C'est en découvrant le beau film que le fondateur de la Cinémathèque de la Danse, Patrick Bensard, a tourné sur la vie de Jean Babilée ("le Mystère Babilée", 2005) que le directeur de la Cinémathèque du Vietnam, Jerry Hermann, un Américain établi dans la capitale de ce pays, a décidé de monter à l'Opéra de Hanoi une soirée d'hommage à l'un des plus célèbres artistes de l'histoire de la danse française.

Le Mystère Babilée

Cet hommage rendu en sa présence à Jean Babilée, hommage monté avec l'aide des services culturels de l'ambassade de France au Vietnam, aura lieu le 9 et le 11 avril au cours de soirées pour lesquelles le Ballet de Hanoi a été mobilisé et durant lesquelles le film, "le Mystère Babilée", sera projeté au public. D'autres soirées, offertes dans le cadre de la Cinémathèque de Hanoi, donneront à découvrir au public vietnamien de nombreux films de danse et de jazz procédant des collections de la Cinémathèque française de la Danse.

Visages du Nord Vietnam

Parmi les personnes qui de France ont fait à cette occasion le déplacement à Hanoi, on compte le photographe Marc Riboud qui avait naguère "couvert" la Guerre du Vietnam à l'invitation du gouvernement de Ho Chi Min et en avait conçu un album de photographies devenu célèbre, "Visages du Nord Vietnam".

Le tout premier reportage photographique que Marc Riboud aura effectué, au début de sa carrière, le fut sur le tournage d'un film de Jean Benoît Lévy, "le Poignard", dont Jean Babilée assurait en 1952 la partie chorégraphique.

C'est à l'occasion du tournage du "Mystère Babilée" que le danseur et le photographe, nés la même année, en 1923, se sont retrouvés cinquante ans plus tard, à l'aube des années 2000.

Jean Babilée ne s'était jamais rendu au Vietnam et Marc Riboud n'y était plus retourné depuis l'époque de la guerre dans les années 1960.

Et en France ?

Cette manifestation que le lointain Vietnam monte aujourd'hui autour de la figure de Jean Babilée confère plus d'étrangeté encore à l'absence d'hommage officiel qui devrait être rendu en France à ce danseur légendaire, soit par l'Opéra de Paris, soit par le ministère de la Culture. Mais le Ballet de l'Opéra de Paris, où dansa pourtant Jean Babilée, ne semble guère enclin à célébrer un artiste qui fut trop rebelle à l'institution. Et trop indépendant.

Quant au ministère de la Culture, il ne semble même pas qu'on s'y soit posé la question. Une conseillère du ministre, réputée pour son incompétence fâcheuse et son indigence intellectuelle, mais épouse d'un cacique de l'UMP et fille d'un ex-danseur de l'Opéra, aurait déclaré ne pas en concevoir l'utilité... dans la mesure où son propre père n'avait jamais fait l'objet d'un tel hommage.

Par Raphaël de Gubernatis - Le Nouvel Observateur - 4 avril 2011