Cu Huy Ha Vu, fils d'un compagnon de route du fondateur du parti communiste vietnamien Ho Chi Minh, a fait l'objet à Hanoï d'un procès expéditif pour des propos appelant au multipartisme.

L'un de ses avocats avait été expulsé de la salle d'audience, les trois autres décidant peu après de le suivre, protestant contre la non-publication par le président de la cour de documents figurant au dossier.

Mardi, ils ont défié le pouvoir en déposant une requête devant la Cour suprême et d'autres instances officielles, dont le ministère de la Justice et l'Assemblée nationale.

"Le juge Nguyen Huu Chinh n'a pas rendu public dix documents directement liés à la mise en accusation et qui figuraient au dossier", souligne la requête transmise à l'AFP et signée par les avocats Tran Dinh Trien, Tran Vu Hai, Vuong Thi Thanh et Ha Huy Son.

Les avocats s'insurgent de n'avoir pu interroger Vu sur ces pièces. "L'accusé n'a pas assuré sa défense correctement", poursuivent-ils en évoquant la Constitution et le code de procédure pénale.

Lors de son procès, le prévenu n'a pas contesté les propos qui lui étaient reprochés, mais a rejeté l'accusation de "propagande contre l'Etat", en arguant n'avoir "encouragé personne à (le) suivre".

Il avait été arrêté en novembre dernier à Ho Chi Minh-Ville (sud).

En 2009, il avait porté plainte contre le Premier ministre Nguyen Tan Dung en dénonçant l'approbation d'un projet d'exploitation de bauxite très controversé dans les Hauts-Plateaux du centre du pays. Ce projet avait été très critiqué par d'éminents intellectuels, d'ex-hauts responsables et vétérans de l'armée.

Selon des sources diplomatiques, deux autres dissidents de longue date ont été arrêtés lundi à l'extérieur du tribunal, où Cu Huy Ha Vu était jugé, et se trouvaient toujours en détention mardi.

Pham Hong Son, médecin, avait déjà été arrêté en 2002, quelques semaines après avoir publié une traduction d'un texte du site internet du Département d'Etat américain intitulé "Qu'est-ce que la démocratie ?".

Il a passé plus de quatre ans en prison avant de purger trois années supplémentaires en résidence surveillée.

Le Quoc Quan, avocat, avait pour sa part passé trois mois en prison en 2007, avant d'être libéré sous la pression des Etats-Unis, d'où il revenait après un an d'études sur le rôle de la société civile dans les démocraties émergentes.

Les Etats-Unis ont déploré lundi la condamnation de Vu, estimant qu'"aucun individu ne devrait être emprisonné pour avoir exercé son droit à la libre expression".

Ils se sont également dit troublés par "la poursuite de la détention de plusieurs personnes tentant pacifiquement de suivre les audiences".

Agence France Presse - 5 avril 2011