais l'esprit de libération aussi").

"L'Empire du Milieu du Sud", qui sort dans 55 salles, a coûté trois millions d'euros, a confié à l'AFP Nicolas Dumont, co-producteur du film.

Agence France Presse - 21 novembre 2010